L’ego a toujours raison
Et si notre besoin d’avoir raison cachait notre insécurité intérieure ?
L’ego s’appuie sur ce qu’il connaît.
Ses croyances.
Son histoire.
Ses expériences.
Sa perception de la vie.
Et à partir de tout cela, il construit ce que nous appelons très facilement « ma réalité » ou, encore plus fort, « ma vérité ».
Le problème, c’est que nous n’avons accès qu’à une infime partie de tout ce qui se passe en nous et autour de nous.
J’ai longtemps utilisé cette image des 5 % de conscience et des 95 % d’inconscient. Peu importe finalement le pourcentage exact : ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de comprendre que notre perception consciente est extrêmement limitée par rapport à tout ce que nous ignorons.
Et malgré cela, nous voulons contrôler notre vie avec cette petite fenêtre ouverte sur la réalité.
Nous voulons savoir.
Nous voulons prévoir.
Nous voulons comprendre.
Nous voulons décider de ce qui sera bon pour nous demain.
Et surtout, nous voulons avoir raison.
« Je sais que je serai heureux quand… »
Observez simplement le nombre de fois où nous avons pensé cela dans notre existence.
Je serai heureux quand j’aurai trouvé quelqu’un.
Je serai heureux quand j’aurai changé de travail.
Je serai heureux quand j’aurai cette maison.
Je serai heureux quand je gagnerai davantage d’argent.
Je serai heureux quand j’aurai quitté cette situation.
Puis nous obtenons parfois exactement ce que nous voulions.
Et effectivement, pendant quelques heures, quelques jours ou quelques mois, nous sommes heureux.
L’amoureux est merveilleux.
Le nouveau patron est formidable.
La maison est extraordinaire.
Le nouveau projet nous enthousiasme.
Puis la vie continue.
L’amoureux merveilleux nous montre des facettes que nous n’avions pas vues.
Le travail rêvé comporte lui aussi ses contraintes.
La maison tant désirée nécessite de l’entretien, des dépenses et des responsabilités.
Et nous repartons chercher quelque chose d’autre.
Ce n’est évidemment pas systématique. Une nouvelle situation peut réellement améliorer notre existence.
Mais cela devrait au moins nous inviter à une certaine humilité :
nous ne sommes pas toujours très doués pour prédire ce qui nous rendra heureux.
Pourtant, nous défendons nos croyances comme si notre vie en dépendait
Il suffit parfois que quelqu’un arrive avec une vision complètement différente de la nôtre.
Immédiatement, quelque chose réagit.
« Non ! »
« Ce n’est pas ça ! »
« Je ne suis pas d’accord ! »
« N’importe quoi ! »
« Moi, je sais que… »
Pourquoi avons-nous parfois autant besoin que notre perception soit la bonne ?
C’est ici que je retrouve aujourd’hui la sécurité intérieure.
Parce que reconnaître que je ne sais pas peut être extrêmement inconfortable.
Si je sais, je contrôle.
Si j’ai raison, mon monde reste cohérent.
Si mes croyances sont vraies, je sais à peu près où je mets les pieds.
Mais si j’accepte que certaines de mes certitudes puissent être fausses, alors une porte s’ouvre sur l’inconnu.
Et lorsque je manque de sécurité intérieure, l’inconnu peut rapidement devenir menaçant.
Alors je m’accroche à mes certitudes.
Pas nécessairement parce qu’elles sont justes.
Mais parce qu’elles me rassurent.
Nous voulons évoluer sans remettre en question ce que nous savons
C’est un paradoxe que j’ai beaucoup observé dans le développement personnel et que j’ai aussi retrouvé chez moi.
Nous voulons changer.
Nous voulons grandir.
Nous voulons augmenter notre niveau de conscience.
Nous voulons découvrir qui nous sommes réellement.
Mais en même temps, nous arrivons avec une quantité impressionnante de certitudes sur nous-mêmes et sur la vie.
Je suis comme ça.
J’ai cette blessure.
J’ai besoin de ça.
Je ne pourrais jamais vivre comme ça.
Ce type de personne n’est pas fait pour moi.
Je sais ce qui me rend heureux.
Je sais pourquoi je réagis ainsi.
Je connais mes limites.
Alors comment découvrir quelque chose de nouveau si nous avons déjà décidé de ce qui était vrai ?
Il y a un décalage.
Nous voulons rencontrer l’inconnu tout en exigeant qu’il corresponde à ce que nous connaissons déjà.
Nos croyances peuvent devenir une prison confortable
Une croyance possède quelque chose de très sécurisant : elle organise le monde.
Elle nous permet de mettre des choses dans des cases.
Bon.
Mauvais.
Possible.
Impossible.
Dangereux.
Rassurant.
Normal.
Anormal.
Nous n’avons plus besoin d’expérimenter puisque nous avons déjà la réponse.
Et c’est justement là que la sécurité intérieure devient intéressante.
Plus je suis capable de rester stable intérieurement face à l’incertitude, moins j’ai besoin de remplir immédiatement le vide avec une certitude.
Je peux dire :
« Je ne sais pas. »
Et rester tranquille avec ça.
Je peux écouter quelqu’un qui pense exactement le contraire de moi sans me sentir personnellement attaqué.
Je peux découvrir que j’avais tort sans considérer que ma valeur vient de s’effondrer.
Je peux essayer quelque chose sans savoir ce que cela donnera.
Je peux changer d’avis.
Je peux abandonner une croyance qui m’accompagne depuis vingt ans.
Je peux découvrir une facette de moi que je ne connaissais pas.
Et surtout, je peux laisser la vie me surprendre.
Lâcher le contrôle ne signifie pas abandonner sa responsabilité
C’est une nuance importante.
Lorsque je parle de s’abandonner à la vie, je ne parle pas de rester allongé sur son canapé en attendant que l’univers règle les factures.
Nous avons évidemment des décisions à prendre.
Des responsabilités.
Des actions à entreprendre.
Des conséquences à assumer.
Lâcher le contrôle signifie autre chose pour moi.
C’est arrêter d’exiger que la vie respecte exactement le scénario que mon mental avait imaginé.
Je peux choisir une direction sans connaître tout le chemin.
Je peux poser une action sans maîtriser son résultat.
Je peux rencontrer quelqu’un sans décider immédiatement de la place que cette personne devra occuper dans ma vie pendant les vingt prochaines années.
Je peux entreprendre un projet et accepter qu’il évolue.
Je peux même découvrir que ce que je voulais absolument hier ne me correspond plus aujourd’hui.
Et cela demande une certaine sécurité intérieure.
La sécurité intérieure permet de ne plus avoir besoin de tout savoir
Pendant longtemps, j’ai pensé que la connaissance apportait la sécurité.
Plus je comprenais, plus je pourrais maîtriser ma vie.
Aujourd’hui, je découvre presque le mouvement inverse.
Plus je développe ma sécurité intérieure, moins j’ai besoin de tout comprendre.
Parce que ma sécurité ne repose plus exclusivement sur ma capacité à anticiper ce qui va arriver.
Elle repose davantage sur ma capacité à me dire :
« Quoi qu’il arrive, je serai là pour traverser ce qui se présentera. »
Et cette phrase change énormément de choses.
Je n’ai plus besoin de connaître toute la route.
Je peux regarder quelques mètres devant moi et avancer.
Je peux faire confiance à mes capacités d’adaptation.
Je peux observer.
Ressentir.
Réajuster.
Changer de direction si nécessaire.
C’est peut-être cela, finalement, se laisser porter par le courant de la vie.
Ce n’est pas devenir passif.
C’est cesser de lutter constamment contre l’incertitude.
Alors plutôt que de chercher encore une nouvelle certitude sur vous-même ou sur votre avenir, observez simplement :
qu’est-ce que vous essayez absolument de contrôler aujourd’hui parce que vous ne vous sentez pas suffisamment en sécurité pour ne pas savoir ?
Nous sommes #TousFormidable.












