La souffrance invisible : ce que nous normalisons trop facilement

La manipulation : et si elle commençait par un manque de sécurité intérieure ?

Il existe une souffrance dont on parle peu.

Pas celle qui crie.

Pas celle qui provoque immédiatement une rupture, un effondrement ou une crise.

Je parle de celle qui s’installe doucement dans notre existence, au point que nous finissons parfois par ne plus la voir.

La fatigue permanente.

Les relations compliquées.

Les mêmes tensions qui reviennent.

Cette impression de devoir toujours faire attention à ce que l’on dit.

Le besoin d’être rassuré.

La peur de déplaire.

La difficulté à dire non.

Le sentiment diffus de ne jamais être totalement à sa place.

Cette souffrance-là peut devenir tellement familière que nous finissons par l’appeler « la vie ».

Pourtant, derrière beaucoup de ces mécanismes, je retrouve aujourd’hui une même question : depuis quel endroit intérieur entrons-nous en relation avec les autres ?

Depuis notre sécurité ?

Ou depuis notre peur de perdre quelque chose ?

S’adapter pour rester en sécurité

Très tôt, l’enfant apprend à observer son environnement.

Il comprend ce qui provoque un sourire.

Ce qui déclenche une colère.

Ce qu’il peut dire.

Ce qu’il vaut mieux taire.

Ce qu’il doit faire pour être félicité, reconnu ou simplement tranquille.

Cette adaptation n’est pas un défaut.

Elle peut même être une remarquable intelligence de protection.

Un enfant dépend des adultes qui l’entourent. Il va donc naturellement chercher les comportements qui lui permettent de conserver le lien, l’attention et la sécurité dont il a besoin.

Le problème n’est pas que ce mécanisme existe.

Le problème apparaît lorsque l’adulte continue à utiliser les mêmes stratégies sans en avoir conscience.

Ce qui protégeait l’enfant peut alors enfermer l’adulte.

Quand l’adaptation entre dans nos relations

Quelques décennies plus tard, le décor a changé.

Mais certains mécanismes peuvent rester les mêmes.

Dans le couple, nous voulons être aimés.

Dans notre activité professionnelle, nous voulons être reconnus.

Dans nos relations, nous voulons être appréciés.

Face à l’argent, nous voulons être rassurés.

Et dès que nous avons peur de perdre l’une de ces choses, notre comportement peut changer.

Nous choisissons davantage nos mots.

Nous évitons certains sujets.

Nous essayons de convaincre.

Nous insistons.

Nous nous taisons.

Nous donnons beaucoup en espérant recevoir quelque chose en retour.

Nous faisons parfois culpabiliser sans même nous rendre compte que nous le faisons.

Autrement dit, nous essayons d’obtenir à l’extérieur la sécurité que nous ne ressentons pas suffisamment à l’intérieur.

C’est ici que le sujet de la manipulation devient beaucoup plus intéressant que la simple recherche d’un coupable.

Sommes-nous tous manipulateurs ?

Le mot dérange.

Et c’est justement pour cela que j’aime aller regarder ce qu’il cache.

Nous influençons tous les autres à certains moments de notre vie.

Lorsque nous voulons convaincre quelqu’un, séduire, négocier, vendre, obtenir une faveur ou éviter une conséquence désagréable, nous adaptons naturellement notre communication.

Cela ne signifie pas que toute influence est toxique.

Encore moins que toute personne qui cherche à convaincre quelqu’un exerce une emprise.

Il faut garder de la nuance.

Mais nous pouvons nous poser une question beaucoup plus personnelle :

qu’est-ce qui se passe en moi lorsque je veux absolument obtenir quelque chose de quelqu’un ?

C’est le mot « absolument » qui m’intéresse.

Parce que lorsque je suis suffisamment en sécurité intérieurement, je peux proposer et accepter un non.

Je peux aimer quelqu’un et accepter qu’il parte.

Je peux exprimer mon opinion sans avoir besoin que l’autre l’adopte.

Je peux vendre une prestation sans avoir besoin de forcer la décision.

Je peux aider sans exiger de reconnaissance.

À l’inverse, lorsque le refus de l’autre menace directement mon sentiment de valeur, d’amour ou de sécurité, la tentation de contrôler devient beaucoup plus importante.

Derrière le contrôle, il y a souvent une peur

C’est là que notre part d’ombre devient intéressante.

Nous aimons généralement nous imaginer bienveillants, généreux et respectueux.

Mais que devenons-nous lorsque nous avons peur ?

Peur d’être abandonnés.

Peur de manquer d’argent.

Peur de ne plus être aimés.

Peur de perdre notre statut.

Peur de ne pas avoir raison.

Peur de ne plus compter pour quelqu’un.

Sommes-nous toujours aussi détachés ?

Ou commençons-nous à mettre en place des stratégies pour conserver ce qui nous rassure ?

La question n’est pas destinée à culpabiliser.

Elle permet au contraire de remettre de la conscience sur quelque chose qui, sans cela, risque de fonctionner en automatique.

Ce qui n’est pas reconnu en nous peut continuer à agir dans l’ombre.

De l’influence à l’emprise : ne mélangeons pas tout

Il est cependant essentiel de distinguer les niveaux.

Une personne qui cherche occasionnellement à convaincre son conjoint n’est pas automatiquement dans une relation d’emprise.

De la même manière, avoir peur d’être abandonné ne transforme pas quelqu’un en « pervers narcissique ».

L’emprise correspond à des mécanismes beaucoup plus sérieux, notamment lorsqu’une personne utilise de manière répétée le contrôle, la culpabilisation, la dévalorisation, l’isolement, la peur ou d’autres procédés qui réduisent progressivement la liberté psychologique de l’autre.

Comprendre les mécanismes intérieurs qui peuvent nourrir certains comportements ne signifie jamais excuser les violences.

Et surtout, comprendre une relation ne signifie pas attribuer automatiquement une responsabilité identique aux deux personnes.

Une personne victime d’une relation abusive reste responsable de ses choix futurs et de sa reconstruction, mais elle n’est pas responsable des violences que quelqu’un choisit d’exercer sur elle.

Cette distinction est fondamentale.

Pourquoi cherchons-nous si facilement un coupable ?

Parce que désigner l’autre nous évite parfois de nous regarder.

Lui est manipulateur.

Elle est toxique.

Lui est narcissique.

Elle est victime.

Ces mots peuvent parfois être utiles pour nommer et comprendre une situation.

Mais ils peuvent aussi devenir des personnages figés.

Or, dans mon travail, ce qui m’intéresse est ce qui se passe derrière le personnage.

Qu’est-ce que je cherche ?

Qu’est-ce que je crains ?

Qu’est-ce que je veux contrôler ?

Pourquoi ai-je autant besoin que l’autre agisse comme je l’espère ?

Et surtout :

qu’est-ce que je vais chercher chez l’autre que je ne trouve pas encore suffisamment en moi ?

De l’amour ?

De la reconnaissance ?

De la valeur ?

De la sécurité ?

Une preuve que j’existe ?

C’est ici que nous revenons à la sécurité intérieure.

Plus je suis en sécurité, plus je peux laisser l’autre libre

Pour moi, c’est probablement l’une des conséquences les plus importantes du travail sur soi.

Plus je construis ma sécurité intérieure, moins j’ai besoin de contrôler ce qui se passe à l’extérieur.

Cela ne signifie pas devenir indifférent.

Cela signifie que je peux être en relation sans faire porter à l’autre la responsabilité permanente de mon équilibre intérieur.

Je peux aimer sans posséder.

Je peux donner sans créer une dette.

Je peux recevoir un refus sans considérer qu’il remet en cause ma valeur.

Je peux poser une limite.

Je peux entendre celle de l’autre.

Je peux partir d’une relation qui ne me respecte pas.

Et je peux laisser quelqu’un partir sans essayer de le retenir par la peur, la culpabilité ou le chantage affectif.

C’est une autre manière d’être en relation.

Stéphane Bride-Bonnot
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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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