Nous sommes la conséquence de nos choix.
Ne pas choisir est aussi un choix : quand la peur décide à notre place
À chaque instant, nous faisons des choix.
Certains sont importants et parfaitement conscients.
D’autres semblent insignifiants.
Et puis il y a tous ceux que nous ne faisons pas.
Nous attendons.
Nous hésitons.
Nous repoussons.
Nous nous disons que ce n’est pas encore le bon moment.
Pourtant, ne pas choisir est aussi un choix.
Cette idée prend une dimension particulière lorsque nous sommes indépendants, thérapeutes, coachs, formateurs ou professionnels de l’accompagnement.
Nous avons parfois choisi ce métier précisément pour être libres.
Libres de notre temps.
Libres de créer.
Libres d’accompagner à notre manière.
Libres de vivre d’une activité qui possède du sens.
Et quelques années plus tard, nous pouvons nous retrouver à courir encore davantage que lorsque nous étions salariés.
Que s’est-il passé ?
Entreprendre peut devenir une nouvelle prison
Lorsqu’une activité ne génère pas suffisamment de revenus, une réaction paraît logique :
il faut en faire davantage.
Davantage de publications.
Davantage de vidéos.
Davantage de prospection.
Davantage de formations.
Davantage d’offres.
Davantage de réseaux sociaux.
Davantage de stratégies.
Nous remplissons progressivement nos journées.
Et puisque les résultats n’arrivent pas toujours à la vitesse espérée, nous accélérons encore.
C’est précisément ici que j’aime rappeler une phrase que j’utilise depuis longtemps :
Nous sommes des « êtres » humains, pas des « faires » humains.
Faire est évidemment nécessaire.
Une entreprise ne se développe pas uniquement en visualisant des clients depuis son canapé.
Mais faire constamment sans savoir clairement pourquoi nous faisons les choses peut devenir une fuite en avant.
Et derrière cette agitation, je retrouve très souvent une peur.
La peur de manquer nous pousse à faire
Lorsque nos revenus sont insuffisants ou irréguliers, notre sécurité est naturellement touchée.
Le mental commence alors à anticiper.
Et si je n’avais plus de clients ?
Et si personne n’achetait cette offre ?
Et si je n’arrivais pas à payer mes charges ?
Et si mon activité ne fonctionnait jamais ?
Cette peur peut nous pousser à agir énormément.
Le problème est que toutes les actions ne se valent pas.
Nous pouvons travailler dix heures par jour sur des tâches qui ne produisent quasiment aucun résultat.
Nous pouvons modifier notre offre chaque semaine.
Changer de cible.
Changer de communication.
Commencer une nouvelle formation.
Tester une nouvelle méthode.
Puis abandonner avant même d’avoir suffisamment de recul pour savoir ce qui fonctionne réellement.
Nous avons l’impression d’avancer parce que nous sommes constamment occupés.
Mais parfois, nous bougeons surtout pour nous rassurer.
La sécurité intérieure change notre manière d’entreprendre
C’est là que mon regard sur l’entrepreneuriat rejoint aujourd’hui mon travail autour de la sécurité intérieure.
Un entrepreneur en insécurité cherche constamment des preuves extérieures.
Un nouveau client le rassure.
Trois jours sans demande l’inquiètent.
Une publication fonctionne : tout va bien.
La suivante ne génère aucune réaction : il remet toute sa stratégie en question.
Quelqu’un critique son offre : il doute.
Un concurrent réussit : il se compare.
Son état intérieur monte et descend au rythme des événements extérieurs.
Développer sa sécurité intérieure ne signifie évidemment pas devenir indifférent aux résultats.
Une entreprise doit générer du chiffre d’affaires. Il faut regarder ses indicateurs, écouter son marché et adapter ce qui ne fonctionne pas.
Mais nous pouvons le faire sans remettre toute notre valeur personnelle en question à chaque variation.
Mon activité peut rencontrer une difficulté sans que cela signifie que je suis incapable.
Cette distinction change énormément de choses.
La loi du moindre effort n’est pas la loi de l’inaction
J’ai beaucoup parlé par le passé de loi d’attraction, de loi du moindre effort et de manifestation.
L’idée que je conserve aujourd’hui derrière ces concepts est très simple :
faire davantage n’est pas toujours la solution.
Nous pouvons obtenir davantage de résultats en identifiant les quelques actions réellement utiles plutôt qu’en dispersant notre énergie dans cinquante directions.
C’est d’ailleurs l’intuition derrière le principe de Pareto : une partie relativement limitée de nos actions peut produire une part importante de nos résultats.
La question devient alors :
quelles actions servent réellement mon objectif et lesquelles servent uniquement à calmer ma peur ?
C’est une distinction fondamentale.
Publier quotidiennement parce que cela fait partie d’une stratégie claire n’est pas la même chose que publier compulsivement parce que nous avons peur d’être oubliés.
Créer une nouvelle offre parce que nous avons identifié un besoin n’est pas la même chose que changer d’offre parce que l’ancienne n’a rien vendu pendant trois jours.
Se former pour acquérir une compétence précise n’est pas la même chose qu’accumuler les formations parce que nous ne nous sentons jamais suffisamment légitimes.
Extérieurement, les actions peuvent se ressembler.
Intérieurement, elles partent d’endroits complètement différents.
Et si nous commencions par ne rien faire ?
Cela peut sembler provocateur dans un monde entrepreneurial obsédé par l’action.
Mais parfois, la meilleure décision consiste réellement à s’arrêter.
Une heure.
Une journée.
Un week-end.
Marcher.
Couper les écrans.
Ne pas chercher une nouvelle méthode.
Ne pas acheter une nouvelle formation.
Ne pas refaire immédiatement son site internet.
Simplement se poser.
Parce que dans le silence peuvent apparaître des questions que l’agitation nous évite.
Pourquoi ai-je créé cette activité ?
Quelle vie voulais-je construire grâce à elle ?
Combien ai-je réellement besoin de gagner ?
Combien de temps ai-je envie de travailler ?
Quels accompagnements me donnent réellement de l’énergie ?
Qu’est-ce que je continue à faire uniquement parce que tout le monde me dit qu’un entrepreneur doit le faire ?
Et surtout :
est-ce que mon entreprise est encore au service de ma vie, ou ma vie est-elle désormais au service de mon entreprise ?
Revenir à ce qui nous anime profondément
Certains parlent d’Ikigaï.
D’autres de mission de vie.
Je préfère aujourd’hui ne pas chercher nécessairement un grand concept.
Nous pouvons simplement nous demander ce que nous avons profondément envie de vivre.
Car derrière un objectif financier se cache souvent autre chose.
Nous ne voulons pas seulement 3 000, 5 000 ou 6 000 euros.
Nous voulons peut-être du temps.
Voyager.
Profiter de nos enfants.
Créer.
Être libres de choisir notre emploi du temps.
Nous sentir utiles.
Respirer.
Si nous oublions cela, nous pouvons atteindre notre objectif financier et découvrir que nous avons construit exactement la vie dont nous voulions nous échapper.
Choisir depuis la peur ou depuis la sécurité intérieure
À chaque instant, nous avons donc effectivement le choix.
Mais la véritable question est peut-être de savoir depuis quel endroit intérieur nous choisissons.
Depuis la peur de manquer ?
Depuis le besoin de reconnaissance ?
Depuis la comparaison ?
Depuis l’urgence ?
Ou depuis une vision suffisamment claire de ce que nous voulons construire ?
La sécurité intérieure ne garantit pas la réussite d’un projet.
Elle ne fait pas apparaître magiquement des clients.
Elle ne supprime pas les risques liés à l’entrepreneuriat.
Mais elle nous permet de ne plus laisser chaque peur décider de la prochaine action.
Nous pouvons observer.
Choisir.
Tester.
Mesurer.
Corriger.
Et continuer sans repartir de zéro à chaque moment de doute.
Parce qu’au fond, notre activité professionnelle n’est qu’un terrain supplémentaire sur lequel se joue quelque chose de beaucoup plus profond : notre capacité à rester suffisamment stables face à l’incertitude pour continuer à choisir la vie que nous voulons construire.
Alors, si vous regardez toutes les actions que vous réalisez actuellement pour réussir, posez-vous cette question :
« Combien de mes décisions construisent réellement mon projet, et combien servent simplement à me rassurer parce que je ne me sens pas encore suffisamment en sécurité ? »












