Où sont mes ambitions ?
Et si le véritable luxe était de ne plus courir après sa vie ?
C’est allongé dans l’herbe que j’écris cet article, dans un état de bien-être difficile à expliquer avec des mots.
Il ne se passe pourtant rien d’extraordinaire.
Je suis là.
Je respire.
Je regarde ce qui m’entoure.
Et surtout, à cet instant précis, je n’attends rien.
Pendant longtemps, j’ai eu de grandes ambitions. Créer une marque, développer une notoriété, être vu, être reconnu, construire de grands projets et, quelque part, contribuer à changer le monde.
Il y avait certainement de très belles intentions derrière tout cela.
Mais il y avait aussi autre chose.
Un besoin de reconnaissance.
Un besoin de sécurité.
La nécessité de prouver que j’étais capable.
Et lorsque notre sécurité dépend de ce que nous réussirons demain, il devient très difficile d’être pleinement bien aujourd’hui.
Quand le bonheur dépend du résultat
Nous avons facilement tendance à reporter notre tranquillité intérieure à plus tard.
Je serai bien quand j’aurai suffisamment d’argent.
Je serai tranquille lorsque mon projet fonctionnera.
Je serai heureux lorsque j’aurai rencontré quelqu’un.
Je pourrai souffler lorsque j’aurai terminé ceci.
Je me sentirai reconnu lorsque j’aurai atteint cela.
Le problème, c’est que ce « lorsque » peut nous accompagner toute notre vie.
Parce qu’une fois l’objectif atteint, le mental sait parfaitement en fabriquer un nouveau.
Et nous repartons.
Toujours un peu plus loin.
Toujours quelque chose à obtenir, à construire, à sécuriser ou à prouver avant de nous autoriser enfin à vivre.
C’est là que je fais aujourd’hui le lien avec la sécurité intérieure.
Plus j’ai besoin que quelque chose se produise à l’extérieur pour me sentir bien à l’intérieur, plus je deviens dépendant du résultat.
Et plus je suis dépendant du résultat, plus apparaissent naturellement le contrôle, les attentes et la peur de perdre ou de manquer.
Je ne suis pas responsable de sauver le monde
Il m’a fallu du temps pour comprendre quelque chose qui me paraît aujourd’hui essentiel.
Ce n’est pas à moi de changer le monde.
Ce n’est pas à moi de prendre en charge la souffrance des autres.
Ce n’est pas à moi de convaincre quelqu’un de changer.
Ce n’est pas à moi non plus de prouver que ce que j’expérimente fonctionne pour tout le monde.
Chacun avance avec son histoire, son rythme, ses expériences et ses prises de conscience.
Vouloir absolument que l’autre comprenne peut même devenir une manière très subtile de quitter notre propre vie pour entrer dans la sienne.
Je peux partager.
Je peux raconter.
Je peux transmettre ce que mon expérience m’a appris.
Je peux tendre une main lorsqu’elle est demandée.
Mais je n’ai pas à porter quelqu’un sur mon dos jusqu’à l’endroit où moi, j’ai décidé qu’il devrait aller.
Cette distinction change énormément de choses.
Elle permet d’être présent pour l’autre sans devenir responsable de son existence.
Et elle permet surtout de récupérer une énergie considérable pour vivre la nôtre.
Depuis quel endroit intérieur naît mon envie ?
Il y a donc une question que j’aime me poser lorsque quelque chose me donne envie :
Depuis quel endroit intérieur est-ce que je désire cela ?
Est-ce que cette envie vient d’une peur de manquer ?
D’un besoin d’être reconnu ?
D’un besoin d’être aimé ?
Est-ce que j’essaye de remplir un vide ?
Est-ce que j’ai besoin du regard des autres pour donner de la valeur à ce que je fais ?
Ou est-ce que j’ai simplement envie de le faire parce que cela me met en joie ?
La différence peut sembler subtile.
Pourtant, intérieurement, elle est immense.
Dans le premier cas, j’attends de mon action qu’elle vienne réparer ou remplir quelque chose.
Dans le second, je suis déjà suffisamment bien pour créer simplement parce que j’aime créer.
Je ne fais plus pour obtenir.
Je fais parce que j’aime faire.
Et si le résultat est différent de celui que j’imaginais, je ne m’effondre pas avec lui.
C’est probablement l’une des manifestations les plus concrètes de la sécurité intérieure.
Il n’y a peut-être aucune destination
Il m’en a fallu des prises de conscience pour arriver jusqu’ici.
Et je ne suis toujours pas arrivé à destination.
Heureusement.
Parce que je commence justement à comprendre qu’il n’y en a peut-être pas.
Il y a seulement ce chemin que nous pouvons passer notre temps à vouloir terminer… ou apprendre à savourer.
Aujourd’hui, j’apprécie davantage de respirer, de regarder, de créer, de rencontrer, d’expérimenter.
Je cours moins après le temps.
Je laisse davantage de place à ce qui arrive.
Et lorsque je regarde certaines choses présentes dans ma vie, je mesure combien cette manière de fonctionner change mon rapport à ce que je possède.
J’ai connu, par exemple, un lieu de 1,6 hectare dans lequel je pouvais m’éclater.
Un espace pour masser.
Un sentier dans la forêt où imaginer des ateliers.
Une salle pour transmettre, organiser des rencontres et partager.
Mais finalement, le plus important n’était peut-être pas le terrain, la forêt ou la salle.
Le plus important était l’espace intérieur depuis lequel je pouvais en profiter.
Parce que nous pouvons posséder le plus bel endroit du monde et être incapables de nous y poser cinq minutes sans penser à ce que nous devons faire ensuite.
Se lâcher la grappe
J’aime toujours cette expression.
Se lâcher la grappe.
Arrêter de vouloir tout comprendre.
Tout prévoir.
Tout analyser.
Tout optimiser.
Tout réussir.
Arrêter également de considérer chaque émotion inconfortable comme un problème qu’il faudrait immédiatement résoudre.
Parfois, une émotion peut simplement être ressentie.
Un moment peut simplement être vécu.
Une journée peut ne servir à rien d’autre qu’à être une journée agréable.
Nous passons énormément de temps à chercher comment mieux vivre.
Livres, vidéos, formations, méthodes, conseils, réflexions…
Et si, parfois, cette recherche permanente devenait elle-même une manière de ne pas vivre ?
Je ne prétends pas avoir trouvé une formule universelle.
J’observe simplement que plus ma sécurité intérieure grandit, moins j’ai besoin de demander à l’extérieur de me rassurer.
Je peux avoir des projets sans leur demander de me donner de la valeur.
Je peux aimer quelqu’un sans lui demander de remplir tous mes vides.
Je peux accompagner quelqu’un sans porter la responsabilité de sa transformation.
Je peux avoir de l’argent sans en faire la condition de ma paix.
Je peux aussi traverser une période d’incertitude sans considérer immédiatement que ma vie est en danger.
Et surtout, je peux être allongé dans l’herbe sans avoir l’impression que je devrais être ailleurs en train de faire quelque chose de plus important.
Parce qu’à cet instant précis, ma vie est exactement là.
Pas demain.
Pas lorsque j’aurai réussi.
Pas lorsque tout sera réglé.
Ici.
Maintenant.
Et peut-être que la sécurité intérieure commence précisément à cet endroit : lorsque nous n’avons plus besoin que la vie soit différente pour nous autoriser à la vivre.
Nous sommes #TousFormidable.












