L’ancrage est très important
Se disperser ou s’ancrer : pourquoi vouloir tout régler en même temps peut nous empêcher d’avancer
Il y a quelques années, j’écrivais à une personne que j’accompagnais :
« Les énergies sont un vrai laser. Plus tu te disperses, plus tu bloques les choses. »
J’utilisais alors beaucoup le vocabulaire énergétique pour expliquer ma manière de voir la vie.
Aujourd’hui, je pourrais formuler cette idée autrement, tout en conservant l’image du laser.
Lorsque notre attention part simultanément dans dix directions, notre énergie, notre temps et nos capacités de décision se dispersent avec elle.
Nous faisons énormément de choses.
Mais nous n’avançons réellement sur rien.
Et derrière cette tendance à vouloir tout régler immédiatement se cache souvent une question beaucoup plus profonde : sommes-nous suffisamment en sécurité intérieurement pour accepter qu’un problème puisse rester momentanément sans solution ?
La dispersion peut donner l’impression d’avancer
Imaginez une personne qui cherche un emploi.
En même temps, elle cherche un nouveau logement.
Elle réfléchit à la ville dans laquelle elle aimerait vivre.
Elle envisage une formation.
Elle se demande si elle ne devrait pas créer son entreprise.
Elle consulte des annonces immobilières.
Elle répond à des offres d’emploi.
Elle compare le prix des déménagements.
Elle imagine déjà son prochain environnement.
Extérieurement, elle est extrêmement active.
Intérieurement, c’est parfois beaucoup moins clair.
« Si j’accepte ce travail, je dois peut-être habiter ici… »
« Mais si je trouve ce logement et que finalement mon travail est ailleurs… »
« Et si je me forme plutôt à ça ? »
« Mais dans ce cas, est-ce que je dois encore chercher un emploi ? »
Chaque nouvelle question en génère trois autres.
L’action qui devait apporter de la sécurité produit finalement davantage d’incertitude.
Vouloir tout résoudre peut être une stratégie contre l’insécurité
Lorsque plusieurs domaines de notre vie sont instables, notre réflexe naturel peut être de vouloir tout remettre en ordre très rapidement.
C’est compréhensible.
L’incertitude est inconfortable.
Alors nous faisons.
Nous cherchons.
Nous comparons.
Nous appelons.
Nous anticipons.
Nous ouvrons quinze onglets.
Et cette hyperactivité peut momentanément nous rassurer.
« Je fais quelque chose, donc je contrôle la situation. »
Mais être très occupé ne signifie pas nécessairement être efficace.
Parfois, nous ne sommes pas réellement en train de résoudre le problème.
Nous sommes en train d’essayer de calmer la peur que le problème provoque.
Identifier le dossier qui conditionne les autres
Dans l’exemple de cette personne, la recherche d’emploi conditionnait largement la suite.
Avant de choisir définitivement un logement, il était utile de savoir dans quelle ville elle allait travailler, quels seraient ses revenus, ses horaires et ses contraintes de déplacement.
Il devenait donc logique de donner temporairement la priorité au travail.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait abandonner toutes les autres dimensions de sa vie jusqu’à la signature d’un contrat.
Nous avons toujours des responsabilités parallèles.
Mais nous pouvons identifier le sujet structurant du moment.
Celui dont la résolution permettra ensuite de prendre de meilleures décisions dans plusieurs autres domaines.
Votre attention fonctionne comme un laser
L’image du laser reste particulièrement intéressante.
Une lumière diffuse éclaire une grande surface.
Un laser concentre son énergie sur un point précis.
Notre attention fonctionne en partie de cette manière.
Si je dispose de quatre heures pour avancer sur un sujet important et que je les découpe entre mes mails, mon téléphone, trois projets, les réseaux sociaux et différentes recherches, j’aurai probablement été actif pendant quatre heures.
Mais aurai-je réellement avancé ?
À l’inverse, consacrer une plage définie à un objectif précis permet d’aller beaucoup plus profondément.
Chercher.
Analyser.
Décider.
Puis s’arrêter.
Faire moins, mais le faire réellement
Nous vivons dans une culture qui valorise énormément l’activité.
Un agenda rempli donne parfois l’impression d’une vie productive.
Pourtant, certaines de nos meilleures décisions apparaissent précisément lorsque nous cessons momentanément d’agir.
Après plusieurs heures de recherche, il peut être beaucoup plus utile d’aller marcher que de consulter cinquante nouvelles annonces.
Pourquoi ?
Parce que notre cerveau a besoin d’espace.
Nous avons besoin de digérer les informations.
De laisser retomber la pression.
De sentir ce qui nous convient.
D’observer nos réactions.
C’est ce que j’appelais autrefois « monter en vibration ».
Aujourd’hui, je parlerais volontiers de retrouver un état intérieur suffisamment stable pour pouvoir décider avec davantage de lucidité.
L’inaction n’est pas nécessairement de la procrastination
Cette distinction est fondamentale.
Procrastiner, c’est repousser une action importante que nous savons devoir réaliser.
S’arrêter volontairement après avoir fait ce qui devait l’être est complètement différent.
Vous avez passé votre matinée à répondre sérieusement aux offres pertinentes.
Vous avez préparé vos entretiens.
Vous avez effectué vos relances.
Que faire ensuite ?
Continuer pendant six heures simplement pour avoir l’impression d’en faire davantage ?
Pas nécessairement.
Vous pouvez aller marcher.
Faire du sport.
Lire.
Méditer.
Voir quelqu’un que vous aimez.
Vous asseoir au bord de la mer.
Ne rien faire.
Ce n’est pas abandonner votre objectif.
C’est préserver la personne qui doit l’atteindre.
Accepter l’ici et maintenant ne signifie pas renoncer à changer
J’utilisais également beaucoup cette idée :
« Accepte ce que tu as ici et maintenant avant de chercher autre chose. »
Cela mérite d’être précisé.
Accepter son logement actuel ne signifie pas décider d’y rester toute sa vie.
Accepter sa situation professionnelle ne signifie pas renoncer à évoluer.
L’acceptation signifie simplement :
« Voilà la réalité telle qu’elle existe aujourd’hui. Je cesse de gaspiller mon énergie à prétendre qu’elle ne devrait pas exister, et je regarde ce que je peux construire à partir d’ici. »
C’est très différent de la résignation.
La résignation dit :
« Je ne peux rien changer. »
L’acceptation dit :
« C’est là que j’en suis. Maintenant, que puis-je faire ? »
Nous n’avons pas besoin de tout savoir immédiatement
L’insécurité nous pousse souvent à résoudre aujourd’hui des problèmes qui n’existent pas encore.
« Si je trouve ce travail, mais que le logement est trop loin… »
« Si je déménage et qu’ensuite… »
« Et si dans six mois… »
Nous créons mentalement des dizaines de scénarios.
Certains méritent évidemment d’être anticipés.
Mais il existe aussi des décisions qui ne peuvent être prises qu’une fois certaines informations disponibles.
Nous pouvons alors nous autoriser à dire :
« Je n’ai pas encore besoin de résoudre cette question. »
Cette phrase demande énormément de sécurité intérieure.
Parce qu’elle signifie accepter momentanément de ne pas savoir.
Faire un choix sans chercher la certitude absolue
Une fois plusieurs propositions professionnelles disponibles, il faudra décider.
Comparer.
Le salaire.
Le contenu du poste.
Les horaires.
L’environnement.
Les déplacements.
Les possibilités d’évolution.
Mais également ce que nous ressentons.
Pas pour imaginer qu’un état intérieur agréable garantit automatiquement que notre décision sera parfaite.
Nous pouvons faire un choix avec beaucoup de sérénité et découvrir plus tard que nous nous sommes trompés.
Aucune méthode ne permet de supprimer complètement cette possibilité.
La sécurité intérieure consiste justement à ne plus avoir besoin de cette garantie.
Je peux prendre la meilleure décision possible avec les informations disponibles aujourd’hui.
Et si la situation évolue, je pourrai à nouveau décider.
Se hâter doucement
J’aime beaucoup cette expression :
se hâter doucement.
Elle résume parfaitement la différence entre immobilité et précipitation.
Se hâter signifie agir.
Envoyer le CV.
Téléphoner.
Préparer l’entretien.
Faire la démarche.
Prendre la décision.
Doucement signifie ne pas chercher à résoudre toute notre existence avant vendredi soir.
Nous avançons avec régularité.
Chaque jour, nous plantons quelques graines.
Puis nous laissons aussi le temps faire son travail.
La sécurité intérieure permet de ne plus confondre action et contrôle
C’est probablement le point central.
Lorsque nous ne nous sentons pas en sécurité, nous pouvons multiplier les actions pour tenter de contrôler l’avenir.
Lorsque nous développons davantage de sécurité intérieure, nous pouvons faire ce qui dépend réellement de nous, puis accepter que le reste ne soit pas encore décidé.
Je prépare correctement mon entretien.
Je ne contrôle pas la décision du recruteur.
Je choisis le poste qui me paraît le plus cohérent.
Je ne peux pas connaître précisément la situation dans deux ans.
Je fais ma part.
Puis je laisse de l’espace.
Ce n’est pas de la passivité.
C’est une autre relation au contrôle.
Quel est votre dossier prioritaire aujourd’hui ?
Si vous avez actuellement l’impression que tout doit changer dans votre vie, prenez une feuille.
Listez les sujets qui occupent votre esprit.
Travail.
Logement.
Argent.
Couple.
Santé.
Projet.
Organisation.
Puis demandez-vous :
« Lequel de ces sujets conditionne réellement plusieurs des autres ? »
Choisissez votre priorité.
Déterminez les actions concrètes qui dépendent de vous.
Faites-les avec sérieux.
Puis arrêtez-vous.
Revenez à votre corps.
À votre environnement.
À vos proches.
À la nature.
À l’instant présent.
Vous n’avez pas besoin de résoudre simultanément les cinq prochaines années de votre existence pour être en sécurité aujourd’hui.
Parfois, la sécurité intérieure commence simplement lorsque nous devenons capables de nous dire :
« Je m’occupe sérieusement de ce qui doit être traité maintenant. Le reste viendra en son temps. »
Faire moins.
Faire mieux.
Rester assidu.
Et apprendre progressivement à ne plus utiliser l’action pour fuir l’incertitude.
Nous sommes #TousFormidable.












