Ne jamais poser d’attente
Les attentes nous empêchent-elles de vivre ce qui est réellement là ?
Dès lors que nous posons une attente, nous construisons déjà mentalement une version de ce qui devrait arriver.
Nous imaginons une réponse.
Un comportement.
Un résultat.
Une réaction.
Une chronologie.
Et lorsque la réalité se présente autrement, même légèrement, quelque chose en nous peut se tendre.
« Ce n’était pas prévu comme ça. »
« Il aurait dû répondre autrement. »
« Ça aurait dû fonctionner. »
« Je pensais que… »
C’est là que l’attente devient intéressante.
Parce qu’elle ne parle pas seulement de ce que nous souhaitons.
Elle parle aussi de notre besoin de sécurité.
Une attente est souvent une tentative de réduire l’incertitude
Nous aimons savoir.
Savoir comment une relation va évoluer.
Savoir si un projet va fonctionner.
Savoir si quelqu’un va nous répondre.
Savoir si l’argent va rentrer.
Savoir si une décision est la bonne.
Alors nous construisons un scénario.
Et ce scénario nous rassure momentanément.
Le problème apparaît lorsque nous commençons à exiger que la réalité corresponde à ce scénario.
À ce moment-là, nous ne sommes plus seulement dans une intention.
Nous sommes dans le contrôle.
Et plus notre sécurité intérieure est fragile, plus nous pouvons avoir besoin que les choses se déroulent exactement comme prévu.
Vouloir quelque chose n’est pas le problème
Il ne s’agit pas de vivre sans désir.
Nous pouvons vouloir une relation plus saine.
Davantage de liberté.
Un autre travail.
Une situation financière plus confortable.
Un projet qui fonctionne.
Un déménagement.
Une rencontre.
Le désir donne une direction.
L’attente, elle, commence souvent à préciser comment cette direction doit se réaliser.
« Je veux que cette personne me rappelle aujourd’hui. »
« Je veux que ce client dise oui. »
« Je veux que ce projet fonctionne de cette manière. »
« Je veux que mon conjoint réagisse comme ça. »
Et lorsque la réalité diffère, la frustration apparaît.
Ce n’est donc pas nécessairement le désir qui nous enferme.
C’est parfois notre attachement à la forme exacte qu’il devrait prendre.
Tout ce qui n’arrive pas n’est pas forcément « mieux pour nous »
Dans mon ancien texte, j’écrivais une phrase très rassurante :
« Si ça ne se passe pas ainsi, c’est qu’il y a mieux pour nous. »
Je comprends pourquoi cette croyance peut faire du bien.
Elle aide à traverser une déception.
Elle remet du possible là où quelque chose vient de se fermer.
Mais je ne la présenterais plus comme une vérité.
Parfois, un projet échoue parce qu’il était mal préparé.
Parfois, quelqu’un ne nous choisit pas simplement parce qu’il ne le souhaite pas.
Parfois, nous perdons une opportunité.
Parfois, un événement est seulement difficile, injuste ou décevant.
Nous n’avons pas toujours besoin d’inventer immédiatement une raison supérieure pour accepter ce qui vient de se passer.
La sécurité intérieure consiste aussi à pouvoir dire :
« Je ne sais pas pourquoi cela s’est passé ainsi. Mais c’est ce qui s’est passé. Maintenant, qu’est-ce que j’en fais ? »
Accepter ne signifie pas aimer ce qui arrive
C’est une nuance essentielle.
Lorsque je parle d’acceptation, je ne parle pas de gratitude forcée.
Je ne parle pas de se convaincre que chaque difficulté est merveilleuse.
Accepter signifie reconnaître la réalité.
Le client a refusé.
La relation est terminée.
Le projet n’a pas fonctionné.
La personne n’a pas tenu sa parole.
Je peux être déçu.
En colère.
Triste.
Je peux même considérer que la situation est profondément injuste.
Mais à un moment donné, continuer à lutter mentalement contre un fait déjà arrivé ne le modifie plus.
Cela consomme simplement une partie de mon énergie.
L’acceptation devient alors un point de départ.
« Voilà où j’en suis. Que puis-je faire maintenant ? »
Forcer une situation coûte souvent très cher
Nous connaissons tous ces moments où quelque chose ne veut manifestement pas se dérouler comme prévu.
Alors nous insistons.
Un message supplémentaire.
Une explication supplémentaire.
Une tentative supplémentaire.
Nous essayons de convaincre.
De contrôler.
De récupérer exactement le résultat imaginé.
Parfois, persévérer est utile.
Tout obstacle n’est pas un signal qu’il faut abandonner.
Mais parfois, nous ne sommes plus dans la persévérance.
Nous sommes dans l’acharnement.
Et cet acharnement peut être motivé par une peur très simple :
« Si je lâche ce résultat, que va-t-il me rester ? »
Voilà encore une question de sécurité intérieure.
Nous ne créons pas tout ce qui nous arrive
Dans mon ancien texte, j’allais jusqu’à dire que nous créions seuls notre santé, notre corpulence, notre couple, notre travail, notre compte bancaire et notre qualité de vie.
Je ne le dirais plus.
Nous avons une influence réelle sur de nombreux aspects de notre existence par nos choix, nos habitudes, notre environnement et nos comportements.
Mais nous ne contrôlons pas tout.
Notre santé dépend aussi de facteurs biologiques et médicaux.
Notre corps n’est pas simplement la conséquence de nos pensées.
Une relation dépend de deux personnes.
Notre situation financière dépend aussi du contexte économique et d’opportunités qui ne sont pas totalement sous notre contrôle.
Prendre responsabilité de sa vie ne consiste pas à s’attribuer la cause de tout.
Cela consiste à identifier honnêtement la part sur laquelle nous pouvons agir.
La sécurité intérieure permet de lâcher le résultat sans lâcher notre responsabilité
C’est probablement là que se trouve la vraie différence.
Je peux préparer sérieusement un projet et accepter que son résultat ne dépende pas entièrement de moi.
Je peux exprimer ce que je ressens dans une relation sans contrôler la réponse de l’autre.
Je peux prendre soin de ma santé sans m’imaginer invulnérable.
Je peux faire un choix avec conviction sans avoir besoin de savoir qu’il sera parfait.
La sécurité intérieure nous permet de rester engagés sans être totalement attachés au résultat.
Je fais ma part.
Et je laisse une place à ce que je ne maîtrise pas.
Cela ne ressemble pas à de la résignation.
Au contraire.
C’est une manière beaucoup plus stable d’agir.
Rejeter la réalité ne signifie pas que nous ne nous aimons pas
Là encore, je serais plus nuancé qu’autrefois.
Lorsque quelque chose nous arrive et nous met en colère, cela ne signifie pas que nous ne nous aimons pas.
Lorsque nous rejetons un comportement irrespectueux, ce rejet peut même être une manifestation très saine de respect de soi.
La question est de savoir ce que nous rejetons.
Le fait qui existe déjà ?
Ou ce que nous refusons désormais d’accepter pour la suite ?
Je peux dire :
« Je n’aime pas ce qui s’est passé. »
Et en même temps :
« Je reconnais que c’est arrivé. »
Puis :
« Voilà ce que je choisis maintenant. »
Ce troisième temps change tout.
L’attente devient légère lorsqu’elle ne devient plus une condition
Nous pouvons espérer.
Prévoir.
Projeter.
Désirer.
Imaginer.
Mais sans transformer notre paix intérieure en récompense conditionnée par le résultat.
« Je serai bien quand il répondra. »
« Je serai heureux lorsque mon projet fonctionnera. »
« Je serai rassuré lorsque j’aurai cet argent. »
Chaque fois que nous construisons notre sécurité comme cela, nous la déposons dans les mains de quelque chose d’extérieur.
Et nous risquons d’attendre longtemps.
La sécurité intérieure ne nous demande pas de renoncer à nos rêves.
Elle nous permet justement de poursuivre un désir sans suspendre toute notre vie jusqu’à sa réalisation.
Je peux vouloir quelque chose profondément.
Et continuer à vivre pleinement aujourd’hui.
Alors lorsque vous sentez monter la frustration parce qu’une situation ne correspond pas à ce que vous aviez imaginé, posez-vous peut-être cette question :
« Est-ce que je suis déçu parce que ce résultat est réellement essentiel, ou parce que j’avais besoin qu’il se produise ainsi pour me sentir en sécurité ? »
Cette distinction peut changer beaucoup de choses.
Parce que lâcher une attente ne signifie pas renoncer à ce que nous voulons.
Cela signifie parfois arrêter d’exiger que la vie suive exactement le scénario que nous avions écrit pour pouvoir continuer à avancer.
Nous sommes #TousFormidable.












