Défi du lundi

Pourquoi est-il si difficile d’être soi quand tout le monde fait autrement ?

Nous aimons penser que nos décisions nous appartiennent.

Que nous réfléchissons librement.

Que nous choisissons nos comportements.

Que nous savons ce qui est bon pour nous.

Et pourtant, une grande partie de notre manière de penser, de parler et d’agir est le résultat de répétitions accumulées depuis notre enfance.

Notre famille.

L’école.

Notre milieu social.

Nos expériences.

Nos collègues.

Les médias.

Les réseaux sociaux.

Toutes ces influences construisent progressivement une forme de normalité.

Et cette normalité peut devenir tellement familière que nous ne la questionnons même plus.

C’est précisément là que se trouve l’une des difficultés majeures lorsque nous voulons changer :

nous ne devons pas seulement adopter un nouveau comportement. Nous devons parfois aller à l’encontre de tout ce que notre cerveau considère comme normal et sécurisant.

Une petite histoire de Covid

Prenons un exemple très simple qui date de 2020.

Lorsque le coronavirus SARS-CoV-2 et la maladie qu’il provoque sont entrés brutalement dans notre quotidien, nous avons entendu partout une expression :

« le Covid ».

À la télévision.

À la radio.

Dans les conversations.

Dans les entreprises.

Dans les familles.

Tout le monde ou presque disait « le Covid ».

Puis l’Académie française a recommandé l’emploi du féminin : « la Covid-19 », le sigle renvoyant à Coronavirus Disease, traduit par « maladie à coronavirus ».

Mais ce qui m’intéresse ici n’est absolument pas de savoir qui avait linguistiquement raison.

Ce qui m’intéresse, c’est l’expérience.

Essayez de modifier volontairement une expression que vous avez entendue des centaines de fois sous une autre forme.

Vous connaissez intellectuellement la nouvelle formulation.

Vous avez décidé de l’utiliser.

Et pourtant, l’ancienne revient spontanément.

Pourquoi ?

Parce qu’elle est devenue automatique.

Savoir ne suffit pas à changer

Voilà quelque chose que nous retrouvons dans énormément de domaines de notre existence.

Nous savons qu’il faudrait dire non.

Et nous disons encore oui.

Nous savons que nous devrions davantage nous reposer.

Et nous continuons à remplir notre agenda.

Nous savons qu’une situation ne nous convient plus.

Et nous restons.

Nous savons que nous accordons trop d’importance au regard des autres.

Et pourtant, au moment de prendre une décision, nous nous demandons encore :

« Qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ? »

Ce n’est donc pas nécessairement un problème de connaissance.

Nous pouvons parfaitement savoir et continuer à faire exactement l’inverse.

Parce qu’entre la connaissance intellectuelle et le comportement se trouvent nos habitudes, nos conditionnements et nos mécanismes de protection.

Le cerveau préfère ce qui lui est familier

Ce qui est familier présente un avantage considérable : nous savons à peu près comment cela fonctionne.

L’inconnu, en revanche, contient de l’incertitude.

Imaginez une personne qui a toujours appris qu’un bon travail signifie :

un CDI, un salaire régulier, des horaires définis et une certaine sécurité matérielle.

Puis un jour, cette personne comprend qu’elle aspire profondément à créer son activité.

Elle peut être parfaitement convaincue de son projet.

Et pourtant, au moment de se lancer, quelque chose résiste.

« Et si ça ne marche pas ? »

« Tu as quand même une bonne situation. »

« À ton âge, tu ne vas pas tout recommencer. »

« Pense à ta retraite. »

« Tu devrais être raisonnable. »

Ces phrases peuvent venir de l’entourage.

Mais le plus intéressant est qu’elles finissent également par venir de l’intérieur.

Le collectif n’a même plus besoin de parler.

Nous avons intégré sa voix.

Et si ce n’était pas un manque de courage ?

Nous jugeons parfois sévèrement notre difficulté à changer.

« Je suis incapable de prendre une décision. »

« Je manque de volonté. »

« Je suis trop faible. »

« Je procrastine encore. »

Mais derrière l’immobilité peut se trouver une autre réalité.

Une partie de nous essaie simplement de préserver ce qu’elle connaît.

Elle veut éviter le rejet.

La perte.

L’échec.

Le jugement.

La solitude.

L’incertitude.

Autrement dit, ce que nous prenons pour un défaut peut être un mécanisme de protection.

Et nous retrouvons cette idée centrale :

Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque.

Être soi peut représenter un risque

Nous entendons souvent :

« Sois toi-même. »

C’est une jolie phrase.

Mais être soi peut demander beaucoup de sécurité intérieure.

Parce que si être soi signifie faire exactement ce que notre entourage approuve, il n’y a pas vraiment de difficulté.

Le véritable défi apparaît lorsque nos valeurs commencent à nous conduire ailleurs.

Dire non alors que nous avons toujours dit oui.

Choisir un autre métier.

Changer notre façon de vivre.

Ne plus participer à certaines conversations.

Assumer une opinion différente.

Prendre davantage de temps pour soi.

Arrêter de vouloir convaincre.

Quitter une situation qui ne nous correspond plus.

Nous rencontrons alors l’incertitude.

Et notre système de protection peut se réveiller.

La sécurité intérieure permet de supporter la différence

La sécurité intérieure ne consiste donc pas à être certain d’avoir raison contre tout le monde.

Ce serait simplement remplacer un conformisme par une autre rigidité.

Elle consiste à pouvoir entendre une opinion différente sans perdre notre propre stabilité.

À pouvoir être désapprouvé sans immédiatement nous remettre entièrement en question.

À pouvoir ne pas savoir ce qui arrivera demain sans revenir automatiquement vers l’ancienne situation.

À pouvoir dire :

« Je comprends votre point de vue. Mais ce choix correspond davantage à qui je suis aujourd’hui. »

C’est très différent.

Nous ne sommes plus obligés de combattre le collectif.

Nous ne sommes plus obligés de convaincre notre famille.

Nous ne sommes plus obligés de démontrer que nous avons raison.

Nous pouvons simplement choisir.

Commencer par observer les automatismes

Avant de bouleverser toute votre existence, vous pouvez commencer beaucoup plus simplement.

Pendant quelques jours, observez toutes les situations dans lesquelles vous faites quelque chose automatiquement.

Pourquoi ai-je dit oui ?

Pourquoi ai-je choisi cela ?

Pourquoi est-ce que je n’ose pas dire ce que je pense ?

Pourquoi cette remarque me déstabilise-t-elle ?

Pourquoi ai-je besoin que cette personne approuve mon choix ?

Puis posez-vous une deuxième question :

Est-ce réellement mon choix, ou est-ce une protection ?

Peut-être découvrirez-vous que certaines habitudes vous correspondent parfaitement.

Gardez-les.

Mais vous découvrirez peut-être aussi que certaines décisions sont encore prises par peur de déplaire, de perdre, d’échouer ou d’être rejeté.

C’est ici que commence le changement.

Pas en partant en guerre contre la société.

Pas en rejetant tout ce que nous avons appris.

Mais en développant suffisamment de stabilité intérieure pour pouvoir distinguer ce qui nous appartient de ce que nous avons simplement appris à reproduire.

Car être soi ne signifie pas systématiquement faire différemment des autres.

Être soi, c’est pouvoir faire un choix parce qu’il nous correspond, même lorsque l’extérieur nous propose autre chose.

Et plus nous développons cette capacité, moins nos mécanismes de protection ont besoin de décider à notre place.

C’est cela aussi, construire sa sécurité intérieure.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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