Automne, rentrée, habitudes…
Vivez-vous une vie choisie ou une vie subie ?
C’est la rentrée.
Chacun reprend plus ou moins le rythme de sa vie.
Le réveil sonne de nouveau à heure fixe, les agendas se remplissent, les enfants reprennent l’école, les réunions reviennent, les habitudes se remettent tranquillement en place.
Mais quelle vie reprenez-vous exactement ?
Une vie choisie ou une vie subie ?
Cette question peut déranger parce qu’elle nous oblige à regarder autre chose que notre emploi du temps.
Elle nous oblige à regarder nos choix.
Et surtout, à nous demander depuis quel endroit intérieur nous les faisons.
Nous pouvons nous habituer à énormément de choses
C’est probablement l’une des facultés les plus extraordinaires de l’être humain.
Nous nous adaptons.
Malheureusement, nous pouvons aussi nous adapter à ce qui ne nous convient plus.
Nous pouvons nous habituer à nous lever chaque matin pour exercer un métier qui ne nous nourrit plus.
Nous pouvons nous habituer à une relation devenue insatisfaisante.
Nous pouvons nous habituer à manquer de temps.
À courir.
À attendre les vacances.
À vivre avec une boule au ventre le dimanche soir.
À repousser continuellement ce projet qui nous attire.
À nous raconter que nous changerons les choses lorsque les conditions seront meilleures.
Et progressivement, ce qui était autrefois inconfortable devient normal.
Pas agréable.
Normal.
C’est une différence importante.
Parce que nous pouvons finir par appeler « ma vie » ce qui n’est parfois qu’une organisation à laquelle nous nous sommes adaptés.
Pourquoi restons-nous dans une situation qui ne nous convient plus ?
Depuis 2016, j’ai accompagné beaucoup de personnes qui souhaitaient changer quelque chose dans leur existence.
Et j’ai progressivement délaissé certains outils auxquels j’accordais autrefois énormément d’importance.
Parce que derrière la complexité apparente des situations, je retrouve aujourd’hui très souvent la même question :
Est-ce que je me sens suffisamment en sécurité pour choisir ce que je veux vraiment ?
Prenons quelqu’un qui souhaite quitter son travail.
Il peut passer des mois à réfléchir.
À faire des tableaux.
À peser le pour et le contre.
À chercher des conseils.
À regarder des vidéos.
À essayer de savoir si c’est « raisonnable ».
Mais derrière toutes ces réflexions peuvent se cacher des peurs beaucoup plus simples.
Et si je manque d’argent ?
Et si je me trompe ?
Et si je regrette ?
Et si les autres ne comprennent pas ?
Et si je ne retrouve rien ?
Et si j’échoue ?
À ce moment-là, nous pouvons avoir l’impression de chercher une solution alors que nous cherchons surtout une garantie.
Et cette garantie n’existe pas.
J’ai vu des vies bouger très rapidement
Je pense notamment à Daphné, que j’accompagnais à cette époque.
Elle vivait à Toulouse.
Quelques jours plus tard, elle était installée du côté de Pornic, à environ 600 kilomètres.
Dix jours.
Je ne raconte pas cette histoire pour prétendre qu’il suffirait de vouloir quelque chose très fort pour que toute une existence se transforme miraculeusement en dix jours.
Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans son histoire est ailleurs.
Une situation qui peut sembler figée pendant des années peut parfois bouger très vite lorsqu’une véritable décision est prise.
Avant la décision, nous réfléchissons.
Nous hésitons.
Nous imaginons.
Nous anticipons toutes les difficultés possibles.
Nous voulons connaître le chemin complet.
Après la décision, les questions deviennent différentes.
Que dois-je faire maintenant ?
Qui dois-je appeler ?
Qu’est-ce que je dois organiser ?
Quelle est la première étape ?
L’énergie qui était mobilisée pour hésiter devient disponible pour agir.
Et quelquefois, les choses avancent beaucoup plus rapidement que nous ne l’imaginions.
Le rationnel peut aussi être une protection
J’écrivais autrefois que nous faisions trop de « choix rationnels ».
Je nuancerais fortement cette idée aujourd’hui.
Le rationnel est indispensable.
Si je souhaite changer de travail, déménager, créer une entreprise ou prendre une décision importante, regarder concrètement les conséquences de mon choix est plutôt sain.
Le problème commence lorsque la rationalité devient un moyen sophistiqué de ne jamais affronter l’incertitude.
Je peux toujours trouver une excellente raison de ne pas bouger.
Ce n’est pas le bon moment.
Je n’ai pas assez d’argent.
Les enfants.
Le logement.
La conjoncture.
Mon âge.
Le marché.
Ma famille.
Le problème n’est donc pas de réfléchir.
Le problème est de savoir depuis quel endroit intérieur je réfléchis.
Est-ce que j’utilise ma réflexion pour construire mon projet ?
Ou est-ce que je l’utilise pour justifier ma peur ?
Cette distinction peut changer une vie.
La sécurité intérieure n’est pas l’absence de peur
Nous pouvons facilement imaginer qu’une personne courageuse n’a pas peur.
Je ne le crois pas.
Certaines des décisions dont je suis aujourd’hui le plus fier ont été particulièrement inconfortables lorsque je les ai prises.
La sécurité intérieure ne consiste donc pas à attendre de ne plus ressentir de peur pour avancer.
Elle consiste davantage à ne plus laisser systématiquement cette peur décider à notre place.
Je peux avoir peur et partir.
Avoir peur et dire non.
Avoir peur et commencer.
Avoir peur et rencontrer quelqu’un.
Avoir peur et changer de métier.
Avoir peur et reconnaître que ce que j’ai construit pendant dix ans ne me correspond plus.
La peur devient alors une information parmi d’autres.
Elle n’est plus le pilote.
Le bruit nous empêche parfois d’entendre ce qui se passe en nous
Il y avait une idée dans mon ancien texte à laquelle je reste très attaché : l’importance du silence.
Parce que lorsque quelque chose ne va plus dans notre vie, nous avons facilement tendance à ajouter du bruit.
Nous demandons conseil.
Nous cherchons sur Internet.
Nous regardons des vidéos.
Nous lisons.
Nous interrogeons nos proches.
Nous cherchons quelqu’un qui nous dira quoi faire.
Et plus nous obtenons de réponses, moins nous savons parfois ce que nous voulons.
C’est précisément là que la sécurité intérieure demande parfois de faire quelque chose de beaucoup plus inconfortable :
S’arrêter.
Se retrouver seul avec soi.
Et écouter ce qui apparaît lorsque personne n’est là pour nous donner la réponse.
Pas nécessairement pendant trois semaines au sommet d’une montagne.
Cela peut commencer par une marche.
Une heure dans la nature.
Un téléphone laissé dans la voiture.
Un moment où nous cessons volontairement de remplir le silence.
Parce que sous le bruit peuvent apparaître des choses extrêmement simples.
Je n’en peux plus de ce travail.
J’ai besoin de repos.
J’ai envie de partir.
Cette relation ne me convient plus.
J’ai envie de créer.
J’ai besoin de retrouver des gens.
Je veux une vie plus simple.
Et immédiatement après arrive souvent une deuxième voix :
« Oui, mais… »
C’est généralement là que commence le travail intéressant.
Reprendre sa vie ne signifie pas tout envoyer promener
Choisir sa vie ne signifie pas quitter son travail demain matin, divorcer vendredi et partir vivre dans une cabane lundi.
Cela peut parfois consister à modifier une toute petite chose.
Poser une limite.
Bloquer une soirée pour soi.
Envoyer un CV.
Prendre un renseignement.
Dire quelque chose que nous retenons depuis longtemps.
Commencer une activité.
Rencontrer de nouvelles personnes.
Passer une heure seul dans la nature.
La question n’est pas de faire quelque chose de spectaculaire.
La question est de vérifier régulièrement que nos choix continuent de nous appartenir.
Parce qu’une vie subie ne se construit pas forcément à partir d’une grande catastrophe.
Elle peut se construire doucement, par accumulation de petits renoncements auxquels nous finissons par nous habituer.
Et une vie choisie peut se reconstruire exactement de la même manière.
Un choix après l’autre.
Plus ma sécurité intérieure grandit, moins j’ai besoin que tout soit garanti avant de bouger.
Je peux écouter mes besoins sans immédiatement les censurer.
Je peux accepter l’inconfort d’une décision.
Je peux aussi changer d’avis.
Et surtout, je peux arrêter d’attendre qu’un événement extérieur m’autorise enfin à vivre autrement.
Alors en cette rentrée, avant de reprendre automatiquement le rythme de votre vie, la question mérite peut-être quelques minutes de silence :
La vie que je suis en train de reprendre est-elle encore celle que j’ai envie de vivre ?
Nous sommes #TousFormidable.












