Souffrance et amour

Quand nous cherchons à l’extérieur l’amour que nous n’arrivons pas encore à construire en nous

Nous aimons parfois nous raconter que nous sommes des êtres de lumière, des êtres d’amour, des êtres conscients.

Et pourtant, même lorsque nous avons travaillé sur nous pendant des années, nous restons des êtres humains.

Avec nos peurs.

Nos blessures.

Nos besoins.

Nos protections.

Nos contradictions.

Moi le premier.

Pendant longtemps, j’ai pu parler de l’amour comme d’un état naturel auquel il suffirait presque de se reconnecter.

Aujourd’hui, je vois les choses de manière plus concrète.

Lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment aimés, reconnus ou en sécurité à l’intérieur, nous avons naturellement tendance à chercher à l’extérieur ce qui nous manque.

Et c’est là que beaucoup de mécanismes relationnels commencent.

Quand l’extérieur devient chargé de nous rassurer

Nous pouvons attendre des autres qu’ils nous aiment suffisamment.

Qu’ils nous rassurent.

Qu’ils nous reconnaissent.

Qu’ils nous valident.

Qu’ils nous choisissent.

Qu’ils restent.

Qu’ils nous prouvent que nous avons de la valeur.

Et lorsque ces attentes ne sont pas remplies, nous pouvons souffrir.

Nous nous plaignons.

Nous accusons.

Nous nous refermons.

Nous cherchons un responsable.

Nous essayons de contrôler.

Nous nous mettons parfois en position de victime.

Ou au contraire, nous devenons agressifs, exigeants, dominateurs.

Ce ne sont pas toujours des comportements conscients.

Ce sont souvent des stratégies de protection.

Derrière elles, il y a parfois une question très simple :

« Est-ce que je peux me sentir suffisamment en sécurité si l’autre ne me donne pas ce que j’attends ? »

Tous les comportements toxiques ne viennent pas du même endroit

Dans mon ancien texte, j’expliquais que les comportements toxiques venaient de différents degrés de manque d’amour.

C’est une intuition intéressante, mais elle est trop large pour tout expliquer.

Certains comportements destructeurs peuvent venir de la peur.

D’autres du contrôle.

De l’apprentissage.

De mécanismes relationnels anciens.

De difficultés psychologiques.

D’une volonté de domination.

Ou de nombreuses autres causes.

Je préfère donc éviter de réduire chaque comportement difficile à un simple « manque d’amour ».

En revanche, il reste pertinent de se demander :

qu’est-ce que je suis en train d’essayer d’obtenir de l’autre que je n’arrive pas à me donner moi-même ?

Cette question peut être extrêmement révélatrice.

Pointer du doigt n’aide pas toujours à comprendre

Lorsque quelqu’un nous dérange, notre premier réflexe peut être de le juger.

« Il est toxique. »

« Elle est égoïste. »

« Il est manipulateur. »

« Elle ne pense qu’à elle. »

Parfois, ces mots servent à nommer une réalité.

Il faut savoir reconnaître un comportement irrespectueux, poser des limites et se protéger si nécessaire.

Mais le jugement devient moins utile lorsqu’il nous empêche de voir ce qui se passe en nous.

Pourquoi cette personne prend-elle autant de place dans mon esprit ?

Pourquoi est-ce que son comportement me déstabilise autant ?

Pourquoi est-ce que je reste dans cette relation ?

Pourquoi ai-je besoin qu’elle change pour me sentir mieux ?

Ces questions ne transfèrent pas la responsabilité du comportement de l’autre vers nous.

Elles nous redonnent simplement notre part de pouvoir.

La sécurité intérieure ne consiste pas à tout accepter avec amour

C’est une nuance essentielle.

Aimer ne signifie pas tout tolérer.

Nous pouvons comprendre qu’une personne souffre sans accepter qu’elle nous fasse souffrir.

Nous pouvons avoir de la compassion tout en disant non.

Nous pouvons voir l’humanité de quelqu’un et décider de prendre de la distance.

Nous pouvons ne pas entrer dans la haine sans rester prisonnier d’une situation.

C’est là que la sécurité intérieure devient beaucoup plus solide qu’une simple injonction à « mettre de l’amour partout ».

Elle nous permet de rester nous-mêmes tout en posant une limite.

Sans culpabilité.

Sans avoir besoin de détruire l’autre pour justifier notre décision.

Ce que nous donnons influence aussi ce que nous devenons

J’aime toujours l’idée que ce à quoi nous donnons notre attention prend davantage de place dans notre expérience.

Si je passe ma journée à nourrir ma colère, ma journée sera forcément colorée par cette colère.

Si je passe plusieurs heures à suivre des conflits, des polémiques et des agressions, cela influencera mon état intérieur.

À l’inverse, si je nourris volontairement la gratitude, la création, la relation, l’apprentissage ou la nature, cela changera aussi la manière dont je vis ma journée.

Ce n’est pas une loi magique selon laquelle penser à l’amour supprimerait automatiquement la guerre.

Mais notre attention est une ressource.

Et nous pouvons choisir une partie de ce que nous en faisons.

Sur le collectif, notre part existe aussi

Nous n’avons pas individuellement le pouvoir de régler tous les problèmes de l’humanité.

Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui arrive dans le monde.

Mais nous pouvons être responsables de notre contribution.

Qu’est-ce que je relaie ?

Qu’est-ce que je commente ?

Quel type de discours est-ce que je nourris ?

Est-ce que je cherche systématiquement un ennemi ?

Est-ce que je transforme chaque désaccord en affrontement ?

Ou est-ce que j’essaie, autant que possible, de ne pas ajouter inutilement de violence à la violence ?

Cette responsabilité-là est réelle.

Et elle commence dans les petites interactions du quotidien.

Chercher la lumière sans nier l’ombre

Pendant longtemps, j’ai beaucoup parlé de « mettre le focus sur la lumière ».

Je continue d’aimer cette expression.

Mais elle ne doit pas devenir une manière de nier ce qui fait mal.

Chercher la lumière ne signifie pas faire semblant que tout va bien.

Cela signifie refuser de laisser une difficulté devenir l’unique chose que nous voyons.

Je peux reconnaître la colère et ne pas vivre uniquement dans la colère.

Je peux reconnaître une injustice sans consacrer tout mon espace intérieur à la haine.

Je peux reconnaître une souffrance sans construire toute mon identité autour d’elle.

La lumière ne demande pas de supprimer l’ombre.

Elle permet simplement de ne pas lui abandonner toute la pièce.

Et si la responsabilité commençait ici ?

Pas dans l’idée que nous aurions créé tout ce qui nous arrive.

Pas dans la culpabilité.

Mais dans une question beaucoup plus simple :

qu’est-ce que je choisis de nourrir maintenant ?

Ma peur ?

Mon besoin d’avoir raison ?

Mon ressentiment ?

Mon besoin d’être reconnu ?

Ou ma capacité à rester suffisamment stable pour répondre autrement ?

La sécurité intérieure ne consiste pas à devenir parfaitement aimant à chaque instant.

Elle consiste à repérer plus vite le moment où une ancienne protection prend le dessus, et à retrouver un peu de choix.

Je peux sentir la colère sans forcément la transmettre.

Je peux ressentir le manque sans exiger immédiatement que quelqu’un le remplisse.

Je peux être blessé sans devenir blessant.

Et peut-être que c’est déjà là une manière très concrète de mettre davantage d’amour dans le monde.

Pas en prétendant être « lumière ».

Mais en prenant la responsabilité de ce que nous faisons de ce qui nous traverse.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction