Il y a ton rythme… et le rythme de ton trauma

Et si ton rythme de vie était aussi une question de sécurité intérieure ?

Tu crois parfois manquer de motivation.

Être trop lente.

Procrastiner.

Ne pas réussir à avancer aussi rapidement que les autres.

Ou peut-être vis-tu exactement l’inverse : tu cours en permanence, tu remplis tes journées, tu multiplies les projets et tu as beaucoup de mal à t’arrêter.

Dans les deux cas, le jugement arrive facilement.

« Je devrais avancer plus vite. »

« Je ne suis pas assez productive. »

« Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? »

Ou, à l’inverse :

« Je suis comme ça, j’ai besoin de bouger. »

« Je ne sais pas rester sans rien faire. »

« Si je m’arrête, je perds mon temps. »

Mais si le problème n’était pas réellement ton rythme ?

Et si, dans certaines situations, ton rythme était simplement l’expression d’un système intérieur qui cherche encore à te maintenir en sécurité ?

Quand quelque chose en toi ralentit

Certaines personnes vivent des périodes pendant lesquelles tout semble demander un effort considérable.

Elles repoussent.

Elles hésitent.

Elles procrastinent.

Elles savent parfois exactement ce qu’elles aimeraient faire, mais au moment d’agir, quelque chose freine.

Nous pouvons facilement appeler cela un manque de motivation, de volonté ou de discipline.

Mais il existe une autre piste à explorer.

Parfois, ne pas avancer protège.

Si prendre la parole a autrefois été associé à l’humiliation, se rendre visible peut devenir difficile.

Si prendre une initiative a régulièrement provoqué des critiques, décider peut devenir inconfortable.

Si sortir du cadre signifiait perdre l’approbation de ses proches, choisir une nouvelle direction peut réveiller une insécurité.

Le comportement actuel semble alors irrationnel lorsqu’on l’observe uniquement depuis le présent.

Mais lorsqu’on comprend ce qu’il cherche à éviter, il peut devenir beaucoup plus cohérent.

La question n’est donc plus seulement :

« Pourquoi est-ce que je n’avance pas ? »

Mais :

« Qu’est-ce qu’une partie de moi cherche à protéger en m’empêchant d’avancer ? »

Et lorsque quelque chose en toi accélère ?

Il existe aussi le mouvement inverse.

Toujours occupée.

Toujours un nouveau projet.

Toujours quelque chose à ranger, organiser, préparer, anticiper.

Dès qu’un espace apparaît dans l’agenda, il faut le remplir.

Dans notre société, ce comportement est beaucoup plus facilement valorisé.

On parlera d’une personne dynamique, courageuse, ambitieuse ou particulièrement productive.

Mais là encore, l’action permanente mérite parfois d’être questionnée.

Parce que faire peut aussi éviter de ressentir.

Lorsque tu cours toute la journée, tu n’as pas beaucoup de temps pour écouter ce qui se passe à l’intérieur.

Le silence disparaît.

L’inconfort est recouvert par l’activité.

Le prochain objectif prend la place de la question que tu ne veux peut-être pas encore regarder.

Cela ne signifie évidemment pas que toute personne active fuit quelque chose.

Pas davantage que toute procrastination serait la conséquence d’un trauma.

Mais lorsque nous ne sommes plus capables de choisir notre rythme, il devient intéressant de nous demander depuis quel endroit intérieur ce rythme est imposé.

Qu’est-ce qu’un trauma ?

Nous associons souvent le mot « traumatisme » à des événements extrêmement graves.

Or, dans son sens psychologique, un traumatisme peut apparaître lorsqu’une expérience dépasse les capacités d’une personne à y faire face et laisse durablement des réactions de détresse ou de protection.

L’événement compte.

Mais la manière dont il a été vécu compte également.

Deux personnes peuvent traverser une situation similaire et ne pas en conserver les mêmes conséquences.

C’est pourquoi il faut être prudent avec les raccourcis.

Un rejet, une humiliation, une séparation, une situation d’insécurité répétée ou un événement brutal ne produisent pas automatiquement un traumatisme chez tout le monde.

Mais certaines expériences peuvent laisser des traces et influencer ensuite notre manière de réagir.

Et ces réactions ont souvent une fonction :

éviter que quelque chose de douloureux se reproduise.

Nous construisons aussi notre identité pour nous adapter

Lorsque nous sommes enfants, nous découvrons progressivement le monde dans lequel nous allons devoir vivre.

Nous observons.

Nous expérimentons.

Et surtout, nous nous adaptons.

Nous apprenons ce qui provoque un sourire.

Ce qui déclenche une colère.

Ce qui permet d’être reconnu.

Ce qui risque de nous faire rejeter.

Nous pouvons alors développer certaines manières d’être pour préserver le lien avec notre environnement.

Être sage.

Être performante.

Ne pas déranger.

Faire rire.

Tout contrôler.

S’occuper des autres.

Ne jamais montrer sa fragilité.

Toujours faire davantage.

Ces comportements ne sont pas nécessairement des problèmes.

Ils ont parfois été de remarquables capacités d’adaptation.

Mais une question devient essentielle à l’âge adulte :

Ai-je encore besoin de fonctionner ainsi aujourd’hui ?

Une protection peut finir par devenir une prison

Imagine une armure.

Dans un environnement dangereux, elle est formidable.

Elle protège.

Elle permet d’avancer.

Mais si tu continues à porter cette même armure vingt ans après avoir quitté le champ de bataille, elle devient lourde.

Elle limite tes mouvements.

Elle t’empêche de sentir.

Et surtout, tu peux finir par oublier que tu portes une armure.

C’est exactement pour cela que je préfère regarder certains comportements comme des protections plutôt que comme des défauts.

Parce qu’il devient alors inutile de partir en guerre contre soi.

Tu peux commencer par comprendre.

Pourquoi ai-je construit cela ?

De quoi avais-je besoin à l’époque ?

De quoi cette stratégie me protège-t-elle aujourd’hui ?

Et surtout :

le danger existe-t-il encore ?

Le rythme lent peut protéger. Le rythme excessif aussi.

C’est là que les deux extrêmes peuvent parfois se rejoindre.

Une personne ralentit parce qu’avancer réveille de l’insécurité.

Une autre accélère parce que s’arrêter fait émerger un inconfort qu’elle préfère ne pas rencontrer.

L’une évite par l’immobilité.

L’autre peut éviter par le mouvement.

Deux comportements complètement opposés peuvent donc parfois répondre à une intention similaire :

rester en sécurité.

Et c’est précisément là que le sujet rejoint quelque chose de beaucoup plus vaste que la simple gestion du temps.

La sécurité intérieure.

Retrouver son rythme plutôt que suivre celui des autres

Depuis l’enfance, nous sommes constamment confrontés au rythme extérieur.

L’heure de se lever.

L’heure d’aller à l’école.

Le temps accordé pour apprendre.

Les horaires professionnels.

Les objectifs.

Les délais.

La productivité.

Les injonctions sociales.

Nous finissons parfois par ne même plus savoir quel est notre propre rythme.

Nous savons simplement si nous sommes « en avance » ou « en retard » par rapport à quelqu’un d’autre.

Mais ton rythme ne devrait peut-être pas être déterminé uniquement par comparaison.

Ton corps possède aussi son rythme.

Ton énergie possède son rythme.

Tes périodes de création et de récupération n’ont pas nécessairement besoin d’être identiques chaque jour.

Retrouver ton rythme ne consiste donc pas à devenir lente.

Ni à devenir plus productive.

Il s’agit progressivement de retrouver suffisamment de sécurité intérieure pour pouvoir choisir :

Maintenant, j’avance.

Maintenant, je ralentis.

Maintenant, je m’arrête.

Et aucune de ces trois possibilités ne remet en question ma valeur.

Le véritable indicateur : est-ce encore un choix ?

C’est probablement la question que je trouve la plus intéressante.

Pas :

« Est-ce que je vais suffisamment vite ? »

Pas :

« Est-ce que je suis assez productive ? »

Mais :

« Est-ce que mon rythme actuel est encore un choix ? »

Est-ce que je ralentis parce que mon corps réclame réellement du repos ou parce que quelque chose en moi a peur d’avancer ?

Est-ce que je travaille parce que j’en ai profondément envie ou parce que m’arrêter me confronterait à moi-même ?

Est-ce que je suis en train de respecter mon rythme ou de répondre à un ancien mécanisme de protection ?

Il n’existe évidemment pas une réponse valable pour tout le monde.

C’est justement là tout l’intérêt.

La réponse est à chercher dans ton expérience.

Dans ton corps.

Dans ce que tu ressens lorsque le bruit s’arrête.

La sécurité intérieure permet de retrouver du choix

Pour moi, c’est là que se situe une part essentielle du travail sur soi.

Pas devenir une meilleure version de soi.

Pas devenir plus productive.

Pas supprimer toutes ses peurs.

Mais créer suffisamment de sécurité intérieure pour ne plus avoir besoin d’être constamment dirigé par elles.

Lorsque tu te sens davantage en sécurité avec toi-même, tu peux progressivement enlever certaines protections devenues inutiles.

Tu peux essayer sans avoir la garantie de réussir.

Tu peux ralentir sans te sentir coupable.

Tu peux agir sans devoir prouver ta valeur.

Tu peux t’arrêter sans avoir peur de ce que tu vas rencontrer.

Tu peux surtout commencer à distinguer ton véritable rythme du rythme construit pour t’adapter.

Et c’est peut-être cela, finalement, retrouver qui tu es.

Non pas retirer brutalement toutes les couches de protection.

Mais les regarder une à une et te demander :

« Est-ce que j’ai encore besoin de toi aujourd’hui pour me sentir en sécurité ? »

Parce que ton rythme n’est peut-être pas ton problème.

Il est peut-être simplement en train de te raconter ton histoire.

Et lorsque tu commences à l’écouter plutôt qu’à le juger, une autre manière d’avancer peut apparaître.

Une manière plus libre.

Plus respectueuse.

Plus consciente.

Et surtout, davantage en sécurité à l’intérieur de toi.

Stéphane Bride-Bonnot

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