Couper avec le passé (+ vidéo)
Ne nous laissons pas empoisonner par le collectif
Cet article trouve son origine dans une réflexion que je partageais le lundi 1er février 2021.
Nous étions alors dans une période très particulière. Les informations évoluaient quotidiennement, les décisions gouvernementales rythmaient une partie de nos vies et beaucoup de conversations tournaient autour de la situation sanitaire.
À l’époque, j’avais écrit cette phrase :
« Ne nous laissons pas empoisonner par le collectif. »
Le mot était volontairement fort.
Aujourd’hui, je pourrais reprendre exactement cette phrase, mais en lui donnant un sens beaucoup plus large.
Parce qu’il n’est pas nécessaire de vivre une crise sanitaire pour absorber les peurs du collectif.
Nous vivons en permanence au contact des peurs des autres
Il suffit d’ouvrir les réseaux sociaux.
Une crise économique.
Une guerre.
Une catastrophe.
Une entreprise qui ferme.
Une nouvelle maladie.
Une réforme.
Une polémique.
Une menace pour notre emploi.
Une personne affirme quelque chose, une autre dit exactement l’inverse et une troisième nous explique que les deux premières n’ont absolument rien compris.
Nous recevons en permanence les inquiétudes, les interprétations et les projections des autres.
Et notre organisme absorbe une partie de tout cela.
Le problème n’est pas de s’informer.
Nous avons besoin de comprendre le monde dans lequel nous vivons et certaines informations sont nécessaires pour prendre des décisions pertinentes.
Le problème commence lorsque l’extérieur devient le pilote permanent de notre état intérieur.
Une information tombe et notre journée change.
Quelqu’un publie une prédiction inquiétante et nous commençons à imaginer notre avenir.
Une décision est annoncée et nous avons immédiatement le sentiment de perdre tout pouvoir sur notre existence.
Nous remettons alors progressivement notre sécurité entre les mains du collectif.
Lorsque notre sécurité dépend de l’extérieur, tout devient menaçant
C’est ici que la sécurité intérieure prend tout son sens.
Si j’ai besoin que l’économie soit parfaitement stable pour être serein, je vais vivre dans la peur dès que l’économie vacille.
Si j’ai besoin que les décisions politiques correspondent exactement à mes attentes pour me sentir libre, chaque nouvelle décision peut devenir une menace.
Si j’ai besoin que mon entourage approuve mes choix pour me sentir légitime, la moindre critique peut me déstabiliser.
Si j’ai besoin de savoir exactement ce qui se passera demain pour être tranquille aujourd’hui, l’incertitude devient insupportable.
Or, la vie est précisément faite d’incertitude.
Développer sa sécurité intérieure ne consiste donc pas à attendre que le monde entier devienne rassurant.
Ce jour-là risque de ne jamais arriver.
Il s’agit plutôt de développer cette capacité à rester suffisamment stable en soi lorsque l’extérieur bouge.
Couper avec le passé ne signifie pas l’effacer
Le thème de mon intervention du 1er février 2021 était : couper avec le passé.
Cette expression mérite également d’être précisée.
Nous ne pouvons pas supprimer notre passé.
Nous ne pouvons pas revenir sur une décision, effacer une relation, modifier notre enfance ou faire comme si certaines expériences n’avaient jamais existé.
Notre passé fait partie de notre histoire.
En revanche, nous pouvons observer la place que nous continuons à lui donner dans notre présent.
Parce qu’un événement peut être terminé depuis dix ans et continuer à orienter nos décisions aujourd’hui.
Une ancienne trahison peut nous empêcher de faire confiance.
Un échec professionnel peut nous convaincre que nous ne sommes pas capables d’entreprendre.
Une période de manque peut nous conduire à accumuler par peur de manquer à nouveau.
Une humiliation peut nous pousser à rechercher constamment la reconnaissance.
Une éducation très sécuritaire peut nous empêcher de prendre des risques devenus pourtant raisonnables à l’âge adulte.
L’événement appartient au passé.
Mais la protection construite à cette époque continue parfois à décider dans le présent.
Ce qui nous a protégés hier peut nous bloquer aujourd’hui
Nos mécanismes de protection ne sont pas nos ennemis.
Ils se sont souvent construits pour une raison.
À un moment donné de notre histoire, nous avons appris qu’il valait mieux nous taire.
Ne pas déranger.
Prévoir le pire.
Garder de l’argent.
Ne faire confiance à personne.
Tout contrôler.
Chercher l’approbation.
Éviter le conflit.
Ces comportements ont peut-être été utiles.
Mais une protection peut continuer à fonctionner longtemps après la disparition du danger qui l’avait créée.
C’est là qu’une phrase prend pour moi tout son sens :
Ce qui vous protège aujourd’hui est peut-être ce qui vous bloque demain.
Couper avec le passé ne consiste donc pas à renier celui ou celle que nous étions.
Cela consiste à regarder nos protections actuelles et à nous demander :
« Est-ce que j’ai encore besoin de cela aujourd’hui ? »
Reprendre la responsabilité de son espace intérieur
Nous ne maîtrisons pas tout.
Nous ne décidons pas de la politique du pays.
Nous ne contrôlons pas l’économie mondiale.
Nous ne pouvons pas empêcher les médias de diffuser certaines informations.
Nous ne contrôlons pas davantage ce que les autres pensent de nous.
En revanche, nous pouvons progressivement choisir la quantité d’espace que nous accordons à tout cela dans notre vie.
Nous pouvons décider quand nous nous informons.
Nous pouvons choisir avec qui nous échangeons.
Nous pouvons prendre de la distance avec certaines conversations.
Nous pouvons revenir à notre corps, marcher, respirer, créer, travailler sur un projet, retrouver la nature ou simplement remettre notre attention sur ce qui existe réellement devant nous.
Ce n’est pas fuir le monde.
C’est refuser que le monde extérieur dispose en permanence des clés de notre état intérieur.
Le collectif existe, mais votre vie aussi
Nous appartenons tous à un collectif.
Nous sommes influencés par notre famille, notre éducation, notre environnement, notre époque et les événements que nous traversons.
L’objectif n’est donc pas de devenir hermétique à tout.
Il est de retrouver suffisamment de sécurité intérieure pour faire la différence entre ce qui se passe réellement dans notre vie et tout ce que nous sommes en train d’imaginer à partir de ce qui se passe autour de nous.
En 2021, je pensais qu’il fallait couper avec le passé pour ne plus se laisser emporter par le collectif.
Aujourd’hui, j’y ajouterais quelque chose.
Nous avons surtout besoin d’apprendre à revenir en nous.
Observer nos peurs.
Comprendre nos protections.
Identifier ce qui appartient réellement au présent et ce qui est simplement la répétition d’une ancienne histoire.
Puis reprendre notre capacité à choisir.
Parce que nous ne contrôlerons jamais complètement ce qui se passe à l’extérieur.
Mais nous pouvons travailler sur l’endroit intérieur depuis lequel nous allons y répondre.
Et peut-être que la véritable question n’est finalement pas :
« Comment faire pour que le monde extérieur arrête de m’inquiéter ? »
Mais plutôt :
« Quelle sécurité puis-je construire en moi pour que chaque mouvement du monde extérieur ne décide plus de mon état intérieur ? »
Voici la vidéo :
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