D’où vient la peur ?
Et si nos peurs étaient des mécanismes de protection ?
Il m’arrive régulièrement de vivre des situations étonnantes.
Je pense à quelqu’un et cette personne m’appelle.
Je m’apprête à envoyer un message et, au même instant, je reçois un message de cette personne.
Certains parleront de hasard. D’autres de synchronicité, d’intuition, d’énergie ou de connexion entre les êtres.
Je ne cherche plus nécessairement à convaincre qui que ce soit de l’explication.
Ce qui m’intéresse davantage aujourd’hui, c’est ce que ces expériences peuvent nous inviter à observer en nous.
Parce qu’au-delà de nos croyances spirituelles, une question demeure :
Qui sommes-nous lorsque nous retirons progressivement tout ce que nous avons appris à devenir pour nous protéger ?
Nous arrivons dans la vie et nous apprenons à nous adapter
Un enfant ne naît pas avec une liste de croyances sur lui-même.
Il ne pense pas :
« Je ne suis pas suffisamment intéressant. »
« Je dois réussir pour être aimé. »
« Je dois faire plaisir aux autres. »
« Je dois me méfier des gens. »
« Je ne suis pas capable. »
« Je dois être fort. »
Tout cela se construit progressivement.
Nous vivons des expériences.
Nous interprétons ces expériences avec les moyens dont nous disposons à ce moment-là.
Et notre cerveau apprend.
Il apprend notamment ce qui semble favoriser la sécurité, l’appartenance, la reconnaissance et l’amour.
C’est ainsi que se construisent des stratégies de protection.
Ce qui nous protège peut finir par nous enfermer
Imaginez un enfant qui comprend qu’en étant sage, discret et gentil, il obtient davantage d’attention.
Il peut progressivement apprendre :
Pour être aimé, je dois faire plaisir.
Cette stratégie peut avoir été remarquablement efficace pendant son enfance.
Mais trente ans plus tard ?
Cette même personne peut être incapable de dire non.
Elle accepte des responsabilités qu’elle ne veut pas.
Elle reste dans certaines relations par peur de décevoir.
Elle choisit un métier raisonnable plutôt qu’un métier qui lui ressemble.
Elle fait passer les besoins des autres avant les siens.
Et elle finit par ne plus savoir ce qu’elle veut réellement.
Le mécanisme qui l’a protégée autrefois est toujours actif.
Voilà pourquoi une phrase résume aujourd’hui une grande partie de mon travail :
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque.
Derrière beaucoup de comportements se cache une peur
Lorsque quelque chose ne fonctionne plus dans notre vie, notre premier réflexe consiste souvent à regarder à l’extérieur.
Le conjoint.
Le patron.
Les parents.
L’argent.
La société.
Les circonstances.
Et parfois, bien entendu, l’environnement extérieur pose réellement problème. Développer sa sécurité intérieure ne signifie pas nier la réalité, accepter l’inacceptable ou devenir responsable du comportement des autres.
Cela consiste à déplacer légèrement la question.
Au lieu de demander uniquement :
« Pourquoi cette personne me fait-elle vivre cela ? »
nous pouvons aussi demander :
« Qu’est-ce que cette situation déclenche en moi ? »
Peur d’être abandonné ?
Peur de manquer ?
Peur de ne pas être reconnu ?
Peur de décevoir ?
Peur du conflit ?
Peur de perdre ce que nous possédons ?
Peur de nous retrouver seuls ?
Et surtout :
qu’est-ce que cette peur me pousse à faire ?
C’est là que commence un véritable travail de conscience.
La sécurité intérieure n’est pas l’absence de peur
Pendant longtemps, j’ai pu penser qu’évoluer consistait à supprimer ses peurs.
Aujourd’hui, ma lecture est différente.
Une peur n’est pas nécessairement un ennemi à éradiquer.
Elle peut être un message provenant d’une partie de nous qui cherche à nous protéger.
Le problème apparaît lorsque cette protection prend automatiquement les commandes.
Je ressens la peur de manquer : je renonce.
Je ressens la peur d’être rejeté : je me tais.
Je ressens la peur de perdre quelqu’un : je m’accroche.
Je ressens la peur d’échouer : je ne commence pas.
Je ressens la peur du jugement : je mets un masque.
Petit à petit, nous pouvons construire une existence entière autour de ce que nous voulons éviter.
C’est exactement l’inverse de la liberté.
La sécurité intérieure est la capacité à rester suffisamment stable face à l’incertitude extérieure pour ne plus laisser ses mécanismes de protection décider à sa place.
Observer ce que l’autre réveille en nous
Il existe également une idée spirituelle qui m’a longtemps intéressé : celle de l’effet miroir.
Je la présenterais aujourd’hui avec davantage de nuance.
Si quelqu’un est violent devant moi, cela ne signifie évidemment pas que je suis nécessairement violent.
Si quelqu’un me trompe, cela ne signifie pas que j’ai créé sa tromperie.
Chacun reste responsable de ses actes.
En revanche, je peux observer ce que son comportement vient réveiller en moi.
Pourquoi cette situation m’atteint-elle autant ?
Quelle mémoire réactive-t-elle ?
Quelle peur apparaît ?
Quel comportement automatique déclenche-t-elle chez moi ?
Est-ce que je me soumets ?
Est-ce que j’attaque ?
Est-ce que je fuis ?
Est-ce que je cherche immédiatement à convaincre ?
Est-ce que j’abandonne mes propres besoins pour préserver la relation ?
L’extérieur peut alors devenir une formidable source d’informations sur notre intérieur, sans pour autant nous rendre responsables de tout ce qui arrive.
Cette distinction est essentielle.
Se reconnecter à soi
Que vous appeliez cela l’âme, la conscience, le cœur, l’intuition ou simplement votre identité profonde importe finalement assez peu.
La question reste la même :
Qui êtes-vous derrière vos mécanismes de protection ?
Quelles sont vos valeurs ?
Qu’aimez-vous réellement ?
Que ne voulez-vous plus ?
Qu’acceptez-vous uniquement par peur ?
Que feriez-vous différemment si vous n’aviez plus besoin de prouver votre valeur ?
Ce chemin demande du temps.
Il passe par des prises de conscience successives.
Et une prise de conscience n’est pas seulement comprendre intellectuellement pourquoi nous fonctionnons ainsi.
C’est voir suffisamment clairement un mécanisme pour commencer à ne plus lui obéir automatiquement.
De la protection à la liberté
Nous avons tous développé des stratégies pour traverser notre histoire.
Certaines nous servent encore.
D’autres sont devenues trop étroites pour la personne que nous sommes aujourd’hui.
L’objectif n’est donc pas de partir en guerre contre notre ego, notre mental ou nos peurs.
Ils ont souvent essayé de nous protéger avec les moyens dont ils disposaient.
L’enjeu consiste plutôt à pouvoir leur dire :
« Je comprends pourquoi tu fais ça. Mais aujourd’hui, je peux choisir autrement. »
C’est là que quelque chose change.
La peur peut être présente sans décider.
L’incertitude peut exister sans provoquer immédiatement la fuite.
Le regard des autres peut exister sans déterminer notre comportement.
Nous pouvons commencer à dire non.
À nous affirmer.
À respecter davantage nos valeurs.
À prendre des décisions qui correspondent à la personne que nous sommes aujourd’hui plutôt qu’à celle qui avait autrefois besoin de se protéger.
Et c’est peut-être cela, finalement, revenir vers soi :
non pas devenir quelqu’un d’autre, mais retrouver suffisamment de sécurité à l’intérieur pour oser être pleinement qui nous sommes.
Nous sommes #TousFormidable.












