Pourquoi il ne faudrait pas couper les liens du passé

Faut-il vraiment couper les liens avec les personnes qui nous dérangent ?

Nous entendons régulièrement cette idée dans le développement personnel :

« Coupe les liens avec ton passé. »

« Éloigne les personnes toxiques. »

« Fais le ménage dans ton entourage. »

« Pense enfin à toi. »

Sur le principe, cela paraît parfaitement logique.

Si une personne nous fait souffrir, nous nous en éloignons. Si une relation nous dérange, nous la supprimons. Si une situation réveille quelque chose de désagréable, nous fermons la porte.

Et parfois, c’est effectivement la décision la plus saine.

Mais j’aimerais poser une autre question :

comment pouvons-nous apprendre à nous connaître si nous coupons systématiquement tous les miroirs qui nous dérangent ?

Parce qu’entre rester dans une relation qui nous détruit et supprimer de notre vie toutes les personnes qui viennent toucher nos zones sensibles, il existe un espace immense.

Et c’est précisément dans cet espace que se construit notre sécurité intérieure.

Toutes les relations difficiles ne sont pas forcément « toxiques »

Le mot « toxique » est devenu extrêmement courant.

Une personne nous contrarie : toxique.

Elle ne répond pas à nos attentes : toxique.

Elle nous critique : toxique.

Elle nous met face à une contradiction : toxique.

Elle ne partage pas notre vision du monde : toxique.

Le risque est de transformer progressivement notre environnement en un espace dans lequel personne ne doit plus nous déranger.

Or, une relation inconfortable n’est pas nécessairement une relation dangereuse ou destructrice.

Évidemment, certaines situations nécessitent de prendre ses distances. Les violences, l’emprise, les humiliations répétées ou les comportements réellement destructeurs ne doivent pas être transformés artificiellement en « leçons de vie » qu’il faudrait supporter pour évoluer.

La sécurité intérieure ne consiste jamais à accepter l’inacceptable.

Mais dans beaucoup de situations ordinaires, la personne qui nous dérange peut aussi devenir une formidable source d’informations sur nous-mêmes.

Pourquoi cette personne me dérange-t-elle autant ?

Voilà une question que je trouve beaucoup plus intéressante que :

« Comment faire sortir cette personne de ma vie ? »

Pourquoi sa remarque me touche-t-elle autant ?

Pourquoi son comportement déclenche-t-il immédiatement de la colère chez moi ?

Pourquoi ai-je besoin qu’elle me comprenne ?

Pourquoi son absence de reconnaissance me fait-elle souffrir ?

Pourquoi ai-je autant besoin qu’elle change ?

Pourquoi est-ce si important pour moi qu’elle pense comme moi ?

Nous pouvons évidemment conclure, après avoir répondu à ces questions, que nous ne souhaitons plus poursuivre cette relation.

Mais nous aurons au moins regardé ce qu’elle venait réveiller.

C’est cela que j’appelle le miroir.

Le miroir ne signifie pas que l’autre a raison

Il existe une confusion importante autour de cette notion.

Si quelqu’un me critique et que cela me touche, cela ne signifie pas automatiquement que sa critique est juste.

Si quelqu’un se comporte mal avec moi, cela ne signifie pas que j’ai « attiré » ou mérité son comportement.

Si une personne dépasse mes limites, je ne suis pas obligé de continuer à la fréquenter sous prétexte qu’elle serait mon miroir.

Le miroir n’est pas une condamnation.

C’est une possibilité d’observation.

Ce qui se passe à l’extérieur vient parfois révéler ce qui manque encore de stabilité à l’intérieur.

Imaginons que quelqu’un remette en question mon travail.

Si je suis suffisamment stable intérieurement, je peux écouter son avis, vérifier s’il contient quelque chose d’intéressant, puis continuer ma route.

Mais si cette remarque détruit toute ma confiance pendant trois jours, il existe peut-être quelque chose à observer.

Pourquoi ai-je autant besoin de sa validation ?

C’est là que la relation devient intéressante.

Non pas parce que l’autre détient une vérité sur moi.

Mais parce que ma réaction me donne une information sur mon propre niveau de sécurité intérieure.

Couper le lien peut parfois devenir une protection

Lorsque quelque chose nous fait mal, notre système cherche naturellement à nous protéger.

Une solution très efficace consiste à supprimer la source d’inconfort.

Je bloque.

Je supprime.

Je pars.

Je ne réponds plus.

Et immédiatement, la tension diminue.

Cela peut être nécessaire.

Mais cela peut aussi devenir un automatisme.

Car si je change de relation sans comprendre ce qui s’est joué en moi, je peux retrouver quelques mois plus tard exactement le même scénario avec quelqu’un d’autre.

Le prénom change.

Le décor change.

La relation change.

Mais ma réaction reste identique.

C’est là qu’il devient intéressant de regarder non seulement la relation, mais également la protection que j’utilise face à cette relation.

Poser une limite n’est pas fuir

Développer sa sécurité intérieure ne signifie pas rester disponible pour tout le monde.

Bien au contraire.

Plus nous nous connaissons, plus nous pouvons apprendre à poser des limites claires.

« Je ne souhaite pas que tu me parles de cette manière. »

« Je ne suis pas disponible pour cela. »

« Cette relation ne me convient plus. »

« Je préfère prendre mes distances. »

Une limite posée depuis la sécurité intérieure est différente d’une réaction impulsive destinée uniquement à faire disparaître une émotion inconfortable.

Dans un cas, je choisis.

Dans l’autre, je me protège automatiquement.

De l’extérieur, le résultat peut être exactement le même : je quitte la relation.

Mais intérieurement, ce n’est pas du tout la même chose.

S’aimer, ce n’est pas construire un monde qui ne nous dérange jamais

Nous associons parfois l’amour de soi à une forme de confort permanent.

Je m’aime, donc je ne dois plus rien supporter.

Je m’aime, donc je m’éloigne de toutes les personnes qui me dérangent.

Je m’aime, donc je construis un environnement qui correspond parfaitement à mes attentes.

Mais est-ce vraiment cela, s’aimer ?

Pour moi, s’aimer consiste aussi à pouvoir rencontrer les parties de soi qui ne sont pas encore totalement sécurisées.

Celles qui ont peur d’être rejetées.

Celles qui veulent avoir raison.

Celles qui cherchent de la reconnaissance.

Celles qui se sentent abandonnées.

Celles qui veulent contrôler.

Celles qui se protègent.

Et nos relations constituent un formidable terrain d’observation de ces mécanismes.

Nous n’avons donc pas nécessairement besoin de conserver toutes les personnes dans notre vie.

Mais avant de couper certains liens, nous pouvons peut-être nous accorder quelques minutes pour regarder ce qu’ils sont venus révéler.

Parce que la sécurité intérieure ne consiste pas à supprimer toutes les situations susceptibles de nous déstabiliser.

Elle consiste progressivement à développer un point d’appui suffisamment solide en nous pour ne plus dépendre entièrement du comportement des autres.

Alors, avant de qualifier une personne de « toxique » et de fermer définitivement la porte, une question peut parfois mériter d’être posée :

« Est-ce que je suis en train de poser une limite qui me respecte, ou simplement de couper un miroir parce que je ne veux pas encore regarder ce qu’il vient réveiller en moi ? »

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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