Je suis ce que je choisis de devenir
Choisir son environnement sans lui donner le pouvoir sur notre vie
Nous avons grandi au milieu de croyances que nous n’avons pas choisies.
Depuis notre enfance, nous entendons ce qu’il faudrait faire pour réussir, combien il faudrait gagner pour être heureux, à quel âge il faudrait acheter une maison, se mettre en couple, avoir des enfants, trouver un travail stable…
Nous apprenons aussi ce qui serait raisonnable, dangereux, impossible ou réservé aux autres.
Et à force d’entendre certaines choses, nous pouvons finir par les considérer comme des vérités.
Pourtant, devenir adulte devrait aussi nous donner cette possibilité extraordinaire : réexaminer ce que nous avons appris et décider de ce que nous voulons continuer à croire.
Parce qu’une croyance n’est pas forcément une vérité.
C’est une représentation que nous avons construite du monde.
Et cette représentation influence profondément notre manière de vivre.
Nous ne voyons jamais totalement la réalité
Pendant longtemps, j’ai écrit que nous ne pouvions percevoir dans la matière que ce que nous croyions.
Aujourd’hui, je nuancerais cette affirmation.
La réalité ne disparaît évidemment pas simplement parce que nous n’y croyons pas.
En revanche, nos croyances influencent notre attention, notre interprétation des événements et les possibilités que nous envisageons.
Deux personnes peuvent donc être confrontées exactement à la même situation et ne pas y voir les mêmes choses.
L’une verra une impossibilité.
L’autre verra une possibilité.
L’une se dira :
« Ce n’est pas pour des gens comme moi. »
L’autre :
« Pourquoi pas moi ? »
Et cette différence intérieure peut ensuite modifier leurs décisions, leurs comportements et, progressivement, leurs trajectoires.
C’est là que nos croyances deviennent puissantes.
Pas parce qu’elles commanderaient magiquement la réalité, mais parce qu’elles participent à déterminer ce que nous nous autorisons à voir, à essayer et à devenir.
Une pensée à laquelle nous ne croyons pas change rarement grand-chose
Nous pouvons nous répéter tous les matins :
« Je suis riche. »
« Je suis libre. »
« J’ai confiance en moi. »
« Je vais réussir. »
Mais si une petite voix répond immédiatement :
« Tu racontes n’importe quoi »,
nous créons surtout un conflit intérieur.
Je retrouve exactement la même chose avec certaines formes de pensée positive.
Il ne suffit pas de recouvrir une insécurité par une jolie phrase.
Si je ne me sens pas capable de traverser l’incertitude, répéter que tout ira merveilleusement bien ne construit pas nécessairement ma sécurité intérieure.
Je préfère alors travailler sur quelque chose de plus concret :
Qu’est-ce qui me permettrait d’avancer même sans avoir la garantie que tout se passera comme prévu ?
Voilà une question qui m’intéresse beaucoup plus aujourd’hui.
Parce que la sécurité intérieure ne consiste pas à croire que rien de désagréable ne nous arrivera.
Elle consiste à développer suffisamment de stabilité en soi pour savoir que nous pourrons nous adapter à ce qui arrivera.
Notre entourage influence ce que nous considérons comme possible
Il y avait néanmoins quelque chose d’essentiel dans mon ancien raisonnement : notre environnement compte.
Nous sommes influencés par les personnes que nous fréquentons.
Leurs conversations.
Leurs habitudes.
Leur manière d’aborder les problèmes.
Leur rapport à l’argent.
Au travail.
À l’échec.
À la réussite.
À la liberté.
À la prise de risque.
Si je passe mes journées au milieu de personnes qui répondent systématiquement à une idée nouvelle par :
« Ça ne marchera jamais »,
je vais forcément être exposé en permanence à cette manière de regarder le monde.
À l’inverse, fréquenter des personnes qui expérimentent, entreprennent, se trompent, recommencent et construisent une vie qui leur ressemble peut élargir ma propre représentation du possible.
Mais attention à ne pas transformer cela en une nouvelle dépendance.
Dois-je vraiment éliminer de ma vie tous ceux qui pensent différemment ?
C’est précisément ici que mon regard a changé.
Pendant longtemps, j’aurais pu dire :
« Si tu veux être libre, entoure-toi uniquement de personnes libres. »
Aujourd’hui, je trouve cette affirmation incomplète.
Parce que si ma confiance s’effondre dès que quelqu’un doute de mon projet, ma liberté dépend encore énormément de l’extérieur.
Si j’ai besoin que tout mon entourage valide mes croyances pour continuer à avancer, je n’ai pas encore construit toute ma sécurité intérieure.
Bien sûr que je peux choisir les personnes avec lesquelles je passe le plus de temps.
Bien sûr que je peux prendre mes distances avec certaines relations qui m’épuisent ou qui ne correspondent plus à ce que je souhaite vivre.
Mais devenir intérieurement sécure, c’est aussi être capable d’entendre :
« Moi, je n’y crois pas »
sans traduire automatiquement cette phrase par :
« Donc je dois abandonner. »
L’autre a le droit d’avoir ses peurs.
Ses croyances.
Son histoire.
Ses limites.
Et moi, j’ai le droit de continuer mon chemin.
S’inspirer de personnes qui incarnent ce qu’elles transmettent
Sur ce point, je n’ai pas beaucoup changé d’avis.
Je préfère regarder ce que quelqu’un incarne plutôt que ce qu’il affirme.
Quelqu’un peut parler de liberté toute la journée et être prisonnier du regard des autres.
Parler d’abondance et vivre constamment dans l’angoisse du manque.
Parler d’amour et passer son temps à juger ceux qui ne pensent pas comme lui.
Parler de sérénité et s’effondrer dès qu’un événement échappe à son contrôle.
Les mots sont faciles.
L’incarnation se voit dans la manière de vivre.
Lorsque je rencontre quelqu’un dont la manière de vivre m’inspire, je peux donc observer ce qu’il fait différemment.
Comment prend-il ses décisions ?
Comment réagit-il lorsqu’un problème survient ?
Comment traverse-t-il l’incertitude ?
Comment pose-t-il ses limites ?
Comment assume-t-il ses choix lorsque son entourage n’est pas d’accord ?
Ce sont parfois ces observations qui nous permettent de remettre en question certaines croyances que nous pensions indiscutables.
Alors, faut-il commencer par changer son environnement ?
Parfois, oui.
Changer d’environnement peut ouvrir une fenêtre.
Une rencontre peut nous montrer qu’une autre manière de vivre existe.
Un nouveau groupe peut nous permettre d’expérimenter des comportements que nous n’osions pas avoir ailleurs.
Mais je crois aujourd’hui que le véritable travail consiste à ne pas devenir dépendant de ce nouvel environnement.
Sinon, nous avons simplement changé de référentiel.
Nous avons quitté un groupe dont nous dépendions pour en rejoindre un autre dont nous dépendons tout autant.
La sécurité intérieure commence lorsque je peux fréquenter quelqu’un qui pense différemment de moi sans ressentir le besoin de le convaincre, de le fuir ou de remettre immédiatement en question ma propre valeur.
Je peux écouter.
Observer.
Prendre ce qui me nourrit.
Laisser ce qui ne me correspond pas.
Et continuer à décider.
Finalement, la question n’est peut-être plus seulement :
« De quelles personnes dois-je m’entourer pour devenir celui ou celle que je veux être ? »
Elle pourrait devenir :
« Est-ce que je suis suffisamment sécure intérieurement pour choisir ma vie, même lorsque les personnes autour de moi auraient fait un autre choix ? »
Parce que choisir son environnement peut nous aider à grandir.
Mais pouvoir rester soi au milieu d’environnements différents, c’est encore un autre niveau de liberté.
Nous sommes #TousFormidable.












