Faire plusieurs choses à la fois, est-ce bien ?
Faire plusieurs choses à la fois nous éloigne-t-il de nous-mêmes ?
Nous vivons dans une époque où faire plusieurs choses en même temps est presque devenu une compétence valorisée.
Nous mangeons en regardant notre téléphone.
Nous répondons à un message pendant une conversation.
Nous écoutons une vidéo en travaillant.
Nous marchons en réfléchissant déjà à ce que nous ferons ensuite.
Nous conduisons en téléphonant.
Nous passons d’une notification à une autre tout au long de la journée.
Et au milieu de cette agitation, nous pouvons avoir l’impression d’être extrêmement efficaces.
Mais sommes-nous réellement présents ?
C’est peut-être là que se trouve la vraie question.
Pas de savoir si le multitâche est « bien » ou « mal ».
Il n’y a pas forcément de bien ou de mal.
Il y a surtout ce que cela produit en nous.
Et ce que cela dit parfois de notre sécurité intérieure.
Prendre conscience de sa conscience
Dans mon ancien texte, je voulais amener le lecteur à « prendre conscience de sa conscience ».
J’aime toujours cette formulation.
Parce que nous pouvons passer une grande partie de notre journée en mode automatique.
Nous faisons.
Nous répondons.
Nous avançons.
Puis soudain, pendant quelques secondes, nous nous observons.
Nous remarquons notre respiration.
Notre tension.
Une pensée.
Une émotion.
La manière dont nous sommes en train de parler.
Et quelque chose change.
Nous ne sommes plus uniquement emportés par ce qui se passe.
Nous devenons capables de l’observer.
C’est cela qui m’intéresse aujourd’hui lorsque je parle de présence.
Observer ne signifie pas sortir de soi
J’écrivais autrefois que lorsque nous devenions observateurs, nous n’étions « plus acteurs », que nous étions dissociés du personnage.
Je formulerais cela différemment aujourd’hui.
L’objectif n’est pas de se couper de soi.
Il est de créer suffisamment d’espace pour ne pas réagir automatiquement.
Par exemple, quelqu’un nous fait une remarque.
La colère monte.
Habituellement, nous répondons immédiatement.
Mais cette fois, nous remarquons :
« Là, je suis en colère. »
Ce simple constat ne fait pas disparaître l’émotion.
Mais il peut créer quelques secondes entre ce que nous ressentons et ce que nous allons faire.
Et dans cet espace, nous récupérons du choix.
C’est précisément là que la sécurité intérieure intervient.
La présence nous aide à ne pas laisser chaque stimulus prendre le volant
Lorsque nous sommes très sollicités, notre attention passe constamment d’un endroit à un autre.
Téléphone.
Conversation.
Pensée.
Notification.
Travail.
Écran.
Problème à résoudre.
Notre système doit suivre.
Et plus il est sollicité, moins nous avons de place pour observer ce qui se passe réellement en nous.
Nous réagissons davantage.
Nous pouvons devenir plus irritables.
Plus impatients.
Nous parlons parfois avant même d’avoir compris ce que nous ressentions.
La présence permet de ralentir ce mécanisme.
Pas nécessairement toute la journée.
Mais suffisamment souvent pour revenir à soi.
Pourquoi avons-nous autant de mal à ne faire qu’une chose ?
C’est une question que je trouve intéressante.
Pourquoi manger simplement ?
Pourquoi marcher sans téléphone ?
Pourquoi attendre sans ouvrir une application ?
Pourquoi conduire sans écouter quelque chose ?
Pourquoi travailler dix minutes sans vérifier les messages ?
Le silence laissé par une seule activité peut parfois être inconfortable.
Parce que lorsque notre attention n’est plus occupée de partout, nous pouvons sentir ce qui se passe réellement.
Une tension.
Une fatigue.
Une inquiétude.
Un vide.
Une question que nous repoussons.
Alors le multitâche peut parfois devenir une manière de nous tenir occupés.
Et donc, quelque part, une protection.
Ce qui nous protège aujourd’hui est peut-être ce qui nous bloque demain.
Notre sécurité intérieure se construit aussi dans notre capacité à rester présent
Si je dois constamment remplir mon attention pour me sentir bien, cela mérite peut-être d’être observé.
Est-ce que je peux rester quelques minutes sans stimulation ?
Est-ce que je peux manger sans écran ?
Marcher sans écouter quelque chose ?
Être avec quelqu’un sans regarder mon téléphone ?
Attendre sans immédiatement chercher une distraction ?
Ces expériences peuvent sembler insignifiantes.
Mais elles nous montrent quelque chose.
Notre capacité à être simplement là.
Sans devoir fuir l’instant.
Et cette capacité participe directement à notre sécurité intérieure.
Peut-on vraiment faire plusieurs choses à la fois en pleine conscience ?
C’était la question centrale de mon ancien texte.
Nous pouvons évidemment accomplir plusieurs actions simultanément.
Marcher et parler.
Conduire et écouter de la musique.
Cuisiner et discuter.
Mais notre attention consciente n’est pas illimitée.
Plusieurs tâches exigeantes nous obligent souvent à passer rapidement de l’une à l’autre plutôt qu’à être totalement présent aux deux.
Et ce déplacement permanent de l’attention peut avoir un coût.
Nous entendons moins bien.
Nous retenons moins.
Nous ressentons moins précisément.
Nous faisons davantage d’erreurs.
Et surtout, nous pouvons terminer une journée entière avec cette sensation étrange d’avoir fait énormément de choses sans avoir réellement vécu grand-chose.
Être présent ne signifie pas vivre au ralenti
La présence n’oblige pas à devenir contemplatif toute la journée.
Nous pouvons être pleinement présents dans l’action.
Travailler.
Créer.
Courir.
Cuisiner.
Parler.
Conduire.
La question est moins la vitesse que la dispersion.
Est-ce que je suis réellement dans ce que je fais ?
Ou est-ce qu’une partie de moi est déjà ailleurs ?
Quand je suis avec quelqu’un, suis-je vraiment avec cette personne ?
Quand je mange, est-ce que je goûte ?
Quand je marche, est-ce que je vois ce qui m’entoure ?
Quand je travaille, est-ce que je travaille, ou est-ce que je vérifie toutes les trois minutes ce qui se passe ailleurs ?
Ce sont de petites questions.
Mais elles changent profondément la qualité de nos journées.
La présence ne garantit pas un futur parfait
Dans mon ancien texte, j’expliquais que si nous étions dans une énergie harmonisée maintenant, nous créerions automatiquement un futur harmonisé.
Je serais plus prudent aujourd’hui.
Être présent ne garantit pas que tout se déroulera parfaitement demain.
En revanche, cela peut améliorer la qualité de nos décisions aujourd’hui.
Et ce sont nos décisions présentes qui influencent une partie de notre futur.
Lorsque je suis plus présent, je peux mieux percevoir mes limites.
Voir ma fatigue avant l’épuisement.
Comprendre une émotion avant qu’elle devienne une réaction.
Entendre réellement ce que quelqu’un me dit.
Faire un choix avec davantage de clarté.
Voilà déjà un effet considérable.
Une expérience très simple
Alors plutôt que d’ajouter une nouvelle théorie, essayez quelque chose.
Choisissez une action quotidienne.
Boire un café.
Prendre une douche.
Marcher dix minutes.
Manger.
Et pendant ce temps, ne faites que cela.
Pas de téléphone.
Pas de vidéo.
Pas de message.
Pas besoin non plus d’empêcher vos pensées d’exister.
Remarquez simplement chaque fois que votre attention part ailleurs.
Puis revenez.
Encore.
Et encore.
Vous découvrirez peut-être à quel point nous avons pris l’habitude d’être partout sauf là où nous sommes.
Et ce constat peut déjà apprendre beaucoup sur notre fonctionnement.
Revenir à soi plutôt que devenir parfait
L’objectif n’est pas de devenir parfaitement conscient à chaque instant.
Ce serait encore une nouvelle exigence.
Nous allons oublier.
Nous allons nous disperser.
Nous allons répondre trop vite.
Nous allons prendre notre téléphone mécaniquement.
Puis nous allons nous en apercevoir.
Et revenir.
C’est peut-être cela, finalement, la conscience au quotidien.
Pas rester dans un état permanent de présence parfaite.
Mais devenir de plus en plus capable de reconnaître le moment où nous nous sommes perdus dans nos automatismes.
Puis retrouver notre point d’ancrage.
Alors si vous faites régulièrement plusieurs choses en même temps, ne cherchez pas à vous juger.
Posez-vous simplement cette question :
« Est-ce que ce fonctionnement m’aide réellement à vivre comme je le souhaite, ou est-ce qu’il m’empêche de rester suffisamment présent pour entendre ce qui se passe en moi ? »
Parce que parfois, retrouver de la sécurité intérieure ne demande pas d’ajouter quelque chose.
Cela demande simplement d’arrêter quelques instants de courir partout avec notre attention.
Et de revenir ici.
Maintenant.
Nous sommes #TousFormidable.












