Comportement de fuite ou attaque
Fuir ou attaquer : quand nos protections prennent le contrôle
Lorsque nous ne nous sentons pas bien, nous pouvons adopter deux grandes familles de comportements : fuir ce qui nous dérange ou lutter contre.
Face à un danger réel, ces réactions ont évidemment leur utilité.
Le problème commence lorsque notre système de protection se déclenche alors que nous ne sommes pas réellement en danger.
Une remarque.
Un désaccord.
Un silence.
Un message qui reste sans réponse.
Une critique.
Une situation qui ne se déroule pas comme nous l’avions imaginée.
Quelque chose nous touche et, parfois avant même d’avoir compris ce qui vient de se passer en nous, nous réagissons.
Nous nous fermons.
Nous partons.
Nous attaquons.
Nous nous justifions.
Nous cherchons à reprendre le contrôle.
Et c’est là que la sécurité intérieure devient particulièrement intéressante.
Notre cerveau est aussi conçu pour nous protéger
Dans mon ancien texte, je parlais du « cerveau reptilien ».
Cette représentation du cerveau en différentes couches successives a beaucoup été popularisée, mais elle est aujourd’hui considérée comme trop simpliste pour expliquer le fonctionnement réel de notre cerveau.
En revanche, l’intuition derrière mon propos reste pertinente : notre organisme possède des mécanismes de protection capables de se déclencher extrêmement rapidement lorsque nous percevons une menace.
Et cette menace n’a pas besoin d’être un animal sauvage qui nous poursuit.
Elle peut être relationnelle.
Sociale.
Professionnelle.
Elle peut concerner notre image, notre sentiment d’appartenance ou notre peur de perdre quelque chose d’important.
Notre système cherche alors à nous protéger.
Et parfois, il le fait très bien.
Parfois aussi, ce qui nous protège aujourd’hui est peut-être ce qui nous bloque demain.
Nous pouvons également fuir ce que nous ressentons
La fuite n’est pas toujours visible.
Nous pouvons rester physiquement exactement au même endroit tout en fuyant intérieurement ce qui est en train de se passer.
Je ressens de la tristesse : j’ouvre mon téléphone.
Je ressens de l’anxiété : je me mets à travailler.
Je ressens un vide : je mange.
Je ressens de la solitude : je cherche immédiatement quelqu’un avec qui parler.
Je ressens quelque chose d’inconfortable : je remplis mon emploi du temps.
Téléphone, réseaux sociaux, nourriture, alcool, travail, achats, séries, sport, relations…
Pratiquement n’importe quelle activité peut devenir une stratégie d’évitement lorsqu’elle sert systématiquement à ne pas rencontrer ce que nous ressentons.
Le problème n’est donc pas l’activité elle-même.
La question est :
« Depuis quel endroit intérieur suis-je en train de faire cela ? »
Est-ce un choix ?
Ou est-ce que quelque chose en moi cherche désespérément une porte de sortie ?
L’attaque peut aussi être dirigée contre notre propre émotion
Il existe une autre manière de nous protéger : refuser ce que nous ressentons.
« Je ne devrais pas être en colère. »
« Je n’ai aucune raison d’être triste. »
« Il faut que j’arrête d’avoir peur. »
« Je suis plus fort que ça. »
« Ce n’est pas moi d’être jaloux. »
Nous ne combattons plus quelqu’un à l’extérieur.
Nous nous combattons nous-mêmes.
Et cela crée parfois une deuxième difficulté par-dessus la première.
Il y avait une colère.
Maintenant, il y a la colère et le jugement d’être en colère.
Il y avait de la peur.
Maintenant, il y a la peur et la honte d’avoir peur.
Nous pouvons passer énormément d’énergie à essayer de ne pas ressentir ce que nous ressentons déjà.
Une émotion n’est pas une identité
Accueillir une émotion ne signifie pas devenir cette émotion.
Je peux ressentir de la colère sans être « quelqu’un de colérique ».
Je peux ressentir de la jalousie sans construire mon identité autour d’elle.
Je peux avoir peur sans être lâche.
Je peux être triste sans être faible.
Une émotion est une expérience qui se produit en moi.
Elle m’apporte une information.
Elle influence momentanément mon corps, mes pensées et mes comportements.
Mais elle ne définit pas l’intégralité de qui je suis.
Cette distinction est essentielle.
Parce qu’elle permet d’observer :
« Là, je ressens de la colère. »
plutôt que :
« Je suis en colère, donc je dois agir depuis cette colère. »
Entre les deux, un espace apparaît.
Et dans cet espace revient une possibilité de choix.
Accueillir ne signifie pas agir
C’est probablement l’une des nuances les plus importantes.
Accueillir pleinement ma colère ne signifie pas hurler sur quelqu’un.
Accueillir ma peur ne signifie pas lui obéir.
Accueillir ma jalousie ne signifie pas contrôler mon conjoint.
Accueillir ma tristesse ne signifie pas abandonner tout ce que je suis en train de construire.
Une émotion et un comportement sont deux choses différentes.
Je peux laisser l’émotion exister sans lui donner les commandes.
Et c’est précisément ici que je situe aujourd’hui une partie de la sécurité intérieure.
Être suffisamment stable pour ressentir quelque chose d’inconfortable sans devoir immédiatement le fuir, le supprimer ou le décharger sur quelqu’un.
Pourquoi certaines émotions reviennent-elles ?
Dans mon ancien texte, j’avais une explication très précise.
Je pensais que les émotions étaient programmées par notre âme et que la vie nous les représenterait jusqu’à ce que nous les ayons accueillies et « transmutées en amour ».
Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’en faire une loi universelle.
Une émotion peut revenir pour énormément de raisons.
Parce que la situation se reproduit.
Parce qu’un besoin reste insatisfait.
Parce qu’un environnement continue de nous affecter.
Parce que nous avons développé certaines habitudes de pensée ou de réaction.
Parce qu’une expérience passée nous a marqués.
Ou simplement parce que nous sommes des êtres humains et que la colère, la peur, la tristesse ou la frustration font partie de notre palette émotionnelle.
Le retour d’une émotion n’est donc pas forcément la preuve que nous avons raté quelque chose.
La sécurité intérieure ne consiste pas à ne plus ressentir
Ce serait encore une quête de contrôle.
Être intérieurement sécure ne signifie pas atteindre un état dans lequel plus rien ne nous atteint.
Cela signifie pouvoir être atteint sans être systématiquement emporté.
Je peux avoir peur et continuer à réfléchir.
Je peux être déçu sans immédiatement accuser.
Je peux ressentir une colère très forte et décider d’attendre avant de répondre.
Je peux être triste sans chercher immédiatement quelqu’un pour supprimer ma tristesse.
Je peux vivre une émotion sans considérer qu’elle représente un problème à résoudre au plus vite.
Et plus je développe cette capacité, moins j’ai besoin de certaines protections automatiques.
Derrière la fuite ou l’attaque, poser une autre question
La prochaine fois que vous sentez une réaction monter, plutôt que de chercher immédiatement à la supprimer, observez ce qui se passe.
Qu’est-ce que je ressens ?
Qu’est-ce que j’ai envie de faire immédiatement ?
Fuir ?
Attaquer ?
Me justifier ?
Me distraire ?
Contrôler ?
Chercher quelqu’un pour me rassurer ?
Puis demandez-vous :
« De quoi suis-je en train d’essayer de me protéger ? »
Cette question peut nous emmener beaucoup plus loin que le jugement de notre comportement.
Parce que derrière une réaction excessive se trouve parfois une protection qui a appris, à un moment de notre histoire, qu’elle devait intervenir pour assurer notre sécurité.
Il ne s’agit donc pas de lui faire la guerre.
Il s’agit de lui montrer progressivement que nous avons désormais d’autres possibilités.
Ressentir.
Observer.
Attendre.
Exprimer.
Poser une limite.
Demander.
Partir lorsque c’est nécessaire.
Rester lorsque nous avons simplement envie de fuir l’inconfort.
La sécurité intérieure ne supprime pas nos émotions.
Elle nous permet de les traverser avec davantage de choix.
Et peut-être qu’une partie de notre liberté commence exactement là : au moment où ce que nous ressentons cesse de décider automatiquement de ce que nous allons faire.
Nous sommes #TousFormidable.












