Dépendances affectives et violences conjugales
Pourquoi ne sommes-nous pas bien lorsque notre conjoint rentre en retard ?
Pourquoi avons-nous besoin de savoir où il est, ce qu’il fait, avec qui ?
Pourquoi un message sans réponse peut-il parfois prendre autant de place dans notre tête ?
Et pourquoi, lorsqu’une relation se termine, avons-nous parfois l’impression que notre monde entier s’effondre ?
On parle souvent de dépendance affective.
Mais derrière cette dépendance, je vois aujourd’hui autre chose :
un mécanisme de protection qui cherche de la sécurité.
Prenons un exemple.
Imaginez un enfant qui grandit dans un environnement où l’amour n’est pas sécurisant.
Papa et maman se disputent.
Il y a de l’alcool.
Des cris.
Des séparations.
Peu de compliments.
Peu de marques d’attention.
Peut-être même beaucoup d’imprévisibilité.
Cet enfant grandit.
Et un jour, à 16, 18 ou 20 ans, quelqu’un arrive et lui dit :
« Waouh… tu es belle. J’ai envie d’être avec toi. »
Pour la première fois peut-être, quelqu’un lui apporte cette attention dont elle a tellement manqué.
Alors forcément, quelque chose s’accroche.
Pas nécessairement parce qu’elle aime « trop ».
Mais parce que cette relation vient répondre à quelque chose de beaucoup plus profond :
elle la sécurise.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce que si ma sécurité dépend de toi, je vais avoir peur de te perdre.
Si j’ai peur de te perdre, je vais avoir besoin d’être rassuré.
Puis encore rassuré.
Tu es où ?
Tu rentres quand ?
Pourquoi tu ne réponds pas ?
Avec qui es-tu ?
Tu m’aimes toujours ?
Et progressivement, ce qui ressemblait à de l’amour peut devenir du contrôle, de la jalousie, de la possession ou une dépendance à la présence de l’autre.
Le problème n’est donc peut-être pas le conjoint.
Le problème n’est même pas nécessairement la relation.
La question pourrait être :
Qu’est-ce que sa présence vient sécuriser à l’intérieur de moi ?
Parce que lorsque cette personne s’éloigne, le mécanisme de protection se réveille.
Et lorsque cette personne part définitivement, ce n’est quelquefois pas seulement la relation que nous perdons.
Nous perdons ce que cette relation nous permettait de ressentir.
Être aimé.
Être important.
Être reconnu.
Ne pas être seul.
Avoir de la valeur.
Se sentir en sécurité.
Alors nous pouvons essayer de changer de conjoint.
Nous pouvons demander davantage de preuves d’amour.
Nous pouvons surveiller.
Contrôler.
Exiger.
Nous pouvons même nous répéter devant la glace :
« Je m’aime. Je m’aime. Je m’aime. »
Mais si, derrière, quelque chose en nous a toujours peur d’être abandonné, rejeté ou oublié, le mécanisme continuera à travailler.
Parce qu’il essaie de nous protéger.
Et c’est là que ma vision a profondément changé.
Je ne cherche plus simplement à supprimer le comportement.
Je cherche à comprendre ce qu’il protège.
Pourquoi ai-je besoin que l’autre soit là pour être bien ?
Pourquoi son absence crée-t-elle autant d’insécurité ?
Pourquoi ai-je besoin de son regard pour me sentir important ?
Pourquoi son retard déclenche-t-il quelque chose de disproportionné en moi ?
Pourquoi l’idée même qu’il puisse partir m’est-elle insupportable ?
Ce ne sont pas des questions sur l’autre.
Ce sont des questions sur soi.
Et peut-être qu’aimer véritablement commence justement ici :
lorsque l’autre n’a plus la responsabilité de nous sécuriser en permanence.
Il peut alors redevenir ce qu’il devrait être :
quelqu’un que nous choisissons d’aimer et avec qui nous choisissons de partager notre vie.
Pas quelqu’un dont nous avons absolument besoin pour tenir debout.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque.
Stéphane Bride-Bonnot
Spécialiste de la sécurité intérieure
#TousFormidable












