La colère est un poison

Quand la colère s’installe : ce que notre corps essaie peut-être de nous dire

Se mettre en colère de temps en temps n’a rien d’anormal.

De la même façon, traverser un moment de stress n’est pas nécessairement problématique. Notre organisme est justement capable de mobiliser rapidement ses ressources lorsqu’une situation l’exige, puis de revenir progressivement à l’équilibre.

La question devient différente lorsque cet état ne redescend plus vraiment.

Lorsque nous sommes régulièrement irrités.

Lorsque la moindre contrariété nous fait exploser.

Lorsque nous avons l’impression d’être constamment sous pression.

Lorsque notre corps reste tendu même quand, extérieurement, il ne se passe rien de particulier.

Pendant longtemps, j’ai connu cela.

Et je ne comprenais pas pourquoi autant de choses pouvaient me mettre en colère.

La colère ne commence pas forcément au moment où nous explosons

J’aime l’image de la cocotte-minute.

Lorsque la soupape explose, la pression n’est pas apparue une seconde auparavant.

Elle s’est accumulée.

Pour la colère, cela peut être similaire.

Quelqu’un nous fait une remarque apparemment anodine et nous explosons.

Un automobiliste nous coupe la route et nous devenons furieux.

Notre conjoint oublie quelque chose et notre réaction semble complètement disproportionnée par rapport à l’événement.

Alors peut-être que la vraie question n’est pas seulement :

« Pourquoi cette personne m’a-t-elle mis en colère ? »

Mais :

« Pourquoi cette situation a-t-elle déclenché quelque chose d’aussi puissant en moi ? »

Depuis quel endroit intérieur cette colère est-elle partie ?

C’est une question très différente.

Parce qu’elle nous fait quitter progressivement la recherche du responsable extérieur pour revenir vers ce qui se passe en nous.

La colère est aussi un phénomène physique

Nous parlons souvent des émotions comme si elles existaient uniquement dans notre tête.

Pourtant, une émotion mobilise également notre organisme.

Lorsque nous nous mettons en colère, notre système nerveux s’active. Notre rythme cardiaque peut augmenter, notre respiration changer, nos muscles se tendre et différentes hormones liées à la réponse au stress peuvent être libérées.

Le corps se prépare à agir.

À court terme, ce mécanisme fait partie du fonctionnement normal de l’être humain.

Mais lorsqu’un état de stress, d’hostilité ou de colère devient chronique, la situation mérite davantage d’attention. La recherche médicale associe notamment le stress chronique à différents effets délétères sur la santé.

Cela ne signifie évidemment pas que toute maladie serait provoquée par une émotion, ni qu’un travail émotionnel remplacerait un diagnostic ou un traitement médical.

Cela signifie quelque chose de beaucoup plus simple :

notre santé émotionnelle mérite elle aussi notre attention.

Notre corps et notre vécu psychologique ne sont pas deux mondes complètement indépendants.

Faire disparaître le symptôme ne répond pas toujours à toutes nos questions

Lorsque quelque chose ne va pas dans notre corps, consulter un professionnel de santé est évidemment important.

Mais personnellement, j’ai découvert qu’une autre question pouvait également être intéressante :

« Qu’est-ce que je vis intérieurement depuis quelque temps ? »

Comment est mon niveau de stress ?

Depuis combien de temps suis-je sous tension ?

Est-ce que je dors correctement ?

Qu’est-ce qui me met continuellement en colère ?

Qu’est-ce que je supporte alors que je n’en ai plus envie ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à exprimer ?

Qu’est-ce que cette situation vient toucher chez moi ?

Il ne s’agit pas de chercher une explication émotionnelle à toutes les maladies.

Il s’agit de ne pas oublier l’être humain derrière le symptôme.

Jusqu’en 2016, je pensais surtout que ma colère venait de l’extérieur

Quelqu’un faisait quelque chose qui ne me convenait pas : il m’énervait.

Une situation n’allait pas dans mon sens : elle m’énervait.

Le monde ne fonctionnait pas comme je pensais qu’il devait fonctionner : il m’énervait.

Vu de cette manière, la solution semblait forcément être à l’extérieur.

Il aurait fallu que les autres changent.

Que certaines personnes se comportent autrement.

Que certaines situations disparaissent.

Bref, il aurait fallu que le monde entier s’adapte pour que je puisse enfin être tranquille.

Cela pouvait durer longtemps.

Puis j’ai commencé à travailler sur moi.

Et quelque chose a changé lorsque j’ai cessé de regarder uniquement ce que les autres provoquaient chez moi pour commencer à observer ce que les situations réveillaient en moi.

Ce déplacement a été essentiel.

Et si la colère était parfois un indicateur ?

Je ne considère plus nécessairement une émotion désagréable comme quelque chose qu’il faudrait immédiatement faire taire.

Elle peut nous renseigner.

Une colère peut signaler une limite franchie.

Une injustice ressentie.

Une frustration accumulée.

Une peur.

Une impuissance.

Une ancienne blessure réveillée par une situation actuelle.

Une valeur fondamentale qui n’est pas respectée.

La colère n’est donc pas nécessairement notre ennemie.

Elle peut devenir une information.

Et c’est précisément là que le travail commence.

Parce que si je me contente de dire :

« C’est à cause de lui »,

je reste dépendant de lui pour retrouver mon calme.

Alors que si je me demande :

« Qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? »

je récupère une possibilité d’action.

Mon histoire avec mon père a été déterminante

Dans mon propre parcours, une partie importante de ce travail m’a conduit vers la relation avec mon père.

Je ne prétends pas que ce soit l’explication universelle de la colère.

Je raconte ce qui s’est passé pour moi.

J’ai commencé à regarder autrement mon histoire, mes ressentiments, mes blessures, ce que j’avais gardé en moi pendant des années.

Et lorsque j’ai travaillé sur cette acceptation, j’ai constaté un changement profond dans ma manière de vivre certaines situations.

La dernière agression physique que j’ai vécue remonte à 2017, juste avant ce travail autour de mon père.

Je pourrais construire toutes sortes d’explications autour de cette chronologie.

Je préfère aujourd’hui rester sur ce que je peux réellement témoigner :

mon rapport au monde a changé parce que mon monde intérieur avait changé.

Je réagissais différemment.

Je percevais différemment.

Je posais probablement mes limites différemment.

Je ne nourrissais plus certaines situations de la même manière.

Et progressivement, ma vie s’est considérablement adoucie.

La sécurité intérieure change notre rapport au conflit

C’est peut-être là que se trouve pour moi l’essentiel aujourd’hui.

Lorsque nous sommes intérieurement en insécurité, beaucoup de choses peuvent être interprétées comme des menaces.

Une remarque devient une attaque.

Un désaccord devient un rejet.

Une critique devient une remise en cause de notre valeur.

Un imprévu devient une catastrophe.

Nous réagissons alors parfois à ce que la situation réveille en nous davantage qu’à la situation elle-même.

Plus j’ai développé ma sécurité intérieure, moins j’ai eu besoin de me défendre contre tout.

Cela ne signifie pas que je ne ressens plus jamais de colère.

Cela signifie que je peux davantage l’observer avant qu’elle ne prenne toute la place.

Et surtout, je peux me demander :

« Qu’est-ce qui est réellement en train de se passer en moi ? »

Ne cherchons peut-être pas à éradiquer la colère

À l’époque, j’aurais probablement parlé de « nettoyer » ou même « d’éradiquer » la colère.

Aujourd’hui, j’irais un peu plus loin.

Une émotion n’a pas nécessairement besoin d’être combattue.

Parce que vouloir combattre sa colère peut devenir une nouvelle forme de violence contre soi-même.

Nous pouvons plutôt apprendre à l’écouter.

À comprendre ce qu’elle protège.

À identifier ce qu’elle révèle.

À poser la limite qui doit éventuellement être posée.

Puis à la laisser repartir lorsqu’elle n’a plus rien à nous apprendre.

Le problème n’est peut-être pas d’avoir ressenti de la colère pendant cinq minutes.

Le problème commence lorsque nous la transportons pendant cinq ans.

Tout part de notre monde intérieur… mais tout ne dépend pas uniquement de nous

Prendre sa responsabilité ne signifie pas devenir responsable de tout ce qui nous arrive.

Quelqu’un qui nous agresse reste responsable de son comportement.

Une injustice reste une injustice.

Une maladie nécessite une prise en charge adaptée.

Mais nous pouvons reprendre la responsabilité de ce que nous faisons intérieurement et extérieurement avec ce qui nous arrive.

Et cette nuance change énormément de choses.

Parce que nous cessons d’attendre que le monde entier change pour commencer à nous occuper de l’endroit sur lequel nous avons réellement une possibilité d’action : nous-mêmes.

C’est là que j’ai découvert quelque chose qui reste aujourd’hui au centre de mon travail.

Plus je développe ma sécurité intérieure, moins j’ai besoin que l’extérieur corresponde exactement à mes attentes pour me sentir bien.

Et quand cette guerre intérieure s’apaise, il reste beaucoup plus de place pour la sérénité, la joie, les relations authentiques et l’amour.

Alors, la prochaine fois qu’une colère apparaît, plutôt que de vous demander uniquement qui vous a mis en colère, essayez peut-être cette question :

Qu’est-ce que cette situation vient toucher en moi qui demande aujourd’hui mon attention ?

La réponse pourrait être beaucoup plus intéressante que le coupable.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction