L’anticipation

Anticiper sans vouloir tout contrôler : une clé de la sécurité intérieure

L’anticipation est la clé de voûte de la réussite.

J’écrivais cette phrase il y a quelques années et je la trouve toujours particulièrement intéressante, à condition de faire une distinction essentielle.

Anticiper n’est pas contrôler.

Anticiper, c’est regarder suffisamment loin pour pouvoir agir sereinement aujourd’hui.

Contrôler, c’est vouloir obtenir la garantie que demain se déroulera exactement comme nous l’avons décidé.

Dans le premier cas, nous créons de la sécurité intérieure.

Dans le second, nous pouvons au contraire nourrir notre insécurité en essayant de supprimer une incertitude qui fera toujours partie de la vie.

Et nous pouvons l’observer dans des situations extrêmement ordinaires.

Plus nous attendons, plus notre marge de manœuvre diminue

Prenons l’argent.

Vous savez qu’une dépense importante arrivera dans trois semaines.

Si vous l’anticipez, vous pouvez vérifier votre trésorerie, déplacer de l’argent si nécessaire, regarder vos plafonds de paiement, prévoir les autres dépenses et éventuellement ajuster votre budget.

Vous avez du temps.

Et surtout, vous avez des options.

Maintenant, prenez exactement la même dépense quelques heures avant son échéance.

Le montant n’a pas changé.

Mais votre expérience intérieure peut être complètement différente.

Vous découvrez que votre plafond de carte bancaire est atteint.

Un virement nécessite un délai.

Une autre dépense imprévue vient de tomber.

Vous commencez à chercher une solution dans l’urgence.

Le stress monte.

Et ce n’est pas nécessairement le problème qui est devenu plus important.

C’est votre marge de manœuvre qui est devenue plus petite.

Voilà pourquoi l’anticipation participe directement à notre sécurité intérieure.

Elle nous redonne de l’espace.

Sur un voilier, nous ne changeons pas de cap au dernier moment

J’aime beaucoup prendre l’image du voilier.

Lorsque nous naviguons et que nous devons emprunter un passage précis entre des balises, nous pouvons attendre le dernier moment pour modifier notre trajectoire.

Et là :

SOS, panique à bord !

Il faut agir rapidement.

Corriger fortement.

Nous augmentons le risque d’erreur.

À l’inverse, si nous observons suffisamment tôt la direction que nous devons prendre, une correction minuscule peut suffire.

Quelques degrés.

Presque rien.

Et pourtant, plusieurs kilomètres plus loin, ces quelques degrés auront complètement changé notre point d’arrivée.

Il en va souvent de même dans notre existence.

Nous attendons parfois qu’une situation devienne insupportable pour agir.

Nous attendons d’être épuisés pour modifier notre rythme de travail.

Nous attendons que le couple soit au bord de la rupture pour parler.

Nous attendons d’être financièrement coincés pour regarder nos comptes.

Nous attendons de détester complètement notre métier pour réfléchir à ce que nous aimerions faire.

Puis nous devons effectuer un virage à 90 degrés.

Et naturellement, cela fait peur.

Nous ralentissons avant le virage, pas pendant

Prenons maintenant la voiture.

Lorsque vous voyez arriver un virage important, vous adaptez votre vitesse avant d’y entrer.

Vous regardez.

Vous ralentissez.

Vous vous positionnez.

Puis vous tournez.

Vous n’attendez pas d’avoir la voiture complètement engagée pour vous demander :

« Tiens, qu’est-ce que je pourrais faire maintenant ? »

Dans notre vie, nous faisons pourtant régulièrement exactement cela.

Nous ignorons les petits signaux.

Puis nous ignorons les signaux moyens.

Et lorsque le problème prend toute la place, nous voulons une solution immédiate.

À ce moment-là, nous appelons parfois cela une urgence.

Alors qu’une partie de cette urgence aurait peut-être pu être évitée plusieurs semaines ou plusieurs mois auparavant.

La sécurité intérieure permet de regarder plus loin

Pourquoi n’anticipons-nous pas davantage ?

Ce n’est pas toujours par négligence.

Parfois, regarder l’avenir nous confronte à quelque chose que nous préférons ne pas voir.

« Il va falloir prendre une décision. »

« Mes finances ne tiendront pas éternellement comme ça. »

« Je ne peux pas continuer ce rythme pendant cinq ans. »

« Cette relation a besoin d’une vraie discussion. »

« Mon activité professionnelle doit évoluer. »

Alors nous repoussons.

Pas aujourd’hui.

Nous verrons demain.

Et ce soulagement immédiat peut coûter très cher quelques mois plus tard.

La sécurité intérieure nous permet progressivement de regarder une situation inconfortable avant qu’elle devienne dangereuse ou urgente.

Je peux voir un problème sans immédiatement paniquer.

Je peux reconnaître qu’une situation doit changer sans tout bouleverser aujourd’hui.

Je peux commencer à préparer demain sans quitter l’instant présent.

Anticiper ne signifie pas vivre dans le futur

Voilà un paradoxe intéressant.

Nous entendons souvent qu’il faut vivre dans l’instant présent.

Je suis complètement d’accord.

Mais vivre dans l’instant présent ne signifie pas faire comme si demain n’existait pas.

Je peux être pleinement présent aujourd’hui et préparer quelque chose qui arrivera dans six mois.

La différence se trouve dans l’état intérieur.

Je peux préparer demain depuis la peur :

« Il faut absolument que tout soit prévu parce que je ne supporterais pas qu’un imprévu arrive. »

Ou je peux préparer demain depuis la sécurité :

« Voilà où j’aimerais aller. Je prépare ce que je peux aujourd’hui et je m’adapterai au reste lorsqu’il se présentera. »

Dans un cas, l’anticipation devient anxieuse.

Dans l’autre, elle devient stratégique.

Ce que j’appelais autrefois « créer dans les énergies »

Dans mon ancien texte, je distinguais beaucoup la création « dans les énergies » et la création « dans la matière ».

Créer dans les énergies signifiait pour moi imaginer suffisamment tôt une direction, poser une intention et laisser différentes possibilités se développer avant d’avoir besoin d’un résultat concret.

Aujourd’hui, je pourrais traduire cela de manière beaucoup plus simple :

penser suffisamment tôt pour ne pas avoir à agir dans l’urgence.

Imaginons que vous souhaitiez changer de métier dans deux ans.

Vous n’avez pas besoin de démissionner demain.

Vous pouvez commencer à vous renseigner.

Rencontrer des professionnels.

Tester une activité.

Développer une compétence.

Mettre de l’argent de côté.

Observer ce qui vous plaît réellement.

Vous plantez plusieurs graines.

Certaines ne donneront rien.

Une autre ouvrira peut-être une possibilité que vous n’aviez même pas imaginée.

Et lorsque le moment de décider arrivera, vous ne partirez plus de zéro.

La meilleure anticipation conserve une place pour l’imprévu

Il existe néanmoins un piège.

À force de vouloir anticiper, nous pouvons chercher à tout prévoir.

Et là, nous retombons dans le contrôle.

Un plan sain devrait toujours contenir une case invisible :

« Je ne sais pas encore. »

Parce qu’une rencontre peut tout changer.

Une opportunité peut apparaître.

Une contrainte peut disparaître.

Une nouvelle envie peut naître.

La vie bouge.

Notre sécurité ne devrait donc pas dépendre de notre capacité à prévoir chaque événement.

Elle devrait davantage reposer sur notre capacité à nous adapter.

C’est exactement ce qui différencie une personne préparée d’une personne dans le contrôle.

La première possède une direction.

La seconde exige un scénario.

Quand nous sommes dans l’urgence permanente, il devient difficile de voir loin

Il existe enfin une difficulté que j’observe souvent.

Lorsque nous sommes déjà noyés dans les problèmes du quotidien, il devient extrêmement difficile d’anticiper.

Il faut payer ceci.

Répondre à cela.

Résoudre ce problème.

Gérer cette urgence.

Terminer ce dossier.

Rappeler cette personne.

Nous passons alors notre temps à éteindre des incendies.

Et lorsque quelqu’un nous dit :

« Tu devrais réfléchir à ce que tu veux dans trois ans »,

nous avons presque envie de rire.

Parce que nous essayons déjà de survivre à jeudi.

C’est précisément dans ces périodes qu’un regard extérieur peut parfois être utile.

Pas pour décider à notre place.

Mais pour nous aider à sortir momentanément le nez du guidon et retrouver une vision plus large.

Voir loin permet souvent d’agir plus doucement

C’est peut-être finalement cela que je retiens le plus de mon ancien texte.

Plus nous attendons, plus les changements risquent d’être brutaux.

Plus nous anticipons, plus ils peuvent être progressifs.

Nous n’avons pas besoin d’attendre l’effondrement pour changer de direction.

Nous n’avons pas besoin d’attendre la peur pour regarder nos finances.

Nous n’avons pas besoin d’attendre la rupture pour parler.

Nous n’avons pas besoin d’attendre l’épuisement pour nous demander si notre rythme nous convient.

Et nous n’avons pas besoin d’avoir toutes les réponses pour commencer à préparer la suite.

La sécurité intérieure nous permet de regarder suffisamment loin sans avoir besoin de connaître précisément ce qui nous attend.

Une direction, quelques repères, une première action et suffisamment de confiance pour ajuster le cap en chemin.

Exactement comme sur un voilier.

Parce que plus nous voyons le virage tôt, moins nous avons besoin de donner un grand coup de volant lorsqu’il arrive.

Et parfois, quelques degrés aujourd’hui suffisent pour nous retrouver dans une vie complètement différente demain.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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