La plainte et ses conséquences…
Et si nos petites plaintes révélaient quelque chose de beaucoup plus profond ?
Il y a différents degrés dans la plainte.
Nous remarquons facilement les grosses.
La personne qui passe sa journée à râler.
Celle pour qui tout est toujours de la faute des autres.
Le patron, le conjoint, les enfants, le gouvernement, la météo, les voisins…
Mais il existe des formes beaucoup plus discrètes de plainte que nous ne remarquons même plus.
« Évidemment, mon train est encore en retard. »
« Il aurait quand même pu me prévenir. »
« Les gens n’ont vraiment aucun respect. »
« Pourquoi ça tombe toujours sur moi ? »
Quelques secondes.
Une petite frustration.
Et nous repartons.
Alors, est-ce vraiment anodin ?
La plainte est d’abord une information
Aujourd’hui, je préfère regarder la plainte comme un voyant qui s’allume sur le tableau de bord.
Elle m’indique qu’entre ce que j’attendais et ce qui vient de se produire, il existe un écart.
J’avais prévu que mon train arrive à 10 heures.
Il arrive à 10 h 30.
J’attendais quelqu’un à un rendez-vous.
La personne ne vient pas.
Je pensais être traité d’une certaine manière.
Je considère qu’on m’a manqué de respect.
Et une émotion apparaît.
Frustration.
Colère.
Déception.
Impuissance.
À cet instant précis, quelque chose d’intéressant est en train de se jouer.
Parce que je peux évidemment regarder ce qui vient de se passer à l’extérieur.
Mais je peux également me demander :
Pourquoi cet événement vient-il autant perturber ma sécurité intérieure ?
Se plaindre nous place facilement dans l’impuissance
Il faut ici faire une distinction essentielle.
Être victime d’une agression, d’une violence, d’une escroquerie ou d’une injustice est une réalité. La personne qui subit un acte n’en devient évidemment pas responsable sous prétexte qu’elle devrait « contrôler ses vibrations ».
La responsabilité appartient à celui qui commet l’acte.
En revanche, dans notre quotidien, nous pouvons parfois adopter une posture d’impuissance face à des événements beaucoup plus ordinaires.
Et c’est cela qui m’intéresse.
Lorsque mon train est en retard, je peux passer trente minutes à râler contre la SNCF.
Mais le train ne roulera pas plus vite.
Lorsque quelqu’un me pose un lapin, je peux passer ma soirée à expliquer à tout le monde à quel point cette personne est irrespectueuse.
Elle ne viendra pas davantage.
Je peux avoir raison sur les faits et malgré tout perdre énormément d’énergie à lutter intérieurement contre quelque chose qui a déjà eu lieu.
C’est ici que reprendre sa responsabilité devient intéressant.
Non pas :
« J’ai créé le retard du train. »
Mais :
« Maintenant que le train est en retard, qu’est-ce que je choisis de faire de cette réalité ? »
Et là, mon pouvoir revient.
Où part notre énergie lorsque nous râlons ?
J’utilise beaucoup le mot énergie dans mes accompagnements.
Il peut être compris spirituellement, mais également de manière extrêmement concrète.
Notre attention est limitée.
Notre temps est limité.
Nos capacités physiques et cognitives sont limitées.
Lorsque je passe une heure à ruminer une situation, cette heure n’est plus disponible pour autre chose.
Lorsque je reste intérieurement mobilisé contre quelqu’un pendant trois jours, une partie de mon attention reste accrochée à cette personne.
Lorsque je repasse continuellement une scène dans ma tête, mon organisme peut réactiver une partie de l’état émotionnel associé à cette scène.
Voilà pourquoi je considère notre attention comme une ressource précieuse.
Là où je porte continuellement mon attention, je donne une partie de mon énergie.
Alors je dois parfois me demander :
Est-ce vraiment là que je veux investir mon énergie aujourd’hui ?
Le problème n’est pas d’être frustré
Nous sommes humains.
Vouloir supprimer toute frustration serait probablement une nouvelle manière de nous battre contre nous-mêmes.
Si quelqu’un ne respecte pas un engagement important, je peux être contrarié.
Si quelque chose auquel je tenais tombe à l’eau, je peux être déçu.
Si une limite est franchie, ma colère peut même m’aider à comprendre que quelque chose doit changer.
Le problème commence lorsque je reste bloqué dans cet état.
Lorsque je nourris la frustration.
Lorsque je la raconte dix fois.
Lorsque j’en fais une généralité.
« De toute façon, les gens sont comme ça. »
« Rien ne fonctionne jamais. »
« C’est toujours pareil. »
« Je n’ai vraiment pas de chance. »
À partir de là, un événement ponctuel commence à devenir une perception générale de ma vie.
Et cette perception influence ensuite ma manière d’aborder les événements suivants.
Notre cerveau apprend aussi ce que nous lui faisons répéter
Plus nous répétons certaines interprétations, plus elles deviennent familières.
Si je cherche continuellement ce qui ne fonctionne pas, je vais devenir extrêmement performant pour détecter ce qui ne fonctionne pas.
Si je cherche constamment les marques d’irrespect, je vais devenir particulièrement attentif à tout ce qui peut ressembler à de l’irrespect.
Si je m’attends à être déçu, mon attention sera naturellement attirée par les éléments qui confirment cette attente.
Ce n’est pas nécessairement l’Univers qui décide de me punir.
C’est aussi notre système de perception qui sélectionne, interprète et donne du sens à ce que nous vivons.
Et c’est précisément pour cela que notre monde intérieur mérite notre attention.
Derrière la plainte, je retrouve souvent une insécurité
C’est là que nous revenons à la sécurité intérieure.
Pourquoi certains événements glissent-ils sur nous alors que d’autres nous retournent complètement ?
Pourquoi une personne peut-elle supporter tranquillement un retard alors qu’une autre explose ?
Pourquoi une remarque anodine pour quelqu’un devient-elle insupportable pour quelqu’un d’autre ?
L’événement extérieur ne suffit pas toujours à expliquer l’intensité de la réaction.
Quelque chose en nous interprète cet événement.
Un besoin de contrôle.
Une peur de manquer.
Une peur de ne pas compter.
Un sentiment d’injustice.
Une impression de ne pas être respecté.
Une ancienne expérience qui se réactive.
Et c’est ici que la plainte devient intéressante.
Au lieu de simplement chercher à arrêter de râler, nous pouvons nous demander :
« Qu’est-ce que cette frustration vient toucher en moi ? »
Parce que si je ne traite que la plainte, je traite le symptôme.
Si je comprends ce qui se passe dessous, je commence à regarder sous le capot.
La suraction nous empêche parfois d’entendre ces signaux
Nous courons énormément.
Travail.
Téléphone.
Rendez-vous.
Enfants.
Courses.
Réseaux sociaux.
Obligations.
Et lorsque quelque chose nous contrarie, nous n’avons parfois même pas le temps d’observer ce qui vient de se passer intérieurement.
Nous râlons et nous repartons.
Puis nous râlons encore.
Et progressivement, la tension devient notre état normal.
C’est pour cela que je répète souvent que nous sommes des êtres humains, pas des « faires humains ».
Nous avons besoin d’espaces où nous ne faisons rien.
Marcher.
Être dans la nature.
Couper le téléphone.
S’asseoir.
Observer.
Écouter ce qui se passe en nous.
Ce n’est pas du temps perdu.
C’est parfois précisément ce temps qui nous permet de comprendre pourquoi nous en perdons autant ailleurs.
Appuyer sur pause plutôt que repartir immédiatement dans l’action
Face à une frustration, notre premier réflexe consiste souvent à chercher immédiatement une solution.
Parfois, évidemment, il faut agir.
Mais avant l’action, quelques minutes peuvent changer beaucoup de choses.
Qu’est-ce qui vient de me frustrer ?
Qu’est-ce que j’attendais exactement ?
Pourquoi était-ce aussi important pour moi ?
Qu’est-ce que j’ai peur de perdre ?
Est-ce que je peux agir concrètement sur la situation ?
Si oui, quelle action est réellement utile ?
Si non, pourquoi continuer à lui donner autant de place ?
C’est là que l’introspection devient extrêmement puissante.
Non pas pour analyser notre nombril pendant des heures.
Mais pour retrouver suffisamment de sécurité intérieure afin de ne plus être ballotté par chaque événement extérieur.
Reprendre son énergie pour la remettre au bon endroit
Pour moi, c’est finalement cela, sortir de la plainte.
Ce n’est pas devenir quelqu’un qui accepte tout.
Ce n’est pas sourire lorsqu’on nous manque de respect.
Ce n’est pas nier une injustice.
Ce n’est surtout pas culpabiliser en pensant que nous aurions créé tous les événements désagréables de notre existence.
C’est reprendre la responsabilité de l’endroit où nous mettons notre attention après ce qui vient de se produire.
Je peux continuer à alimenter ce qui m’a frustré.
Ou je peux reconnaître ma frustration, comprendre ce qu’elle vient toucher, faire ce qui doit être fait, puis remettre mon énergie vers ce que je veux construire.
Mon projet.
Ma relation.
Ma santé.
Ma joie.
Ma vie.
C’est peut-être là que se trouve une vraie forme de liberté.
Ne plus avoir besoin que tout se passe comme prévu à l’extérieur pour rester suffisamment en sécurité à l’intérieur.
La prochaine fois que vous vous surprendrez à râler, ne vous jugez pas.
Observez simplement.
Et demandez-vous :
« Qu’est-ce que ma plainte est en train de me raconter sur mon insécurité intérieure ? »
Il pourrait y avoir derrière cette petite frustration une information beaucoup plus précieuse que vous ne l’imaginez.
Nous sommes #TousFormidable.












