La valeur
Et si vous ne placiez pas la valeur au bon endroit ?
Nous parlons énormément de valeur.
La valeur d’une maison.
La valeur d’une voiture.
La valeur d’un téléphone.
La valeur de nos bijoux.
La valeur de notre patrimoine.
Mais finalement, nous parlons assez peu de notre propre valeur.
Et si une partie de notre mal-être venait justement de là ?
Si nous avions appris à protéger, entretenir et valoriser ce que nous possédons, avant d’apprendre à prendre soin de celui ou celle qui possède tout cela ?
Parce qu’avant d’avoir quelque chose, nous sommes quelqu’un.
Et ce quelqu’un mérite peut-être davantage notre attention.
Nous protégeons ce que nous considérons comme précieux
Lorsque nous allons au supermarché, nous fermons notre voiture à clé.
Nous protégeons le code de notre carte bancaire.
Nous assurons notre maison.
Nous mettons parfois une coque autour d’un téléphone qui coûte plusieurs centaines d’euros.
Pourquoi ?
Parce que nous lui reconnaissons une valeur.
Maintenant, faisons exactement le même raisonnement avec nous-mêmes.
Quelle valeur accordons-nous à notre corps ?
À notre temps ?
À notre énergie ?
À nos émotions ?
À notre équilibre ?
À nos rêves ?
À notre besoin de repos ?
À ce que nous ressentons profondément ?
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce que nous pouvons prendre énormément de précautions pour protéger une voiture et, parallèlement, malmener notre corps pendant des années.
Nous pouvons protéger notre compte bancaire et laisser n’importe qui prendre une place considérable dans notre vie.
Nous pouvons entretenir notre maison et ne jamais prendre le temps de nous demander comment nous allons réellement à l’intérieur.
Nous pouvons faire réviser notre voiture tous les ans et attendre d’être complètement épuisés avant de nous occuper de nous.
Alors, finalement, qu’est-ce qui a le plus de valeur ?
Votre première richesse, c’est vous
J’ai longtemps pensé comme beaucoup de monde.
Il fallait travailler.
Gagner de l’argent.
Posséder.
Faire.
Réussir.
Accumuler suffisamment de choses pour pouvoir ensuite profiter de la vie.
Mais il y a un problème dans cette logique.
Nous pouvons posséder énormément et ne pas être bien.
Nous pouvons avoir une belle maison et ne plus avoir envie d’y rentrer.
Nous pouvons avoir une belle voiture et l’utiliser chaque matin pour aller dans un travail qui ne nous correspond plus.
Nous pouvons partir régulièrement en vacances et passer onze mois de l’année à attendre les prochaines.
Le matériel peut apporter du confort et du plaisir. Il n’y a rien de mal à cela.
Mais il ne peut pas répondre à toutes nos insécurités intérieures.
Et surtout, il ne peut pas nous apprendre à nous aimer, à nous respecter ou à nous sentir à notre place.
C’est ici que je fais une différence entre « dépenser » et « investir »
Cette distinction m’intéresse beaucoup.
Lorsque je dépense, j’obtiens généralement quelque chose en échange immédiatement.
Un restaurant.
Un téléphone.
Une sortie.
Un vêtement.
Un voyage.
Un loisir.
Et encore une fois, aucun problème avec cela.
La vie est aussi faite pour être vécue et savourée.
Mais lorsque j’investis, j’accepte de consacrer aujourd’hui une ressource — du temps, de l’énergie ou de l’argent — à quelque chose dont j’espère récolter les bénéfices plus tard.
Alors pourquoi avons-nous parfois autant de facilité à investir dans notre maison, notre voiture ou notre activité professionnelle et autant de difficulté à investir en nous-mêmes ?
Prendre du temps pour réfléchir à sa vie est un investissement.
Se former est un investissement.
Apprendre quelque chose qui nous rend plus autonome est un investissement.
Faire du sport est un investissement.
Dormir suffisamment est un investissement.
Se faire accompagner lorsque nous en ressentons réellement le besoin peut être un investissement.
Prendre une journée pour se retrouver plutôt que continuer à courir peut également être un investissement.
Parce que le bénéfice ne s’arrête pas nécessairement à la journée pendant laquelle nous l’avons fait.
Il peut continuer à produire ses effets pendant longtemps.
Et si notre rapport à l’argent révélait parfois notre rapport à nous-mêmes ?
Je trouve intéressant de regarder où part notre argent.
Pas pour culpabiliser.
Pas pour établir une nouvelle règle morale selon laquelle il serait mauvais de s’offrir un restaurant, un téléphone ou une journée dans un parc d’attractions.
Mais simplement pour observer.
Parce qu’un budget raconte aussi nos priorités.
Je peux dire pendant des années que mon bien-être est ma priorité et ne jamais lui consacrer ni temps, ni argent, ni énergie.
Je peux dire que je veux changer professionnellement sans jamais investir une heure dans la construction d’un nouveau projet.
Je peux dire que ma santé est essentielle et continuer à la placer systématiquement derrière toutes mes autres obligations.
Je peux dire que je veux apprendre à me connaître et ne jamais m’accorder une heure seul avec moi-même.
Il existe parfois un écart considérable entre ce que nous affirmons avoir de la valeur et ce à quoi nous donnons réellement nos ressources.
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque vous faites un choix ?
Cette question va bien au-delà de l’argent.
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque vous acceptez quelque chose que vous ne voulez pas ?
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque vous n’osez pas dire non ?
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque vous travaillez constamment au-delà de vos limites ?
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque vous restez dans une situation qui ne vous convient plus simplement parce que l’inconnu vous fait peur ?
Quelle valeur vous donnez-vous lorsque tout le monde passe systématiquement avant vous ?
Et surtout :
Depuis quel endroit intérieur faites-vous ces choix ?
Depuis un endroit suffisamment sécure pour écouter ce qui est juste pour vous ?
Ou depuis la peur de perdre, de décevoir, de manquer, d’être jugé ou de ne plus être aimé ?
Parce que la valeur personnelle ne consiste pas à se répéter devant un miroir :
« Je mérite le meilleur. »
Elle se manifeste dans nos décisions.
Imaginez maintenant un bébé de six mois
Vous avez devant vous un enfant de six mois.
Qu’est-ce qui a de la valeur chez lui ?
Son compte bancaire ?
Ses vêtements ?
La marque de sa poussette ?
La taille de la maison de ses parents ?
Évidemment que non.
Cet enfant possède une valeur avant même d’avoir accompli quoi que ce soit.
Il n’a pas besoin de travailler.
Il n’a pas besoin de réussir.
Il n’a pas besoin d’être performant.
Il n’a même pas besoin d’être utile.
Sa valeur ne dépend pas de ce qu’il fait ou de ce qu’il possède.
Alors à quel moment avons-nous commencé à croire que la nôtre en dépendait ?
À quel moment avons-nous associé notre valeur à notre métier, notre salaire, notre maison, notre physique, notre statut social ou au regard des autres ?
Cette question mérite peut-être qu’on s’y arrête.
Investir en soi ne signifie pas forcément dépenser de l’argent
C’est également important de le préciser.
Prendre soin de soi n’est pas un produit.
Vous n’avez pas obligatoirement besoin d’acheter quelque chose pour vous accorder de la valeur.
Une promenade seul dans la nature ne coûte rien.
Couper son téléphone pendant deux heures ne coûte rien.
Dire non à quelque chose qui ne nous convient pas ne coûte rien.
Dormir davantage peut ne rien coûter.
Écrire ce que nous ressentons ne coûte rien.
Prendre le temps de réfléchir à ce que nous voulons vraiment ne coûte rien.
Demander de l’aide peut parfois coûter quelque chose, notamment lorsqu’il s’agit d’un professionnel, mais le prix ne détermine pas automatiquement la qualité d’un accompagnement.
Investir en soi, c’est avant tout décider que nous méritons de consacrer des ressources à notre propre équilibre.
La sécurité intérieure change notre rapport à la valeur
Lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité intérieurement, nous pouvons chercher notre valeur à l’extérieur.
Dans le regard des autres.
Dans notre métier.
Dans notre chiffre d’affaires.
Dans notre couple.
Dans ce que nous possédons.
Dans notre apparence.
Dans notre utilité.
Nous avons alors besoin que l’extérieur nous confirme régulièrement que nous valons quelque chose.
Mais l’extérieur bouge.
Un emploi peut disparaître.
Une relation peut se terminer.
Une entreprise peut rencontrer des difficultés.
Un corps change.
Une voiture vieillit.
Un téléphone devient obsolète.
Si toute notre valeur repose là-dessus, notre sécurité devient extrêmement fragile.
Voilà pourquoi le travail intérieur me semble aujourd’hui essentiel.
Il ne consiste pas à rejeter la matière.
Il consiste à remettre les choses dans le bon ordre.
Je ne cherche plus à avoir pour me sentir valable.
Je commence par reconnaître ma valeur.
Et depuis cet endroit intérieur, je choisis ce que je veux faire, construire, partager et éventuellement posséder.
La différence peut sembler subtile.
Elle change pourtant énormément de choses.
Parce que nous sommes des êtres humains.
Avant de faire.
Avant d’avoir.
Nous sommes.
Alors peut-être que le meilleur investissement que nous puissions faire au cours de notre existence consiste simplement à apprendre à prendre soin de la seule personne qui sera présente avec nous du premier au dernier jour :
nous-mêmes.
Et vous, si vous regardez votre emploi du temps, votre énergie et vos dépenses des trois derniers mois, quelle valeur leur avez-vous réellement montrée comme étant votre priorité ?
Nous sommes #TousFormidable.












