Les habitudes sont souvent néfastes
Nos habitudes construisent-elles notre vie… ou nous protègent-elles de nos peurs ?
Nous avons tous des habitudes.
Certaines nous font avancer. D’autres nous maintiennent exactement au même endroit depuis des années.
Se lever à une certaine heure, regarder son téléphone dès le réveil, faire du sport, boire un café, fumer une cigarette, manger quelque chose pour se réconforter, consulter les réseaux sociaux, repousser une tâche importante, travailler jusqu’à épuisement…
Une grande partie de notre quotidien est constituée de comportements que nous répétons presque automatiquement.
Une habitude peut être comprise comme un comportement répétitif associé, directement ou indirectement, à une forme de récompense. Et c’est précisément ce mécanisme de récompense qui la rend parfois si difficile à modifier.
Car notre cerveau ne cherche pas systématiquement ce qui sera le meilleur pour nous dans six mois, deux ans ou dix ans.
Il est également attiré par ce qui procure un bénéfice maintenant.
Et derrière cette recherche de satisfaction immédiate se cache parfois quelque chose de beaucoup plus profond : notre besoin de sécurité.
Le plaisir immédiat est souvent plus puissant que le bénéfice futur
Nous savons généralement ce qui serait bon pour nous.
Nous savons qu’une activité physique régulière peut être bénéfique. Nous savons qu’une alimentation équilibrée compte. Nous savons que passer des heures sur les réseaux sociaux ne nous rapproche pas nécessairement de nos objectifs.
Et pourtant, savoir ne suffit pas.
Pourquoi ?
Parce qu’entre une récompense disponible immédiatement et une récompense hypothétique située plusieurs mois dans le futur, notre fonctionnement humain peut naturellement privilégier la première.
Faire du sport aujourd’hui pour obtenir des bénéfices dans quelques mois demande davantage d’effort que de rester confortablement installé.
Développer un projet professionnel pendant plusieurs années demande davantage d’engagement que de chercher une petite gratification immédiate.
Changer profondément sa manière de vivre demande davantage d’inconfort que de reproduire ce que nous connaissons déjà.
C’est là que la notion de sécurité intérieure devient particulièrement intéressante.
Certaines mauvaises habitudes sont aussi des protections
Prenons un exemple très simple.
Vous ouvrez les yeux le matin et, avant même d’avoir posé les pieds par terre, votre main cherche votre téléphone.
Facebook. Instagram. Les messages. Les notifications.
Quelqu’un m’a-t-il écrit ?
Quelqu’un a-t-il aimé ma publication ?
Que s’est-il passé pendant que je dormais ?
Ce comportement peut sembler anodin. Pourtant, il peut parfois répondre à un besoin beaucoup plus profond : recevoir une stimulation, une reconnaissance, une information ou une preuve que nous existons dans le regard des autres.
La même logique peut se retrouver dans de nombreux comportements.
Une cigarette peut devenir un rituel permettant de faire redescendre momentanément une tension.
La nourriture peut apporter du réconfort.
Les achats peuvent procurer quelques minutes d’excitation.
Les réseaux sociaux peuvent remplir un vide.
La procrastination peut nous éviter momentanément la peur d’échouer.
Même le fait de travailler sans arrêt peut devenir une habitude permettant d’éviter de se retrouver face à soi-même.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque comportement cache nécessairement un problème psychologique. Mais lorsque nous répétons quelque chose que nous aimerions arrêter sans parvenir à le faire durablement, il peut être intéressant de dépasser la simple question de la volonté.
Pourquoi est-il si difficile de changer ?
Nous entendons souvent qu’il suffit d’être discipliné.
Je trouve cette vision très limitée.
Bien sûr, la discipline est utile. Les sportifs de haut niveau, les entrepreneurs, les artistes ou toutes les personnes engagées dans une pratique exigeante savent à quel point la répétition compte.
Mais lorsqu’une habitude remplit une fonction de sécurité, essayer uniquement de la supprimer peut créer une lutte intérieure.
Une partie de nous dit :
« Je dois arrêter. »
Et une autre répond :
« J’en ai besoin. »
C’est cette deuxième partie qu’il est intéressant d’écouter.
Non pas pour lui obéir systématiquement, mais pour comprendre ce qu’elle cherche à obtenir ou à éviter.
Quelle récompense cette habitude m’apporte-t-elle réellement ?
Du plaisir ?
Du réconfort ?
De la reconnaissance ?
Une diminution du stress ?
Une manière d’éviter l’ennui ?
Une façon de ne pas affronter une décision ?
Une protection contre la peur d’échouer ?
Lorsque nous identifions le bénéfice caché derrière un comportement, nous pouvons commencer à travailler sur sa véritable origine plutôt que de nous battre uniquement contre sa manifestation.
La sécurité intérieure permet de choisir plutôt que de subir
Pour moi, développer sa sécurité intérieure consiste notamment à augmenter notre capacité à traverser l’inconfort sans chercher immédiatement quelque chose à l’extérieur pour le faire disparaître.
Je peux ressentir de l’ennui sans prendre automatiquement mon téléphone.
Je peux vivre une frustration sans avoir immédiatement besoin de la compenser.
Je peux avoir peur d’échouer et néanmoins commencer.
Je peux ne pas recevoir de reconnaissance extérieure aujourd’hui sans remettre toute ma valeur en question.
Je peux traverser quelques minutes d’inconfort parce que je sais pourquoi je fais ce choix.
Petit à petit, nous passons alors d’un fonctionnement automatique à un fonctionnement plus conscient.
Nous ne cherchons plus uniquement à supprimer une « mauvaise habitude ».
Nous construisons suffisamment de stabilité intérieure pour ne plus avoir besoin d’elle de la même manière.
Vos habitudes d’aujourd’hui préparent votre vie de demain
Il existe une phrase que je trouve particulièrement importante :
Ce sont les habitudes d’hier qui font en partie la personne que nous sommes aujourd’hui.
Notre condition physique, nos compétences, certaines de nos relations, notre situation professionnelle ou encore notre manière de penser sont influencées par des milliers de petites actions répétées au fil du temps.
Et cela signifie également quelque chose de beaucoup plus encourageant :
Ce sont les habitudes d’aujourd’hui qui participent à construire la personne que nous serons demain.
Nous n’avons donc pas besoin de transformer toute notre existence lundi matin.
Nous pouvons commencer beaucoup plus simplement.
Observer une habitude.
Comprendre ce qu’elle nous apporte.
Identifier ce que nous cherchons réellement derrière elle.
Puis apprendre progressivement à satisfaire ce besoin autrement, depuis un endroit intérieur plus stable.
Car derrière certaines habitudes que nous qualifions trop rapidement de « mauvaises » se cache peut-être simplement une partie de nous qui cherche à se sentir rassurée.
La véritable transformation commence alors par une question :
Cette habitude construit-elle encore la vie que je souhaite… ou me permet-elle simplement d’éviter momentanément ce qui me fait peur ?












