l’état de grâce de l’instant présent
Quand on est vraiment bien, pourquoi faudrait-il toujours faire quelque chose ?
Il est parfois très difficile de faire, de produire, de travailler, lorsque nous sommes simplement bien.
Je suis face à la mer en écrivant ces lignes.
Enfin, « écrire » est un grand mot. Comme souvent, je dicte dans mon téléphone les quelques mots qui veulent bien sortir.
Le soleil commence doucement à descendre.
Dans quelque temps, le ciel prendra probablement des couleurs orangées, peut-être rougeâtres, avec les derniers rayons qui viendront se refléter sur une mer calme.
Il y a ce petit air subtil, ni chaud ni froid.
L’odeur iodée.
Le bruit de la mer.
Et à cet instant précis, je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce qui est déjà là.
C’est peut-être cela qui m’interpelle le plus.
Lorsque nous sommes réellement présents, nous avons beaucoup moins besoin de remplir.
Pourquoi avons-nous autant besoin de faire ?
Nous avons appris très tôt à associer notre valeur à ce que nous faisons.
Il faut travailler.
Produire.
Avancer.
Être utile.
Rentabiliser son temps.
Avoir des projets.
Atteindre des objectifs.
Et même lorsque nous nous intéressons au développement personnel, nous pouvons reproduire exactement le même fonctionnement.
Il faut travailler sur soi.
Comprendre ses blessures.
Faire des exercices.
Lire.
Écouter des podcasts.
Méditer correctement.
Élever sa conscience.
Finalement, nous transformons parfois le développement personnel en une nouvelle liste de choses à accomplir.
Alors qu’il existe aussi ces moments où il n’y a absolument rien à améliorer.
Je suis là, face à la mer.
Je respire.
Je regarde.
Et je suis bien.
Pourquoi faudrait-il immédiatement ajouter quelque chose ?
J’ai longtemps cherché la liberté à l’extérieur
Ce soir-là, une chose participait énormément à mon bien-être : je pouvais travailler depuis cet endroit.
Mon téléphone me permettait de dicter cet article.
Je n’avais pas de contrainte horaire.
Pas de contrainte géographique.
Pas de hiérarchie au-dessus de moi.
Et j’étais fier des choix qui m’avaient conduit jusque-là, parce que certains avaient été particulièrement inconfortables au moment de les prendre.
Je pourrais donc conclure très facilement :
« Voilà la solution. Devenez libre, débarrassez-vous des contraintes et vous serez heureux. »
Aujourd’hui, j’irais beaucoup moins vite.
Parce que nous pouvons supprimer énormément de contraintes extérieures et conserver nos prisons à l’intérieur.
Nous pouvons être notre propre patron et être terrorisés par le manque d’argent.
Nous pouvons travailler où nous voulons et être incapables de décrocher de notre téléphone.
Nous pouvons n’avoir aucun supérieur hiérarchique et devenir notre propre tyran.
Nous pouvons vivre face à la mer et passer notre journée à nous demander comment réussir davantage.
La liberté extérieure est agréable.
Mais sans sécurité intérieure, nous pouvons recréer des contraintes partout.
Nous sommes la conséquence de beaucoup de nos choix
Cette phrase de mon ancien texte, je la conserve :
« Nous sommes la conséquence de nos choix. »
Je lui apporterais simplement davantage de nuances aujourd’hui.
Nous ne choisissons évidemment pas tout ce qui nous arrive.
En revanche, nous faisons chaque jour une multitude de choix qui participent progressivement à construire notre environnement.
Les personnes que nous fréquentons.
Le travail que nous acceptons de continuer.
Les limites que nous posons ou que nous n’osons pas poser.
La place que nous accordons au téléphone et aux réseaux sociaux.
Ce que nous regardons.
Ce que nous écoutons.
Le temps que nous passons dehors.
La manière dont nous utilisons notre argent.
Les endroits dans lesquels nous choisissons de vivre lorsque nous avons réellement la possibilité de choisir.
Pris séparément, ces choix peuvent paraître insignifiants.
Additionnés pendant plusieurs années, ils peuvent fabriquer deux vies complètement différentes.
Certains de mes choix m’ont coûté cher en inconfort immédiat.
Mais ils m’ont permis de récupérer quelque chose qui avait énormément de valeur pour moi : de la liberté.
La sécurité intérieure permet justement de faire des choix inconfortables
C’est là que ma réflexion a évolué.
Pendant longtemps, j’ai beaucoup parlé de vibration, d’énergie et de loi d’attraction.
Aujourd’hui, je regarde aussi ce qui se passe depuis l’endroit de la sécurité intérieure.
Pourquoi conservons-nous parfois pendant des années une situation qui ne nous convient plus ?
Parce que l’inconnu peut être perçu comme plus dangereux que l’inconfort connu.
Je peux détester mon travail et pourtant m’y accrocher parce qu’il sécurise mon revenu.
Je peux ne plus être heureux dans une relation et pourtant rester parce que la solitude m’effraie.
Je peux rêver d’un projet et ne jamais commencer parce que l’échec menacerait l’image que j’ai de moi.
Je peux avoir besoin de ralentir et continuer à courir parce que m’arrêter me mettrait face au silence.
Nous appelons parfois cela être raisonnable.
Mais il peut aussi y avoir derrière toutes ces décisions une question beaucoup plus profonde :
Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité intérieurement pour traverser l’inconfort d’un changement ?
Notre environnement nous influence
Il y avait dans mon texte initial cette idée que certaines personnes ou certains environnements pouvaient « pomper notre énergie ».
Je l’exprimerais différemment aujourd’hui.
Parce qu’il n’est pas nécessaire d’imaginer quelqu’un en train de nous aspirer quelque chose pour constater une réalité très simple : notre environnement influence notre état intérieur.
Passez deux heures dans un environnement conflictuel, bruyant et stressant.
Puis passez deux heures à marcher tranquillement dans la nature.
Observez simplement ce qui se passe en vous.
Certaines conversations nous crispent.
Certaines personnes nous apaisent.
Certains endroits nous mettent constamment en vigilance.
D’autres nous permettent naturellement de relâcher la pression.
Cela ne signifie pas que nous devons fuir tout ce qui nous dérange.
Cela signifie que nous pouvons prendre conscience de ce dont nous nous nourrissons quotidiennement.
Et plus notre sécurité intérieure grandit, moins nous sommes ballottés par chaque événement extérieur.
Peut-être que la vraie liberté commence là
Pendant longtemps, j’ai cherché à créer une vie dans laquelle je pourrais être libre.
Libre géographiquement.
Libre financièrement.
Libre dans mon emploi du temps.
Libre de travailler quand je voulais.
Ce sont toujours des libertés auxquelles j’accorde énormément de valeur.
Mais j’en ajoute aujourd’hui une autre.
La liberté de pouvoir être assis face à la mer sans ressentir immédiatement la nécessité de produire quelque chose.
La liberté de ne pas culpabiliser lorsque je ne fais rien.
La liberté de ne pas mesurer la valeur d’une journée à sa productivité.
La liberté de ne pas avoir besoin que demain soit extraordinaire pour apprécier aujourd’hui.
Et peut-être même la liberté de regarder le soleil descendre sans chercher ce que ce coucher de soleil pourrait m’apprendre.
Il n’y a parfois rien à comprendre.
Rien à optimiser.
Rien à transformer.
Juste un petit air agréable.
Une odeur iodée.
Une mer calme.
Un téléphone que je finirai bien par poser.
Et moi, là, suffisamment en sécurité pour ne pas avoir besoin d’être ailleurs.
Parfois, vivre suffit.
Nous sommes #TousFormidable.












