Comment lâcher prise ?
Comment lâcher prise quand notre mental refuse de lâcher ?
« Il faut que tu lâches prise. »
Cette phrase, nous l’avons probablement tous entendue un jour.
Quand nous traversons une période compliquée, quand nous attendons une réponse, quand une relation nous préoccupe, quand nous ne savons pas comment une situation va évoluer, quelqu’un finit souvent par nous donner ce merveilleux conseil :
« Lâche prise. »
Merci.
Mais comment fait-on ?
Parce que le lâcher-prise est extrêmement facile à comprendre intellectuellement et beaucoup plus compliqué à vivre lorsque notre sécurité intérieure est malmenée.
Je me revois moi-même, il y a quelques années, avec mon mental qui tournait en boucle :
« Il faut que je lâche prise. »
« Allez, je lâche prise. »
« Cette fois, c’est bon, je n’y pense plus. »
Et quelques minutes plus tard…
J’y pensais encore.
Finalement, plus je voulais lâcher prise, plus je vérifiais intérieurement si j’avais réussi à lâcher prise.
Et donc moins je lâchais.
On ne lâche pas prise en se forçant à lâcher prise
C’est probablement le premier paradoxe à comprendre.
Si vous faites du lâcher-prise un nouvel objectif à atteindre, votre mental peut immédiatement s’en emparer.
Il va mesurer.
Analyser.
Contrôler.
« Est-ce que j’ai suffisamment lâché ? »
« Pourquoi est-ce que j’y pense encore ? »
« Est-ce normal que j’aie toujours peur ? »
« Combien de temps ça va prendre ? »
Et nous voilà repartis.
Le problème n’est alors plus uniquement la situation initiale.
Nous ajoutons une deuxième difficulté : nous nous reprochons de ne pas réussir à lâcher cette situation.
Pourquoi avons-nous autant de mal à lâcher ?
Parce que derrière notre besoin de contrôle se cache souvent un besoin de sécurité.
Prenons une situation très simple.
Vous attendez une réponse importante.
Vous avez envoyé un message.
Pas de réponse.
Vous regardez votre téléphone.
Toujours rien.
Quelques minutes plus tard, vous regardez encore.
Vous commencez à interpréter.
Pourquoi ne répond-il pas ?
Est-ce mauvais signe ?
Est-ce que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
Vous ouvrez à nouveau votre téléphone.
Toujours rien.
Vous savez parfaitement que regarder l’écran toutes les trois minutes ne fera pas arriver la réponse plus rapidement.
Pourtant, vous continuez.
Pourquoi ?
Parce que votre cerveau cherche à réduire l’incertitude.
Et l’incertitude peut être très inconfortable lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité intérieurement.
Le véritable sujet n’est peut-être pas le lâcher-prise
Nous pourrions donc retourner complètement la question.
Au lieu de nous demander :
« Comment réussir à lâcher prise ? »
Nous pourrions nous demander :
« Qu’est-ce qui m’empêche de me sentir en sécurité si je ne contrôle pas cette situation ? »
La nuance est considérable.
Pourquoi ai-je absolument besoin de cette réponse ?
Qu’est-ce que je crains si elle n’arrive pas ?
Pourquoi ai-je besoin de savoir maintenant ?
Qu’est-ce que j’imagine lorsque je ne sais pas ?
Qu’est-ce que j’essaie de protéger ?
Le contrôle n’est alors plus considéré comme un défaut.
Il devient une stratégie de protection.
Et derrière cette stratégie se trouve souvent une peur.
Demander de l’aide… puis arrêter de chercher la réponse
Dans ma vision plus spirituelle de l’époque, je proposais de demander une fois pour toutes à son « SOI supérieur » de nous aider à lâcher prise, puis d’oublier la demande.
Si cette représentation spirituelle vous parle, vous pouvez évidemment continuer à l’utiliser.
Vous pouvez appeler cela votre Soi supérieur, l’Univers, Dieu, vos guides, la vie…
Ou ne rien appeler du tout.
L’idée essentielle derrière cette pratique reste intéressante :
formuler ce qui nous préoccupe, puis accepter que nous n’avons pas besoin de continuer à le travailler mentalement chaque minute.
J’ai posé ma question.
J’ai fait ce que je pouvais faire.
Maintenant, je retourne vivre.
Et c’est probablement là que commence réellement le lâcher-prise.
Pour oublier, il faut parfois simplement recommencer à vivre
Quand quelque chose nous préoccupe énormément, notre monde peut progressivement se rétrécir autour de cette seule question.
Nous ne voyons plus qu’elle.
Le couple.
Le travail.
L’argent.
Le résultat médical.
Le projet.
La réponse que nous attendons.
La décision que quelqu’un doit prendre.
Notre attention revient continuellement au même endroit.
Et si, pendant quelques heures, nous arrêtions simplement de chercher une solution ?
Pas pour fuir le problème.
Mais parce que nous avons également une vie autour de ce problème.
Demandez-vous :
Ici et maintenant, avec ce que j’ai et ce que je suis, qu’est-ce qui pourrait me faire du bien ?
Marcher.
Courir.
Prendre un café avec quelqu’un.
Cuisiner.
Jardiner.
Faire du vélo.
Écouter de la musique.
Aller dans la nature.
Jouer avec ses enfants.
Prendre une douche.
Lire.
Dormir.
Ranger quelque chose.
Créer.
La réponse importe finalement assez peu.
Ce qui compte est de revenir dans une expérience réelle plutôt que de rester prisonnier d’une simulation mentale du futur.
Le corps peut aider lorsque la tête tourne en boucle
J’ai toujours beaucoup utilisé l’activité physique pour cela.
Lorsque le « petit hamster » commence à courir dans sa roue, remettre le corps en mouvement peut aider à déplacer notre attention.
Il ne s’agit pas de courir pour fuir nos émotions.
Il s’agit de revenir au corps.
Sentir ses jambes.
Sa respiration.
Le sol sous ses pieds.
La température.
Les odeurs.
Les sons.
Le paysage.
Nous quittons momentanément le scénario pour revenir à l’expérience.
Et ce retour dans le présent peut déjà modifier profondément notre état intérieur.
Attention cependant à ne pas transformer le lâcher-prise en fuite
Il existe une nuance importante.
Faire du sport toute la journée pour ne jamais penser à un problème n’est pas nécessairement lâcher prise.
Sortir tous les soirs pour ne jamais rester seul avec soi-même non plus.
Travailler quinze heures par jour pour éviter une difficulté personnelle encore moins.
Le lâcher-prise n’est pas l’évitement.
Nous pouvons reconnaître qu’un problème existe, faire ce qui dépend réellement de nous, puis accepter qu’une partie de la suite ne nous appartient pas.
C’est très différent.
Faire la différence entre action et contrôle
Lorsque quelque chose vous préoccupe, une question peut être particulièrement utile :
« Qu’est-ce qui dépend réellement de moi maintenant ? »
Si quelque chose dépend de vous, agissez.
Vous devez passer un appel ? Passez-le.
Vous devez envoyer un dossier ? Envoyez-le.
Vous devez avoir une conversation ? Préparez-la.
Vous devez prendre une décision ? Prenez le temps nécessaire pour la prendre.
Mais lorsque votre part est terminée, continuer à y penser n’est plus de l’action.
C’est du contrôle mental.
Et le contrôle mental donne parfois l’impression que nous faisons quelque chose alors que nous ne faisons que répéter le même scénario intérieurement.
Lâcher prise, c’est aussi accepter de ne pas savoir
C’est probablement l’une des dimensions les plus profondes de la sécurité intérieure.
Pouvoir dire :
« Je ne sais pas encore. »
Et continuer à vivre.
Je ne sais pas si cette personne va répondre.
Je ne sais pas si ce projet fonctionnera.
Je ne sais pas exactement où je serai dans six mois.
Je ne sais pas comment cette situation va se terminer.
Et malgré cette absence de réponse, ici et maintenant, je peux aller bien.
Voilà ce que change la sécurité intérieure.
Elle ne nous donne pas le contrôle sur l’avenir.
Elle diminue progressivement notre besoin d’avoir ce contrôle pour nous sentir bien dans le présent.
Vous n’avez pas besoin d’oublier vos objectifs
Dans mon ancien texte, je conseillais d’oublier les objectifs et même le travail.
Je nuancerais aujourd’hui.
Avoir un objectif peut être très structurant.
Le problème apparaît lorsque notre bien-être dépend entièrement de sa réalisation.
Je peux vouloir quelque chose très fort et continuer à vivre avant de l’avoir obtenu.
Je peux construire un projet sans vérifier chaque jour s’il est suffisamment avancé.
Je peux désirer une relation sans considérer ma vie comme incomplète tant que je suis célibataire.
Je peux vouloir gagner davantage sans passer mes journées dans la peur du manque.
Je peux avoir une direction sans transformer cette direction en obsession.
Le lâcher-prise naît de la sécurité intérieure
Finalement, je ne crois pas que nous apprenions réellement à lâcher prise en répétant :
« Je lâche prise. »
Nous lâchons progressivement lorsque nous découvrons que nous sommes capables de vivre même lorsque nous ne savons pas.
Lorsque nous n’avons pas la réponse.
Lorsque nous ne contrôlons pas l’autre.
Lorsque tout n’est pas encore réglé.
Lorsque l’avenir reste incertain.
Nous faisons ce qui dépend de nous.
Puis nous revenons dans notre vie.
Nous bougeons.
Nous respirons.
Nous rencontrons.
Nous aimons.
Nous créons.
Nous nous reposons.
Et parfois, sans même nous en rendre compte, quelque chose que nous tenions très fort depuis des jours commence à se desserrer.
C’est peut-être cela, finalement, le véritable lâcher-prise.
Non pas réussir à ne plus penser.
Mais ne plus avoir besoin que tout soit sous contrôle pour nous autoriser à vivre pleinement maintenant.
Nous sommes #TousFormidable.












