La dispersion chez l’accompagné

Quand un client écoute dix personnes à la fois : le vrai problème n’est peut-être pas la dispersion

Lorsque nous sommes coach, thérapeute, mentor, formateur ou professionnel de l’accompagnement, nous avons généralement une intention assez simple : nous voulons voir la personne que nous accompagnons avancer.

Nous investissons du temps, de la présence et de l’énergie dans cette relation.

Nous croyons dans son potentiel.

Nous l’aidons à clarifier une direction, à comprendre certains mécanismes, à dépasser certaines peurs et à mettre des actions en place.

Alors forcément, lorsque la personne obtient des résultats, c’est extrêmement satisfaisant.

Mais il existe aussi une frustration dont les professionnels de l’accompagnement parlent peut-être moins.

Celle de voir une personne demander notre aide, définir une direction avec nous… puis aller chercher simultanément dix autres directions à l’extérieur.

Quand une direction devient dix directions

J’ai récemment vécu cette situation avec une personne que j’accompagnais.

Nous avions travaillé ensemble.

Une direction avait été définie.

L’objectif était clair.

Et puis je me suis aperçu qu’en parallèle, cette personne continuait à solliciter énormément d’avis.

Pierre.

Paul.

Jacques.

Les copains.

LinkedIn.

D’autres professionnels.

Et probablement sa propre petite voix intérieure qui changeait elle aussi de direction selon les jours.

À première vue, nous pourrions simplement appeler cela de la dispersion.

Mais aujourd’hui, je pense que le problème est plus profond.

Pourquoi avons-nous parfois autant besoin de demander aux autres ce que nous devons faire ?

Chercher plusieurs avis peut être parfaitement sain

Commençons par une nuance importante.

Consulter plusieurs personnes n’est pas un problème en soi.

Dans certaines situations, c’est même particulièrement pertinent.

Un professionnel de l’accompagnement ne détient pas toute la vérité.

Il possède son expérience, ses compétences, sa méthode, ses croyances et ses propres angles morts.

Confronter différents points de vue peut donc enrichir une réflexion.

Le problème apparaît lorsque nous ne cherchons plus de l’information mais de la réassurance.

Nous demandons un avis.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Et si les réponses ne correspondent pas, nous en demandons un quatrième.

À ce moment-là, nous ne sommes plus nécessairement en train d’élargir notre compréhension.

Nous pouvons être en train de chercher quelqu’un qui nous donnera enfin la certitude dont nous avons besoin pour agir.

Derrière la dispersion, il y a parfois un manque de sécurité intérieure

Imaginez que vous deviez prendre une décision importante.

Quelque chose en vous pense connaître la direction.

Mais immédiatement, une autre voix arrive :

« Et si tu te trompais ? »

Alors vous demandez à quelqu’un.

Sa réponse vous rassure pendant quelques heures.

Puis le doute revient.

Vous consultez quelqu’un d’autre.

Cette personne vous propose une autre direction.

Maintenant, vous avez deux possibilités.

Votre insécurité augmente.

Alors vous cherchez un troisième avis.

Et progressivement, vous vous retrouvez avec davantage d’informations qu’au départ, mais beaucoup moins de clarté.

C’est paradoxal.

Nous cherchions l’extérieur pour nous sécuriser et nous avons créé davantage d’insécurité.

Aucun accompagnant ne peut donner la garantie absolue

C’est une réalité que nous devons également accepter dans notre métier.

Nous pouvons proposer une direction.

Partager notre expérience.

Faire émerger des prises de conscience.

Poser des questions.

Construire une stratégie.

Mais nous ne pouvons pas vivre l’expérience à la place de l’autre.

Et surtout, nous ne pouvons pas lui garantir qu’une décision produira exactement le résultat attendu.

Vouloir cette garantie est précisément l’une des manifestations possibles d’un manque de sécurité intérieure.

La personne voudrait savoir avant d’avancer.

Mais certaines réponses n’arrivent qu’après avoir avancé.

Alors faut-il interdire au client d’aller voir ailleurs ?

Pour moi, non.

Je pourrais parfaitement dire :

« Pendant que tu travailles avec moi, tu n’écoutes personne d’autre. »

Cela simplifierait probablement certaines choses.

Mais quelle autonomie serais-je réellement en train de développer chez cette personne ?

Si elle doit remplacer sa dépendance aux avis de dix personnes par une dépendance à mon propre avis, nous n’avons pas résolu le problème.

Nous avons simplement changé le détenteur de son pouvoir.

Et ce n’est pas ma vision de l’accompagnement.

Mon objectif n’est pas que quelqu’un apprenne à m’écouter.

Mon objectif est qu’il apprenne progressivement à s’écouter lui-même.

Faire de la dispersion un sujet de travail

C’est ici que la situation devient extrêmement intéressante.

Au lieu de dire :

« Arrête de demander l’avis des autres »,

nous pouvons demander :

« Qu’est-ce que tu cherches exactement lorsque tu demandes tous ces avis ? »

Une confirmation ?

Une permission ?

Une garantie ?

Quelqu’un qui prendra la responsabilité du choix à ta place ?

La certitude de ne pas te tromper ?

Et ensuite :

« Qu’est-ce qui se passerait en toi si tu prenais cette décision sans obtenir cette validation extérieure ? »

Nous arrivons alors au véritable sujet.

Ce n’est peut-être plus la stratégie professionnelle, la relation, l’argent ou le projet initial.

C’est la sécurité intérieure.

Le focus n’est pas une prison

Cela ne signifie pas pour autant qu’un accompagnement ne doit avoir aucun cadre.

Au contraire.

Un cadre peut précisément créer suffisamment de sécurité pour permettre l’expérimentation.

Lorsque nous avons défini une direction ensemble, je peux proposer quelque chose de très simple :

« Pendant une période déterminée, nous allons expérimenter réellement cette direction. Tu restes évidemment libre d’écouter d’autres personnes, mais je t’invite à observer ce qui se passe lorsque tu cesses de modifier ta trajectoire à chaque nouvel avis. »

La nuance est importante.

Je ne demande pas :

« Crois-moi. »

Je propose :

« Fais l’expérience. »

Parce qu’une stratégie que l’on modifie tous les trois jours ne peut jamais réellement être évaluée.

Mais il existe un deuxième ego dans la pièce : celui de l’accompagnant

Et c’est probablement la partie la plus inconfortable.

Pourquoi sommes-nous parfois aussi frustrés lorsque notre client ne suit pas nos recommandations ?

Parce que nous voulons son bien ?

Bien sûr.

Mais est-ce toujours la seule raison ?

Lorsque mon client réussit, qu’est-ce que cela vient nourrir chez moi ?

Mon sentiment d’être compétent ?

Ma légitimité ?

Ma valeur professionnelle ?

Mon besoin d’avoir raison ?

Et lorsqu’il ne suit pas ma direction, qu’est-ce que cela vient toucher ?

Voilà où notre propre sécurité intérieure entre dans l’accompagnement.

Le résultat du client ne peut pas devenir la mesure de ma valeur

Si j’ai besoin que chaque personne réussisse pour me sentir bon coach, je vais inévitablement mettre une pression sur la relation.

Même inconsciemment.

Je risque de vouloir convaincre.

Insister.

Contrôler.

Pousser.

Et peut-être finir par considérer que le client « résiste » simplement parce qu’il ne fait pas ce que je pense être juste.

À ce moment-là, suis-je encore au service de son chemin ?

Ou suis-je en train d’essayer de sécuriser ma propre identité d’accompagnant ?

Cette question mérite d’être posée.

Accompagner, ce n’est pas réparer

Je reviens régulièrement à cette idée.

Je ne répare personne.

La personne se transforme elle-même.

Je peux créer un espace.

Bousculer.

Questionner.

Partager une expérience.

Montrer quelque chose qu’elle ne voyait pas.

Mais ensuite, le choix lui appartient.

Et parfois, ce choix sera différent de celui que j’aurais fait.

Cela fait partie de son autonomie.

La sécurité intérieure de l’accompagnant consiste aussi à pouvoir dire :

« Je peux être pleinement engagé dans ton accompagnement sans avoir besoin de contrôler ton résultat. »

Responsabilité du coach, responsabilité du client

Cela ne signifie évidemment pas que le professionnel n’est jamais responsable de rien.

Nous devons pouvoir questionner notre méthode.

Reconnaître une erreur.

Constater qu’une approche ne fonctionne pas.

Réorienter.

Dire lorsque nous atteignons la limite de nos compétences.

Mais la responsabilité doit rester partagée.

L’accompagnant est responsable de la qualité du cadre qu’il propose.

Le client reste responsable de ses décisions, de son engagement et de ce qu’il fait entre les séances.

Confondre ces deux responsabilités crée énormément de frustration des deux côtés.

Une boussole, pas une cage

Aujourd’hui, j’aime donc présenter l’accompagnement comme un espace temporaire de focalisation.

Pendant un temps, nous choisissons une direction.

Nous l’explorons suffisamment longtemps pour voir ce qu’elle produit.

Nous observons.

Nous ajustons.

Et surtout, nous regardons ce qui se passe intérieurement lorsque le besoin de courir chercher une nouvelle réponse apparaît.

Parce que cette envie de consulter encore quelqu’un peut contenir une information précieuse.

Peut-être que l’accompagnement actuel ne convient réellement pas.

Mais peut-être aussi que la personne vient simplement d’arriver à l’endroit où elle ne peut plus obtenir de garantie extérieure.

Et c’est précisément là que commence un autre apprentissage :

se faire suffisamment confiance pour expérimenter son propre choix.

La sécurité intérieure concerne finalement les deux personnes

Le client développe sa sécurité lorsqu’il n’a plus besoin de dix validations avant chaque décision.

L’accompagnant développe la sienne lorsqu’il n’a plus besoin d’être la seule voix entendue ni d’obtenir absolument un résultat pour se sentir légitime.

Alors la relation change.

Il n’y a plus celui qui sait face à celui qui doit obéir.

Il y a deux adultes.

L’un met temporairement son expérience et ses compétences au service de l’autre.

Et l’autre reste pleinement propriétaire de sa vie.

C’est probablement là que l’accompagnement devient le plus puissant.

Parce que si la personne termine son parcours en pensant :

« Maintenant, j’ai besoin de Stéphane pour savoir quoi faire »,

alors je n’ai pas atteint mon objectif.

Mais si elle repart en pensant :

« Je peux écouter les autres sans leur abandonner mon pouvoir de décision »,

alors quelque chose de beaucoup plus profond s’est construit.

Une boussole extérieure peut aider pendant un moment.

Mais le véritable accompagnement consiste peut-être à permettre à chacun de retrouver progressivement la sienne.

Stéphane Bride-Bonnot

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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