Les émotions enfouies
Vous savez en lisant mes publications que lorsque nous vivons régulièrement les mêmes situations désagréables, il est intéressant de ne pas regarder uniquement ce qui se passe à l’extérieur, mais aussi ce que cela vient réveiller à l’intérieur de nous.
Parce que nous avons tous une histoire.
Et cette histoire a construit des croyances, des peurs, des conditionnements, mais également tout un ensemble de mécanismes qui ont eu pour fonction de nous protéger.
Quand nous avons une histoire de vie qui est lourde, nous apprenons à nous adapter.
C’est ce que nous appelons dans le jargon courant : se faire une carapace.
Nous pouvons adopter un comportement de fuite ou d’attaque afin de ne pas ressentir certaines émotions.
Nous pouvons préférer nous noyer dans le travail plutôt que de nous retrouver seul face à nous-même dans le silence.
Nous pouvons nous isoler pour éviter certaines relations.
Nous pouvons chercher à tout contrôler pour éviter l’incertitude.
Nous pouvons faire plaisir à tout le monde pour éviter le rejet.
Nous pouvons ne jamais demander d’aide pour éviter de dépendre de quelqu’un.
Nous pouvons devenir extrêmement forts pour ne plus jamais nous sentir vulnérables.
Et tout cela peut fonctionner pendant des années.
Le problème n’est donc pas que nous avons développé ces mécanismes.
Le problème est qu’ils peuvent continuer à fonctionner aujourd’hui alors que la situation qui les a rendus nécessaires appartient au passé.
C’est là que notre environnement devient intéressant.
Parce que ce que nous vivons au quotidien nous permet d’observer ce qui se passe encore à l’intérieur de nous.
Dès lors qu’une personne se présente à moi, qu’elle adopte un comportement particulier ou que je lis certains propos, je peux entrer en mode observation pour ressentir ce que cela produit en moi.
Est-ce que cela me met en colère ?
Est-ce que cela génère de la peur ?
Est-ce que je ressens immédiatement le besoin de me justifier ?
Est-ce que j’ai envie de fuir ?
Est-ce que mon corps se crispe ?
Est-ce que je ressens du rejet, de la tristesse, de la culpabilité ?
Ce n’est pas forcément la preuve que l’autre a un problème.
Et ce n’est pas non plus la preuve que j’ai un problème.
C’est simplement une information.
Quelque chose vient d’être activé.
Et c’est là que le travail devient intéressant.
Au lieu de chercher immédiatement à supprimer l’émotion ou à modifier la personne en face, je peux prendre le temps de regarder ce qui cherche à se protéger en moi.
Pourquoi cette situation me touche-t-elle autant ?
Qu’est-ce que je crains réellement ?
Qu’est-ce que cela vient réveiller dans mon histoire ?
Qu’est-ce que j’essaie d’éviter ?
Et surtout : de quoi mon système cherche-t-il encore à me protéger ?
C’est ce travail en profondeur que je fais aujourd’hui avec les personnes que j’accompagne.
Parce que comprendre intellectuellement ne suffit pas toujours.
Nous pouvons parfaitement savoir pourquoi nous fonctionnons d’une certaine façon et continuer à reproduire exactement le même comportement.
Le mental a compris.
Mais le mécanisme de protection, lui, est toujours actif.
Alors comment savoir si quelque chose a réellement changé ?
En retournant dans la vie.
Parce que le véritable test n’est pas ce que nous sommes capables de comprendre lorsque nous sommes seuls, au calme, dans notre canapé.
Le véritable test, c’est ce qui se passe lorsque nous sommes à nouveau confrontés à l’incertitude.
Cette personne qui me mettait systématiquement en colère peut-elle encore décider de mon état intérieur ?
Cette remarque qui me blessait profondément a-t-elle toujours autant de pouvoir sur moi ?
Est-ce que j’ai toujours besoin que tout soit prévu pour être rassuré ?
Est-ce que je peux entendre un « non » sans me sentir rejeté ?
Est-ce que je peux être en désaccord avec quelqu’un sans avoir besoin de me justifier pendant vingt minutes ?
Est-ce que je peux vivre une contrariété sans laisser cette contrariété décider de ma journée ?
Et attention, l’objectif n’est surtout pas de ne plus ressentir d’émotions désagréables.
Nous sommes humains.
Nous continuerons à ressentir de la colère, de la peur, de la tristesse, de la frustration.
Une émotion n’est pas un problème.
Elle devient intéressante lorsqu’elle déclenche automatiquement un ancien comportement de protection.
Parce que nous pouvons ressentir de la peur sans fuir.
Nous pouvons ressentir de la colère sans attaquer.
Nous pouvons ressentir de la tristesse sans nous effondrer.
Nous pouvons ressentir de l’incertitude sans chercher immédiatement à reprendre le contrôle.
Et c’est là que nous récupérons progressivement notre liberté.
Il ne s’agit donc plus pour moi de « nettoyer » toutes les émotions négatives jusqu’à ne plus rien ressentir.
Il s’agit de comprendre ce qu’elles viennent nous raconter et surtout de ne plus laisser les mécanismes qu’elles déclenchent décider systématiquement à notre place.
Nous pouvons alors commencer à construire notre vie non plus à partir de ce que nous cherchons à éviter…
mais à partir de ce que nous voulons réellement vivre.
Et pour moi, c’est là toute la différence.
La sécurité intérieure n’est pas une vie dans laquelle plus rien ne vient nous déranger.
La sécurité intérieure est la capacité à rester suffisamment stable face à l’incertitude extérieure pour ne plus laisser ses mécanismes de protection décider à sa place.
Et finalement, derrière beaucoup de choses que nous essayons de changer depuis des années, il y a peut-être simplement une ancienne protection qui n’a pas encore compris qu’aujourd’hui, elle pouvait lâcher.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque.
Nous sommes #TousFormidable












