Liberté et zone de confort

Peut-on vraiment être libre sans se sentir en sécurité ?

Cet article trouve son origine dans une expérience vécue à l’automne 2020.

À cette époque, je travaillais depuis déjà un moment sur une valeur particulièrement importante pour moi : la liberté.

Nous étions alors dans une période marquée par de nombreuses restrictions liées à la situation sanitaire. Comme beaucoup de personnes, j’avais parfois le sentiment que certaines décisions prises à l’extérieur venaient directement entraver ma liberté.

Et puis, un matin, une expérience toute simple m’a montré quelque chose que je n’avais pas encore complètement compris.

J’avais peut-être beaucoup plus de limites à explorer à l’intérieur de moi avant de m’occuper de toutes celles que je voyais à l’extérieur.

Une nouvelle habitude : aller courir au bord de l’océan

À cette période, j’habitais à proximité de l’océan Atlantique.

Je m’étais mis en tête d’instaurer une nouvelle habitude : aller courir le matin avant le petit-déjeuner.

Et comme j’aime bien me lancer des défis, je m’étais fixé une règle :

« Quel que soit le temps, j’irai. »

Je m’imaginais déjà courir pieds nus sur le sable. Si la marée était haute, je pourrais même aller mettre les pieds dans l’eau.

J’avais donc réglé mon réveil à 6 h 30.

Finalement, je me suis réveillé bien avant.

J’étais tellement excité par cette nouvelle initiative que je n’avais même pas besoin du réveil.

À 6 h 30, j’ai enfilé un short et un tee-shirt, puis je suis parti pieds nus en direction de la plage.

Il pleuvait.

Il y avait du vent.

Mais j’étais décidé.

Et lorsque je suis arrivé devant l’océan, j’ai découvert mon cadeau du matin : la mer était au plus près de la digue.

Exactement ce que j’espérais.

J’avais toute la liberté que je réclamais

À cet instant, je n’avais quasiment aucune contrainte.

Je n’avais pas d’impératif horaire.

Je n’avais aucun sac à protéger de la pluie.

J’étais pieds nus, en short, prêt à être mouillé.

Personne ne m’empêchait d’avancer.

J’étais libre.

Entièrement libre d’aller courir sur cette plage.

Mais il y avait un détail.

Il faisait nuit noire.

Je distinguais à peine ce qui se trouvait devant moi. Les vagues venaient régulièrement frapper contre la digue et, pour continuer à avancer sur le sable, il était évident qu’à un moment ou à un autre j’allais devoir me mouiller.

J’ai posé les pieds sur la plage.

J’ai commencé à courir.

Cinquante mètres peut-être.

Puis une vague est venue se fracasser contre la digue juste devant moi.

Je ne voyais quasiment rien.

Et soudain, face à Dame Nature, je me suis senti tout petit.

J’ai eu peur.

Alors j’ai fait demi-tour.

Personne ne limitait ma liberté… sauf moi

Objectivement, je ne risquais probablement pas grand-chose à l’endroit où je me trouvais, même s’il reste évidemment indispensable de respecter l’océan et ses dangers.

Mais ce matin-là, ce n’est pas une barrière qui m’a arrêté.

Ce n’est pas une interdiction.

Ce n’est pas quelqu’un qui m’a demandé de repartir.

C’est mon propre sentiment d’insécurité.

Je ne voyais pas ce qui se trouvait devant moi et, immédiatement, mon imaginaire s’est mis en mouvement.

Lorsque nous manquons d’informations, notre cerveau complète les espaces vides.

Et il ne les complète pas toujours avec des dauphins et des arcs-en-ciel !

Il imagine aussi ce qui pourrait arriver.

Le danger.

L’accident.

L’inconnu.

Alors que j’avais obtenu exactement ce que je réclamais — de l’espace, du temps et de la liberté — je venais de rencontrer une autre limite.

Une limite intérieure.

La liberté ne suffit pas

À l’époque, cette expérience m’avait fait penser à la pyramide de Maslow et au besoin de sécurité.

Aujourd’hui, j’irais encore plus loin.

Je parlerais de sécurité intérieure.

Parce que nous pouvons disposer d’une immense liberté extérieure et ne pas réussir à l’utiliser lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité intérieurement.

Nous pouvons être libres de changer de métier et ne jamais oser le faire.

Libres de créer notre entreprise et rester paralysés par la peur d’échouer.

Libres de quitter une situation qui ne nous convient plus et continuer à la subir pendant des années.

Libres de prendre la parole et nous taire par peur du jugement.

Libres de choisir et attendre malgré tout que quelqu’un nous rassure avant de prendre une décision.

C’est là que j’ai progressivement compris quelque chose d’essentiel :

la liberté extérieure ne fait pas disparaître nos protections intérieures.

Nos limites ne sont pas toujours nos ennemies

Nous présentons souvent les limites comme quelque chose qu’il faudrait absolument dépasser.

Mais toutes les limites ne sont pas mauvaises.

Certaines nous protègent réellement.

La peur que j’ai ressentie devant l’océan n’était pas absurde. La nuit, les vagues, la météo et l’absence de visibilité constituent des informations que mon organisme avait raison de prendre en considération.

La sécurité intérieure ne consiste donc pas à supprimer la peur.

Elle ne consiste pas davantage à foncer tête baissée pour se prouver que nous sommes courageux.

Elle consiste à pouvoir entendre la peur sans automatiquement lui abandonner toutes nos décisions.

Parfois, après l’avoir écoutée, nous avançons.

Parfois, nous préparons davantage notre action.

Et parfois, comme je l’ai fait ce matin-là, nous faisons demi-tour.

La différence se trouve dans l’endroit depuis lequel nous prenons cette décision.

Avant de combattre toutes les limites extérieures…

Cette matinée m’a également rappelé quelque chose que je trouve encore plus pertinent aujourd’hui.

Nous pouvons consacrer énormément d’énergie à lutter contre des choses sur lesquelles nous avons très peu de pouvoir.

Nous pouvons nous mettre en colère contre la société, les décisions politiques, notre employeur, notre famille, l’économie, les réseaux sociaux ou le monde entier.

Certaines colères sont évidemment légitimes et certaines situations doivent être combattues ou transformées.

Mais pendant que toute notre attention est dirigée vers l’extérieur, nous pouvons oublier un territoire sur lequel nous disposons souvent de beaucoup plus de pouvoir :

nous-mêmes.

Nos choix.

Nos habitudes.

Notre manière de réagir.

Notre capacité à traverser l’incertitude.

Notre relation à nos peurs.

Ce matin-là, je pensais travailler ma liberté en allant courir sur une plage.

J’ai finalement rencontré ma sécurité.

Et malgré mon demi-tour, j’ai pris un plaisir immense. J’étais trempé, réveillé, vivant, et cette petite aventure m’avait mis en énergie pour toute la journée.

Aujourd’hui, je crois encore davantage à cette idée :

la véritable liberté n’est peut-être pas de vivre sans aucune limite. Elle commence lorsque nous développons suffisamment de sécurité intérieure pour choisir consciemment les limites que nous voulons respecter, celles que nous pouvons déplacer et celles que nous sommes enfin prêts à dépasser.

Alors avant de chercher quelle personne ou quelle situation limite votre liberté aujourd’hui, peut-être existe-t-il une autre question à vous poser :

si toutes les barrières extérieures disparaissaient demain matin, jusqu’où votre sécurité intérieure vous permettrait-elle réellement d’aller ?

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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