êtes-vous atteint de l’excusite ?

L’« excusite » : quand nos excuses nous maintiennent dans une vie qui ne nous convient plus

J’ai longtemps utilisé un mot pour décrire un phénomène que je rencontre régulièrement dans l’accompagnement :

l’excusite.

Rassurez-vous, vous ne trouverez probablement pas cette pathologie dans un dictionnaire médical.

Et le remède que je proposais à l’époque était relativement simple : prendre son pied et se mettre soi-même un bon coup dans les fesses.

La formulation me fait toujours sourire.

Mais derrière l’humour, il existe un mécanisme beaucoup plus intéressant à comprendre.

Parce que lorsque nous savons depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, qu’une situation ne nous convient plus et que nous continuons malgré tout à la maintenir, ce n’est pas nécessairement parce que nous sommes paresseux ou incapables de changer.

Très souvent, quelque chose en nous cherche simplement à nous maintenir en sécurité.

Et c’est là que commence le véritable travail.

« Je vais le faire… mais pas maintenant »

Nous connaissons tous ces petites phrases.

« Ça va aller. »

« Je vais attendre encore un peu. »

« Ça ira mieux demain. »

« Je vais m’en sortir. »

« Ce n’est pas le bon moment. »

« Quand les enfants seront plus grands… »

« Quand j’aurai davantage d’argent… »

« Quand j’aurai davantage confiance en moi… »

« Quand la situation se sera calmée… »

« Quand je serai vraiment prêt… »

Prises individuellement, ces phrases peuvent être parfaitement raisonnables.

Il existe effectivement des moments où attendre est la meilleure décision.

Mais lorsqu’elles reviennent depuis cinq ou dix ans, il est peut-être temps de regarder ce qu’elles cachent.

Parce que parfois, nous n’attendons plus le bon moment.

Nous attendons de ne plus avoir peur.

Et ce moment-là risque de ne jamais arriver.

Une situation inconfortable peut quand même nous sécuriser

Voilà l’un des grands paradoxes de notre fonctionnement.

Nous pouvons être malheureux dans une situation et avoir malgré tout peur de la quitter.

Un travail peut nous épuiser mais nous apporter un salaire connu.

Une relation peut ne plus nous épanouir mais nous éviter la solitude.

Une activité professionnelle peut ne plus avoir de sens mais nous donner une identité.

Une manière de vivre peut nous frustrer tout en restant prévisible.

Notre cerveau connaît cette situation.

Il sait comment fonctionner à l’intérieur.

Alors même si elle n’est pas agréable, elle possède quelque chose que l’inconnu n’a pas :

elle est connue.

C’est ainsi que nous pouvons nous installer dans ce que j’appellerais un confort désagréable.

Nous ne sommes pas bien.

Mais nous savons comment ne pas être bien ici.

Et cela peut sembler moins dangereux que d’aller voir ailleurs.

L’excusite protège quelque chose

Lorsque quelqu’un me donne dix raisons pour lesquelles il ne peut pas changer, je pourrais simplement lui répondre :

« Ce sont des excuses. Bouge-toi. »

Mais cela ne nous apprend pas grand-chose.

Je préfère aujourd’hui poser une autre question :

« Qu’est-ce que cette excuse cherche à protéger ? »

Si je dis :

« Je ne peux pas quitter mon travail maintenant »,

qu’est-ce qui se cache derrière ?

La peur de manquer d’argent ?

La peur d’échouer ?

La peur du regard de ma famille ?

La peur de perdre mon statut ?

La peur de découvrir que je ne sais pas ce que je veux ?

Si je dis :

« Je ne peux pas mettre fin à cette relation »,

est-ce vraiment impossible ?

Ou ai-je peur d’être seul ?

De faire souffrir ?

D’être jugé ?

De regretter ?

De devoir reconstruire quelque chose ?

L’excuse n’est alors que la partie visible.

La peur est souvent en dessous.

Et encore en dessous se trouve notre besoin de sécurité.

Attendre d’avoir confiance pour agir

C’est probablement l’un des pièges les plus puissants.

Nous pensons :

« Quand j’aurai confiance en moi, je le ferai. »

Mais la confiance fonctionne souvent dans l’autre sens.

Nous faisons quelque chose.

Nous constatons que nous sommes capables de traverser l’expérience.

Et notre confiance augmente.

Puis nous faisons un pas supplémentaire.

La confiance se consolide.

Attendre de ne plus avoir peur avant d’agir revient parfois à attendre de savoir nager avant d’entrer dans l’eau.

Bien sûr, il ne s’agit pas de sauter inconsciemment dans n’importe quelle situation.

La sécurité intérieure n’est pas l’inconscience.

Elle nous permet simplement de nous dire :

« Je ne sais pas exactement comment cela va se passer, mais je me fais suffisamment confiance pour commencer. »

Le fameux coup de pied aux fesses

Alors oui, il existe des moments où nous avons besoin d’un coup de pied aux fesses.

Pas d’être humiliés.

Pas d’être culpabilisés.

Pas que quelqu’un nous explique que nous sommes responsables de tous nos malheurs.

Mais d’une personne capable de nous montrer l’endroit où nous nous racontons une histoire depuis trop longtemps.

C’est aussi l’une des fonctions que peut avoir un accompagnement.

Pas décider à votre place.

Pas vous rendre dépendant.

Pas vous promettre que tout sera facile.

Mais vous aider à regarder clairement :

où vous êtes,

ce qui ne vous convient plus,

ce que vous voulez réellement,

ce qui vous empêche aujourd’hui d’y aller,

et quelle première action est possible.

Parfois, trente minutes de véritable clarté valent davantage que six mois passés à tourner autour du problème.

Le problème n’est pas toujours le système

Nous pouvons également consacrer énormément d’énergie à expliquer pourquoi notre situation vient de l’extérieur.

L’économie.

Le gouvernement.

Notre entreprise.

Notre patron.

Notre conjoint.

Notre enfance.

Nos parents.

Notre âge.

Notre manque d’argent.

Notre environnement.

Certains de ces facteurs sont parfaitement réels.

Nous ne partons pas tous avec les mêmes ressources, les mêmes contraintes ni les mêmes possibilités.

Prendre sa responsabilité ne signifie donc pas prétendre que tout dépend exclusivement de nous.

Cela signifie plutôt :

« Dans cette réalité qui est la mienne aujourd’hui, quelle marge de manœuvre me reste-t-il ? »

C’est beaucoup plus puissant.

Parce que même lorsqu’une grande partie du problème ne dépend pas de moi, il reste souvent une petite partie sur laquelle je peux agir.

Et c’est par là que je peux commencer.

La sécurité intérieure permet de reprendre le mouvement

Lorsque nous sommes en insécurité, nous cherchons naturellement à contrôler.

Nous voulons connaître le résultat avant de commencer.

Nous voulons être certains que notre projet fonctionnera.

Certains que nous ne manquerons pas d’argent.

Certains que notre entourage approuvera.

Certains que nous ne regretterons rien.

Mais la vie ne fournit pas ce genre de contrat.

La sécurité intérieure ne vient donc pas de la certitude que tout se passera bien.

Elle vient progressivement de cette conviction :

« Même si tout ne se déroule pas exactement comme prévu, je serai encore là pour moi. »

Je pourrai réfléchir.

M’adapter.

Demander de l’aide.

Changer de stratégie.

Recommencer.

C’est cette sécurité qui permet de retrouver du mouvement.

Vous êtes peut-être plus fort que l’histoire que vous vous racontez

J’utilisais autrefois l’expression « flamme intérieure ».

Je l’aime toujours.

Parce qu’il existe parfois un écart immense entre la personne que nous croyons être lorsque nous avons peur et celle que nous découvrons lorsque nous commençons réellement à agir.

Nous nous pensions incapables.

Puis nous l’avons fait.

Nous pensions ne jamais pouvoir dire non.

Puis un jour, nous l’avons dit.

Nous pensions ne jamais pouvoir changer de métier.

Puis nous avons commencé à explorer.

Nous pensions ne pas pouvoir vivre autrement.

Puis une première décision en a entraîné une autre.

Cette force n’apparaît pas toujours avant l’action.

Elle se révèle souvent pendant le chemin.

Et si votre première action était minuscule ?

Vous n’avez pas nécessairement besoin de bouleverser votre vie demain matin.

Quitter votre emploi.

Rompre.

Déménager.

Créer votre entreprise.

Tout vendre.

Ce serait parfois complètement irresponsable.

En revanche, vous pouvez probablement faire quelque chose aujourd’hui.

Passer un appel.

Demander un renseignement.

Prendre un rendez-vous.

Écrire votre projet.

Faire vos comptes.

Dire non à quelque chose.

Consacrer une heure à ce qui vous attire.

Rencontrer quelqu’un qui exerce le métier qui vous intéresse.

Tester.

Explorer.

Commencer.

Le contraire de l’excusite n’est pas la brutalité.

C’est le mouvement.

Combien de temps voulez-vous encore attendre ?

C’est probablement la question la plus importante.

Si votre vie actuelle vous convient réellement, il n’y a évidemment rien à changer.

Mais si vous vous répétez depuis des années que quelque chose doit évoluer, regardez simplement la situation telle qu’elle est.

Si vous ne changez absolument rien aujourd’hui, à quoi ressemblera probablement votre vie dans cinq ans ?

Et dans dix ans ?

Cette projection peut être inconfortable.

Mais elle remet parfois énormément de choses en perspective.

Parce que nous avons tendance à mesurer le risque du changement sans mesurer le risque de l’immobilité.

Rester possède aussi un prix.

Vous n’avez pas besoin de combattre votre peur

Vous pouvez l’écouter.

Comprendre ce qu’elle cherche à protéger.

Vérifier si le danger est réel.

Créer davantage de sécurité.

Puis avancer avec elle.

La peur n’est pas nécessairement le panneau STOP que nous imaginons.

Elle peut simplement nous signaler :

« Là, tu quittes quelque chose que tu connais. »

Et parfois, derrière ce que nous connaissons se trouve précisément la vie dont nous disons depuis des années que nous ne voulons plus.

Alors peut-être qu’aujourd’hui, vous n’avez pas besoin d’une nouvelle explication.

Peut-être avez-vous simplement besoin de décider quel premier mouvement vous allez faire.

Pas demain.

Pas lorsque toutes les conditions seront réunies.

Pas lorsque vous n’aurez plus peur.

Aujourd’hui.

Parce que la sécurité intérieure ne consiste pas à construire une vie dans laquelle plus rien ne peut nous déstabiliser.

Elle consiste à devenir suffisamment solide à l’intérieur pour ne plus laisser toutes nos peurs choisir notre vie à notre place.

Et quelquefois, oui…

un petit coup de pied aux fesses fait beaucoup de bien.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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