Comment savoir si vous portez un masque ?
Quel masque portez-vous pour être aimé ?
Je ne parle évidemment pas ici du masque que nous avons appris à connaître pendant la période du Covid.
Je parle d’un masque beaucoup plus discret.
Un masque invisible que nous pouvons porter pendant des années sans même nous rendre compte qu’il est là.
Celui qui consiste à créer une version de nous-mêmes destinée à plaire aux autres.
Nous sourions alors que nous avons envie de dire non.
Nous acceptons alors que quelque chose nous dérange.
Nous taisons une émotion pour ne pas paraître fragile.
Nous faisons plaisir en espérant secrètement recevoir quelque chose en retour.
Nous évitons une conversation parce que nous avons peur de décevoir.
Pourquoi ?
Très souvent parce que derrière ce masque se cache une peur fondamentale :
« Si je montre réellement qui je suis, est-ce que l’on va encore m’aimer ? »
Et derrière cette question se trouve, une nouvelle fois, celle de notre sécurité intérieure.
Le masque est d’abord une protection
Nous pourrions facilement considérer le masque comme quelque chose de faux ou d’hypocrite.
Mais ce serait oublier pourquoi nous l’avons construit.
Le masque est souvent une protection.
Très tôt, nous apprenons quels comportements nous permettent d’obtenir de l’attention, de la reconnaissance ou de l’affection.
L’enfant comprend rapidement ce qui plaît.
Il peut apprendre qu’il vaut mieux être sage.
Fort.
Drôle.
Performant.
Discret.
Serviable.
Et progressivement, certains comportements deviennent des stratégies pour conserver le lien avec les autres.
Le problème apparaît lorsque nous continuons à utiliser ces stratégies à l’âge adulte alors qu’elles nous empêchent désormais d’être pleinement nous-mêmes.
La frustration peut devenir un signal
J’écrivais autrefois :
« À partir du moment où vous êtes frustré, vous portez un masque. »
Je nuancerais cette affirmation, car la frustration peut évidemment avoir de nombreuses causes.
Mais elle peut effectivement devenir un signal intéressant.
Imaginez que vous acceptiez continuellement de rendre service à quelqu’un alors que vous n’en avez plus envie.
Vous dites oui.
Vous souriez.
Vous rendez service.
Puis, intérieurement, vous êtes en colère.
« Il profite toujours de moi. »
Mais avez-vous exprimé votre limite ?
Peut-être que votre frustration révèle précisément l’écart entre ce que vous ressentez et ce que vous montrez.
Et cet écart peut devenir épuisant.
Lorsque notre valeur dépend du regard des autres
Nous sommes profondément influencés par notre environnement relationnel.
Si plusieurs personnes importantes nous répètent continuellement que nous sommes incapables, inutiles ou « bons à rien », ces paroles peuvent finir par influencer la représentation que nous avons de nous-mêmes.
Cela ne signifie pas qu’elles deviennent automatiquement vraies.
Mais lorsque nous les intégrons comme des croyances, elles peuvent modifier notre comportement.
« Je suis nul. »
Alors je n’ose plus.
Je ne tente pas.
Je renonce rapidement.
Et mes résultats finissent parfois par renforcer la croyance initiale.
À l’inverse, être entouré de personnes qui nous encouragent, reconnaissent nos capacités et nous permettent d’expérimenter peut faciliter le développement de notre confiance.
Notre entourage ne détermine pas entièrement qui nous sommes.
Mais il peut fortement influencer l’espace que nous nous autorisons à prendre.
La sécurité intérieure permet de ne plus dépendre entièrement de l’approbation
S’entourer de personnes bienveillantes est précieux.
Mais notre objectif ne peut pas être de remplacer une dépendance par une autre.
Si je ne peux croire en moi que lorsque trois personnes me disent que je suis formidable, ma sécurité reste encore à l’extérieur.
Le véritable changement arrive lorsque je peux entendre :
« Je ne suis pas d’accord avec toi »,
sans immédiatement comprendre :
« Je ne t’aime plus. »
Lorsque je peux décevoir quelqu’un sans croire que je suis une mauvaise personne.
Lorsque je peux dire non sans devoir fournir quinze minutes d’explications.
Lorsque je peux montrer une émotion sans considérer que je perds ma valeur.
C’est cela que permet progressivement la sécurité intérieure.
Je peux rester moi-même même lorsque je ne plais pas à tout le monde.
Être authentique ne signifie pas tout dire
Attention cependant à un autre piège.
Enlever son masque ne signifie pas dire brutalement tout ce qui nous traverse l’esprit.
« Moi, je suis authentique, donc je dis ce que je pense ! »
L’authenticité n’exclut ni le respect ni le discernement.
Je peux être sincère sans blesser volontairement.
Je peux choisir de ne pas exprimer immédiatement une pensée parce que le moment n’est pas approprié.
Je peux adapter ma manière de communiquer sans trahir qui je suis.
La question est plutôt :
Est-ce que je me tais par choix conscient ou par peur ?
Cette différence est essentielle.
Nos actes racontent parfois autre chose que nos paroles
Nous pouvons également répéter chaque matin devant un miroir :
« Je m’aime. »
Mais qu’est-ce que notre quotidien raconte ?
Est-ce que je respecte mes limites ?
Est-ce que je prends soin de mon corps ?
Est-ce que je m’accorde du repos ?
Est-ce que je reste continuellement dans des relations qui me détruisent ?
Est-ce que je m’interdis des projets uniquement par peur du jugement ?
Les affirmations positives peuvent être utiles pour certaines personnes, mais elles ne remplacent pas les comportements.
L’amour de soi ne se résume pas à une phrase.
Il se manifeste aussi dans nos décisions.
Et plus nos actions correspondent à nos valeurs, plus nous ressentons cette sensation d’alignement intérieur.
Donner sans contrat caché
Le masque apparaît également dans notre manière de donner.
Nous pouvons faire énormément pour les autres avec une attente silencieuse :
« Après tout ce que j’ai fait pour toi… »
Le problème est que l’autre n’a parfois jamais signé le contrat.
Nous avons donné en espérant recevoir de l’amour, de la reconnaissance ou de l’attention.
Puis nous sommes déçus.
Être davantage aligné consiste aussi à devenir plus clair avec soi-même.
Est-ce que j’ai réellement envie de donner ?
Si oui, je donne.
Si j’attends quelque chose en retour, peut-être dois-je simplement apprendre à exprimer mon besoin plutôt que de créer une dette invisible.
Retirer le masque progressivement
Si vous avez passé trente ans à vous adapter aux autres, vous ne retirerez probablement pas toutes vos protections en une journée.
Et ce n’est pas nécessaire.
Commencez par observer.
Dans quelles relations n’osez-vous pas être vous-même ?
À quels moments dites-vous oui alors que vous pensez non ?
Quelles émotions cachez-vous systématiquement ?
Qu’est-ce que vous aimeriez faire si vous n’aviez pas peur d’être jugé ?
Avec qui vous sentez-vous suffisamment en sécurité pour être naturel ?
Ces questions permettent de repérer les endroits où votre masque apparaît.
Puis, progressivement, expérimentez autre chose.
Un non.
Une limite.
Une opinion différente.
Une émotion exprimée.
Une décision prise pour vous.
Chaque petite expérience réussie renforce votre sécurité intérieure.
Vous découvrez que vous pouvez être davantage vous-même sans que le monde s’effondre.
Et parfois, certaines relations changeront.
Parce que lorsque nous cessons de jouer un personnage, les personnes qui appréciaient uniquement ce personnage peuvent ne plus nous reconnaître.
Mais d’autres relations deviennent beaucoup plus profondes.
Parce que cette fois, c’est réellement vous qui êtes dans la relation.
Qui choisissez-vous d’être aujourd’hui ?
Nous avons besoin des autres.
Nous nous construisons aussi dans la relation.
Mais nous ne sommes pas obligés de passer notre vie à devenir ce que nous imaginons que les autres attendent de nous.
La sécurité intérieure nous donne progressivement la possibilité de nous montrer avec davantage d’authenticité.
Pas parfait.
Pas toujours fort.
Pas toujours d’accord.
Pas toujours disponible.
Simplement aligné autant que possible entre ce que nous ressentons, ce que nous pensons, ce que nous disons et ce que nous faisons.
Alors posez-vous cette question :
Quelle partie de moi est-ce que je cache encore aujourd’hui uniquement par peur de ne plus être aimé ?
Peut-être est-ce précisément là que votre prochain masque attend d’être retiré.
Parce qu’être soi ne garantit pas de plaire à tout le monde.
Mais passer sa vie à plaire à tout le monde peut nous empêcher de savoir qui nous sommes.
Et c’est à nous de choisir qui nous voulons être, à chaque instant.
Parce que nous sommes #TousFormidable.












