Qu’est ce que la fuite
Pourquoi cherchons-nous autant à fuir ce que nous ressentons ?
Il y a quelque chose que j’observe régulièrement chez l’être humain, et que j’ai moi-même beaucoup pratiqué : dès qu’un ressenti devient inconfortable, nous cherchons rapidement quelque chose à faire pour ne plus le ressentir.
Une cigarette.
Quelque chose à manger.
Du travail.
De la musique.
Les réseaux sociaux.
Une relation.
Du sexe.
Du sport.
Une série.
Finalement, peu importe l’activité.
Certaines sont excellentes pour nous et d’autres beaucoup moins. Ce n’est donc pas l’activité elle-même qui m’intéresse, mais l’endroit intérieur depuis lequel nous allons la chercher.
Est-ce que j’en ai réellement envie ?
Ou est-ce que je suis en train d’essayer de ne plus ressentir quelque chose ?
C’est là que commence la fuite.
Nous sommes devenus extrêmement doués pour faire
Notre société valorise énormément l’action.
Produire, travailler, avancer, optimiser, remplir son agenda, atteindre des objectifs.
Et progressivement, nous pouvons finir par devenir ce que j’appelais déjà à l’époque des « faire humains » plutôt que des êtres humains.
Parce qu’être demande parfois exactement le contraire.
Ne rien faire.
S’asseoir.
Se taire.
Ressentir.
Et ça peut être beaucoup plus inconfortable que de remplir son agenda.
Essayez simplement de vous asseoir quelques minutes sans téléphone, sans musique, sans télévision, sans livre, sans personne à qui parler et sans chercher à obtenir quoi que ce soit de particulier.
Que se passe-t-il à l’intérieur ?
Pour certaines personnes, le silence devient rapidement inconfortable.
Parce que lorsque le bruit extérieur disparaît, nous commençons à entendre ce qui se passe dedans.
Et si nous arrêtions immédiatement de vouloir supprimer l’inconfort ?
Nous avons appris à considérer certaines émotions comme désirables et d’autres comme indésirables.
La joie, oui.
La tristesse, non.
La sérénité, oui.
La colère, non.
La confiance, oui.
La peur, surtout pas.
Alors lorsque quelque chose d’inconfortable apparaît, notre premier réflexe peut être de vouloir le faire disparaître.
Pourtant, une émotion désagréable n’est pas nécessairement notre ennemie.
Elle peut aussi être une information.
Quelque chose vient d’être touché en moi.
Qu’est-ce que c’est ?
Je peux évidemment chercher immédiatement une explication intellectuelle et repartir dans mon mental.
Mais je peux aussi commencer beaucoup plus simplement :
qu’est-ce que je ressens ici et maintenant ?
Sans chercher immédiatement à réparer.
Sans juger.
Sans essayer de devenir quelqu’un de plus spirituel, plus positif ou plus évolué.
Simplement ressentir ce qui est là.
La sécurité intérieure commence peut-être ici
Pendant longtemps, j’ai beaucoup parlé de vibrations, de fréquences énergétiques, de loi d’attraction et de ce que nous matérialisons dans notre environnement.
Cette grille de lecture fait toujours partie de mon parcours.
Mais aujourd’hui, une question me semble encore plus fondamentale :
Suis-je suffisamment en sécurité à l’intérieur de moi pour rester présent lorsque ce que je ressens devient inconfortable ?
Parce que nous pouvons vouloir changer notre travail, notre couple, notre maison, notre situation financière ou notre environnement entier…
Si chaque inconfort intérieur déclenche immédiatement une fuite, nous risquons simplement de transporter notre fonctionnement avec nous.
Nous changeons le décor sans nécessairement changer notre manière d’habiter le décor.
Notre ego veut nous protéger
Je ne considère plus l’ego comme cet ennemi qu’il faudrait absolument combattre.
Sa logique est finalement assez compréhensible.
Il cherche le connu.
Il cherche à éviter la souffrance.
Il veut retrouver rapidement quelque chose qui ressemble à de la sécurité.
Alors il nous souffle :
« Fais quelque chose. »
« Mange quelque chose. »
« Appelle quelqu’un. »
« Travaille. »
« Regarde ton téléphone. »
« Pense à demain. »
« Quand tu auras ceci, tu iras mieux. »
Et parfois, nous obéissons tellement rapidement que nous ne savons même plus ce que nous étions en train de ressentir quelques secondes auparavant.
La protection a fonctionné.
Mais l’information est passée à la trappe.
Le corps aussi mérite d’être écouté
Notre corps peut également nous signaler que quelque chose mérite notre attention : fatigue, tension, agitation, boule au ventre, accélération du rythme cardiaque ou autres sensations physiques.
Cela ne signifie pas qu’une douleur ou une maladie serait nécessairement provoquée par une émotion que nous aurions refusé de vivre. Les causes d’un symptôme physique peuvent être nombreuses et une souffrance persistante mérite évidemment une évaluation médicale.
Mais consulter un professionnel de santé ne nous interdit pas de nous interroger également sur notre rythme de vie, notre stress, notre sommeil, nos relations et ce que nous ressentons.
Les deux ne s’opposent pas.
Prendre soin de soi, c’est aussi arrêter de vouloir réduire l’être humain à une seule explication.
Ressentir avant d’agir
C’est peut-être finalement cela que j’ai envie de retenir.
Lorsque quelque chose devient inconfortable, je n’ai pas nécessairement besoin de modifier immédiatement mon environnement.
Je peux commencer par quelques instants de présence.
Qu’est-ce que je ressens ?
Où est-ce que je le ressens ?
Est-ce que je peux rester quelques secondes avec cela sans chercher immédiatement à le supprimer ?
Et ensuite seulement :
qu’est-ce que j’ai réellement envie de faire ?
L’action n’est plus nécessairement une fuite.
Elle peut devenir un choix.
Et pour moi, c’est une différence considérable.
La sécurité intérieure n’est pas l’absence de peur, de colère, de tristesse ou d’inconfort.
C’est progressivement développer la capacité de ne plus avoir besoin de courir systématiquement ailleurs dès que quelque chose devient inconfortable à l’intérieur.
Parce qu’avant de vouloir transformer ce que nous vivons, il peut être intéressant d’apprendre à rester présent à ce qui est déjà là.
Nous sommes #TousFormidable.












