Traumatismes : comprendre ce qui t’empêche d’avancer + replay conférence
Traumatisme et sécurité intérieure : quand le passé continue à décider à notre place
Pourquoi pouvons-nous savoir exactement ce que nous voulons et pourtant être incapables d’avancer ?
Pourquoi certaines situations déclenchent-elles en nous une peur disproportionnée, une envie de fuir, un besoin de contrôler ou une réaction que nous ne comprenons même pas ?
Pourquoi pouvons-nous nous répéter pendant des années que « tout va bien » alors que notre corps et notre comportement semblent raconter une autre histoire ?
Dans la conférence dont vous retrouverez le replay à la fin de cet article, je vous propose de regarder ce qui peut se cacher derrière certains de ces mécanismes.
Et notamment cette question essentielle :
Que se passe-t-il lorsque notre système intérieur ne se sent plus en sécurité ?
Parce qu’avant de vouloir supprimer un blocage, encore faut-il comprendre ce qu’il essaie de protéger.
Qu’est-ce qu’un traumatisme ?
Le mot « traumatisme » est aujourd’hui utilisé pour désigner des réalités très différentes.
Au sens psychologique, un traumatisme peut apparaître lorsqu’une personne est confrontée à un événement ou à une situation qui dépasse ses capacités d’adaptation du moment. Cela peut concerner un événement brutal, mais également certaines expériences répétées ou prolongées.
Le point important est donc de ne pas réduire le traumatisme aux événements spectaculaires.
Deux personnes peuvent également traverser une situation similaire et ne pas en conserver les mêmes conséquences.
Pourquoi ?
Parce que nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe.
Nous réagissons également depuis notre histoire, notre âge, nos ressources, notre environnement et le niveau de sécurité que nous ressentons au moment de l’expérience.
Le cerveau apprend aussi pour nous protéger
Imaginez qu’une expérience déclenche une peur particulièrement intense.
Notre système apprend quelque chose :
« Cette situation peut être dangereuse. »
Cette association peut ensuite influencer notre comportement.
Lorsque quelque chose ressemble, même partiellement, à l’expérience passée, une alerte peut apparaître.
Le problème, c’est que cette protection peut continuer à fonctionner alors que le contexte a complètement changé.
C’est là que nous pouvons avoir l’impression d’être bloqués.
Une partie consciente dit :
« J’ai envie d’y aller. »
Et une autre partie répond :
« Attention, danger. »
Nous interprétons alors parfois cette réaction comme un manque de courage, un manque de motivation ou un sabotage.
Mais si nous regardions les choses autrement ?
Et si ce que nous appelons un blocage était parfois une tentative de nous maintenir en sécurité ?
Quand la sécurité d’hier devient la prison d’aujourd’hui
C’est un paradoxe que je trouve passionnant.
Un mécanisme peut avoir été utile à un moment donné et devenir limitant quelques années plus tard.
Un enfant qui apprend à se faire discret dans un environnement conflictuel développe peut-être une stratégie extrêmement pertinente à cet instant.
Ne pas parler.
Ne pas déranger.
Ne pas attirer l’attention.
Mais que se passe-t-il vingt ou trente ans plus tard lorsqu’il souhaite devenir entrepreneur, prendre la parole, vendre son expertise ou défendre un projet ?
La stratégie ancienne peut continuer à murmurer :
« Ne te montre pas. »
Ce qui protégeait l’enfant peut alors limiter l’adulte.
La sécurité intérieure consiste notamment à pouvoir actualiser cette information :
« Ce qui était dangereux autrefois ne l’est pas nécessairement aujourd’hui. »
Nous ne connaissons pas toujours l’origine de nos réactions
C’est également ce qui rend ce travail intérieur complexe.
Nous pouvons parfaitement connaître notre objectif et ignorer ce qui déclenche notre résistance.
Une personne veut développer son activité mais repousse continuellement le moment de parler d’argent.
Une autre souhaite construire une relation mais fuit dès que l’intimité devient importante.
Une troisième rêve de prendre la parole en public mais trouve toujours une raison de reporter.
Et intellectuellement, tout paraît incompréhensible.
« Pourtant, je le veux ! »
Oui.
Mais vouloir quelque chose consciemment ne signifie pas que toutes les parties de nous se sentent suffisamment en sécurité pour le vivre.
Mon rapport à l’argent après 2016
Je peux prendre un exemple dans ma propre histoire.
En 2016, j’ai traversé une période extrêmement violente de mon existence.
Mon entreprise s’est effondrée.
Je me suis retrouvé confronté à la justice, avec une condamnation, une interdiction de gérer et une situation financière catastrophique.
Pendant cette période, l’argent n’était plus simplement associé dans mon esprit à la liberté ou à la réussite.
Il était associé à la peur.
À la perte.
À la justice.
Au danger.
À la souffrance.
Et dans les années qui ont suivi, j’ai constaté quelque chose de particulièrement intéressant dans mon comportement professionnel : j’avais énormément de facilité à donner.
Beaucoup plus de difficulté à recevoir.
J’ai proposé énormément de choses gratuitement.
Pendant longtemps, j’aurais pu expliquer rationnellement ce comportement par la générosité, mes valeurs ou mon envie d’aider.
Mais il y avait aussi autre chose à regarder.
Quelle sécurité intérieure avais-je associée au fait de ne pas demander d’argent ?
C’est là que l’introspection devient intéressante.
Parce que nous pouvons donner une très belle justification consciente à un comportement qui répond également à une peur beaucoup plus profonde.
Le corps peut lui aussi sonner l’alarme
Lorsqu’une situation réactive une expérience difficile, la réaction n’est pas nécessairement une pensée parfaitement formulée.
Nous pouvons ressentir une tension.
Le cœur accélère.
Le ventre se contracte.
Nous voulons partir.
Nous nous figeons.
Nous devenons irritables.
Nous perdons nos moyens.
Et seulement après, le mental construit une explication.
C’est pourquoi dire à quelqu’un :
« Mais enfin, tu n’as aucune raison d’avoir peur ! »
ne suffit généralement pas.
La personne le sait parfois très bien.
Son système de protection, lui, n’a pas encore reçu le message.
Quand toute notre énergie sert à éviter
Imaginez maintenant la quantité d’énergie nécessaire pour organiser une existence entière autour de ce que nous voulons éviter.
Éviter le conflit.
Éviter le jugement.
Éviter l’échec.
Éviter l’abandon.
Éviter de manquer.
Éviter de se montrer.
Éviter certaines personnes ou certaines situations.
Nous pouvons finir par construire notre vie non pas en fonction de ce que nous voulons profondément, mais en fonction de ce qui nous rassure.
Et c’est ici que nous retrouvons la sécurité intérieure.
Être en sécurité intérieurement ne signifie pas vivre dans un monde sans risque.
Cela signifie développer suffisamment de ressources pour ne plus avoir besoin d’organiser toute notre existence autour de l’évitement du risque.
Et les mémoires familiales ou spirituelles ?
Dans mon approche personnelle et spirituelle, j’explore également d’autres dimensions : les transmissions familiales, ce que certains appellent les mémoires transgénérationnelles et, dans un registre spirituel, les vies antérieures ou mémoires d’âme.
Il est important de distinguer ces différents registres.
Les influences familiales et intergénérationnelles peuvent notamment passer par l’éducation, les comportements, les récits familiaux et les environnements dans lesquels nous grandissons.
Les vies antérieures et mémoires d’âme appartiennent, elles, à une lecture spirituelle de l’existence et ne constituent pas des faits scientifiquement établis.
Pour moi, l’essentiel n’est d’ailleurs pas toujours de pouvoir raconter précisément l’origine d’une peur.
La question la plus utile peut être beaucoup plus simple :
« Qu’est-ce qui se passe en moi, ici et maintenant, lorsque cette situation apparaît ? »
Attention à ne pas transformer la libération en nouvelle course
Il existe aujourd’hui énormément de promesses autour de la « guérison des traumatismes ».
Guérir en quelques minutes.
Effacer une mémoire.
Supprimer définitivement une émotion.
Switcher instantanément un traumatisme.
J’ai moi-même vécu et observé des expériences où une réaction émotionnelle semblait se modifier très rapidement.
Mais cela ne signifie pas que tous les traumatismes se règlent de cette manière.
Certaines réactions peuvent évoluer rapidement.
D’autres nécessitent du temps, de la répétition, un environnement sécurisant et parfois l’accompagnement d’un professionnel de santé mentale formé au psychotraumatisme.
L’important est de ne pas ajouter une nouvelle violence :
« Je devrais déjà être guéri. »
Il n’y a aucun trophée à gagner en guérissant plus vite que quelqu’un d’autre.
Comprendre avant de vouloir combattre
C’est pour cette raison que la première partie de ma conférence est consacrée à la compréhension.
Avant de chercher à supprimer une peur, nous pouvons lui demander :
« Qu’essaies-tu de protéger ? »
Avant de combattre une réaction :
« Quand ai-je appris que cette situation était dangereuse ? »
Avant de nous traiter de saboteur :
« Qu’est-ce qu’une partie de moi essaie d’éviter ? »
Ce changement de regard est considérable.
Nous ne sommes plus en guerre contre nous-mêmes.
Nous commençons à recréer de la sécurité.
La sécurité intérieure permet de réapprendre
Une fois ce mécanisme identifié, un nouveau chemin devient possible.
Je peux observer ma réaction sans immédiatement lui obéir.
Je peux distinguer le danger réel du danger anticipé.
Je peux expérimenter progressivement une autre manière de faire.
Je peux découvrir que prendre ma place ne provoque pas systématiquement le rejet.
Que dire non ne détruit pas nécessairement une relation.
Que demander un prix juste ne fait pas de moi une mauvaise personne.
Que l’échec d’un projet ne signifie pas que je suis un échec.
Chaque expérience différente apporte alors une nouvelle information.
Et progressivement, nous pouvons construire quelque chose de fondamental :
« Je peux rencontrer l’inconnu et rester en sécurité avec moi-même. »
Se libérer ne signifie pas effacer son histoire
Je crois que c’est une distinction essentielle.
Nous ne pouvons pas revenir en arrière et supprimer ce qui a eu lieu.
Notre histoire existe.
En revanche, nous pouvons travailler pour qu’elle ne possède plus le même pouvoir sur notre présent.
C’est peut-être cela, finalement, retrouver sa liberté.
Non pas devenir quelqu’un qui n’a plus jamais peur.
Mais devenir quelqu’un capable de reconnaître :
« Cette peur appartient à mon histoire. Je l’écoute. Je vérifie ce qu’elle essaie de protéger. Et ensuite, depuis l’adulte que je suis aujourd’hui, je choisis. »
Le passé apporte une information.
Il ne doit pas nécessairement conserver le volant.
Et si votre blocage cherchait simplement à vous protéger ?
Si vous avez actuellement l’impression de lutter dans un domaine de votre vie, essayez donc de ne pas commencer par vous demander :
« Comment supprimer ce blocage ? »
Posez-vous plutôt quelques questions.
Qu’est-ce que je veux faire mais que je n’arrive pas à faire ?
Qu’est-ce que je ressens précisément lorsque j’imagine le faire ?
Qu’est-ce que mon système semble vouloir éviter ?
Quel danger est-ce que j’anticipe ?
Ce danger existe-t-il réellement ici et maintenant ?
Et surtout :
De quoi ai-je besoin pour me sentir suffisamment en sécurité pour expérimenter autre chose ?
Vous découvrirez peut-être que votre problème n’était pas un manque de volonté.
Vous étiez peut-être simplement en train de demander à une partie de vous d’avancer alors qu’elle croyait encore devoir vous protéger.
Et lorsque nous cessons de nous battre contre cette partie pour commencer à l’écouter, quelque chose peut progressivement changer.
C’est précisément ce que je développe dans cette conférence : comprendre comment certaines expériences continuent d’influencer notre présent, identifier les mécanismes de protection qui se mettent en place et explorer différentes façons de retrouver davantage de liberté et de sécurité intérieure.
Retrouvez le replay intégral de la conférence ci-dessous.
Stéphane Bride-Bonnot
#TousFormidable












