Avancer par envie ou par peur
Vivre par envie plutôt que par peur : le chemin vers la sécurité intérieure
Une grande partie de nos décisions quotidiennes est influencée par la peur.
Peur de manquer d’argent.
Peur de ne pas y arriver.
Peur de tomber malade.
Peur de rester seul.
Peur de perdre quelqu’un.
Peur de décevoir.
Peur de ne pas être aimé.
Et une peur particulièrement puissante : la peur du regard des autres.
Ces peurs sont humaines. Il ne s’agit pas de les combattre ni de prétendre qu’il serait possible de vivre sans elles.
La question qui m’intéresse aujourd’hui est différente :
quelle place leur donnons-nous au moment de prendre nos décisions ?
Parce qu’il existe une différence considérable entre ressentir une peur et laisser cette peur organiser notre existence.
Combien de décisions prenons-nous pour ne pas déplaire ?
Prenons quelque chose de très simple.
Vous avez envie de porter une tenue particulière.
Puis une pensée apparaît :
« Qu’est-ce que les autres vont penser ? »
Alors vous changez de tenue.
Vous aimez vous coucher à 20 heures parce que vous êtes naturellement du matin.
Mais vos amis vous proposent une soirée et vous n’osez pas dire que vous préféreriez rentrer tôt.
« Ils vont se moquer de moi. »
Alors vous restez jusqu’à minuit.
Pris séparément, ces exemples semblent insignifiants.
Mais répétez ce mécanisme pendant vingt ans.
Choisir ce que les autres préfèrent.
Dire oui alors que nous pensions non.
Nous habiller pour ne pas être jugés.
Travailler dans un domaine valorisé plutôt que dans celui qui nous attire.
Rester dans certaines relations pour ne pas décevoir.
Cacher certaines opinions.
Minimiser certains rêves.
Petit à petit, une distance peut apparaître entre la personne que nous montrons et celle que nous sommes.
Nous apprenons très tôt à nous adapter
Cette peur du jugement ne sort pas de nulle part.
Depuis l’enfance, nous apprenons que certains comportements favorisent l’appartenance au groupe.
Nous découvrons ce qui est bien vu.
Ce qui est mal vu.
Ce qui plaît.
Ce qui dérange.
Ce qui provoque des félicitations.
Ce qui entraîne une réprimande.
Cette capacité d’adaptation est indispensable à la vie sociale.
Nous ne pouvons pas vivre ensemble sans règles, limites et ajustements.
Le problème commence lorsque l’adaptation devient tellement importante que nous ne savons plus ce que nous aurions choisi spontanément.
Nous pouvons alors construire une vie parfaitement acceptable extérieurement tout en ressentant intérieurement une frustration difficile à expliquer.
La peur n’est pas le problème
J’ai longtemps parlé de « lâcher ses peurs ».
Aujourd’hui, je préfère parler d’une autre relation à la peur.
Parce qu’attendre de ne plus avoir peur avant d’agir peut devenir une nouvelle manière de rester immobile.
Vous voulez changer de travail ?
Vous aurez peut-être peur.
Vous voulez prendre la parole publiquement ?
Vous aurez peut-être peur.
Vous voulez poser une limite à quelqu’un ?
Vous aurez peut-être peur.
Vous voulez montrer une facette de vous que vous avez toujours cachée ?
La peur du jugement peut être très présente.
La sécurité intérieure ne consiste donc pas à éliminer toutes ces sensations.
Elle consiste à pouvoir se dire :
« J’ai peur, mais je ne suis pas obligé de laisser cette peur prendre la décision à ma place. »
Avancer « par envie de » plutôt que « par peur de »
C’est une distinction que je trouve toujours aussi importante.
Prenons deux personnes qui acceptent exactement le même travail.
La première pense :
« Ce projet m’intéresse. J’ai envie d’apprendre. Les conditions me conviennent. »
La seconde pense :
« Je déteste ce poste, mais je dois l’accepter parce que j’ai peur de ne jamais rien trouver d’autre. »
Même action.
Mais deux endroits intérieurs complètement différents.
Nous pouvons appliquer cette grille à beaucoup de décisions.
Est-ce que je reste dans cette relation par envie d’être avec cette personne, ou par peur d’être seul ?
Est-ce que j’aide cette personne par envie de l’aider, ou par peur qu’elle ne m’aime plus si je refuse ?
Est-ce que je travaille autant par envie de développer ce projet, ou par peur de manquer ?
Est-ce que je me tais par choix, ou par peur du jugement ?
La réponse n’est pas toujours évidente.
Mais la question mérite d’être posée.
Être soi ne signifie pas faire n’importe quoi
Il faut cependant apporter une nuance importante.
« Je suis moi-même » ne peut pas devenir une justification à tous nos comportements.
Nous vivons avec les autres.
Notre liberté s’accompagne de responsabilités.
Dire tout ce qui nous passe par la tête sans nous préoccuper des conséquences n’est pas nécessairement de l’authenticité.
Faire systématiquement ce dont nous avons envie non plus.
Certaines envies sont impulsives.
Certaines peuvent être destructrices pour nous ou pour les autres.
Être soi, tel que je le conçois aujourd’hui, consiste davantage à vivre en cohérence avec ses valeurs profondes sans construire continuellement ses choix autour de la peur de déplaire.
Je peux être authentique et respectueux.
Libre et responsable.
Direct sans être agressif.
Différent sans avoir besoin de rejeter ceux qui ne me ressemblent pas.
Le masque social finit parfois par devenir lourd
Nous portons tous des masques sociaux.
Et ce n’est pas nécessairement mauvais.
Nous ne nous comportons évidemment pas exactement de la même manière avec nos enfants, notre employeur, notre meilleur ami ou un inconnu.
Mais certains masques deviennent épuisants lorsqu’ils nous obligent continuellement à cacher ce qui compte pour nous.
À force de dire oui lorsque nous pensons non, la frustration augmente.
À force de chercher l’approbation, nous pouvons finir par développer du ressentiment envers ceux auxquels nous avons pourtant choisi de nous adapter.
Et parfois nous leur reprochons :
« À cause de toi, je ne peux jamais faire ce que je veux. »
Alors qu’une autre question pourrait être posée :
« Pourquoi ai-je tellement peur de te déplaire que je n’ose pas exprimer ce que je veux ? »
Nous revenons encore à la sécurité intérieure.
S’affirmer comporte un risque
S’affirmer peut modifier notre environnement.
Certaines personnes nous apprécieront davantage.
D’autres moins.
Certaines relations deviendront plus profondes parce qu’elles seront enfin plus authentiques.
D’autres pourront s’éloigner.
Et c’est précisément ce risque qui nous retient souvent.
Nous voudrions parfois être totalement nous-mêmes tout en conservant exactement la même réaction de toutes les personnes autour de nous.
Ce n’est pas toujours possible.
Lorsque nous changeons notre manière d’être en relation, la relation change nécessairement.
Faut-il changer d’amis pour changer de vie ?
Pas systématiquement.
Notre entourage a néanmoins une influence considérable.
Certaines personnes encouragent notre autonomie.
Elles peuvent être en désaccord avec nous sans chercher à nous rabaisser.
Elles questionnent nos choix sans nous imposer les leurs.
D’autres relations fonctionnent davantage sur la conformité.
« Tu ne vas quand même pas faire ça ? »
« Qu’est-ce que les gens vont penser ? »
« Reste raisonnable. »
Il n’est pas nécessaire de supprimer immédiatement ces personnes de notre vie.
Mais nous pouvons apprendre à distinguer un conseil sincère d’une peur qui appartient à l’autre.
Quelqu’un peut avoir peur pour nous.
Nous pouvons écouter son inquiétude.
Puis décider malgré tout autrement.
Commencer par de toutes petites expériences
Vous n’avez pas besoin de révolutionner votre existence demain matin.
Observez simplement les petits moments où vous vous trahissez pour éviter un jugement.
Vous voulez dire non ?
Essayez de dire non.
Vous avez envie de rentrer plus tôt ?
Rentrez.
Vous aimez quelque chose que votre entourage trouve étrange ?
Assumez-le.
Vous avez une opinion différente ?
Exprimez-la lorsque le contexte le permet, sans chercher à convaincre tout le monde.
Puis observez.
Que se passe-t-il réellement ?
Le scénario catastrophique imaginé par votre mental se produit-il ?
Et s’il se produit partiellement, êtes-vous capable de le traverser ?
C’est ainsi que la sécurité intérieure peut se construire : par l’expérience répétée que nous pouvons être nous-mêmes et survivre au désaccord.
Vous n’avez pas besoin que tout le monde vous comprenne
C’est probablement l’une des grandes libertés à développer.
Certaines personnes ne comprendront jamais vos choix.
Parce qu’elles n’ont pas votre histoire.
Vos valeurs.
Vos besoins.
Vos aspirations.
Elles observent votre décision depuis leur propre monde intérieur.
Vous pouvez entendre leur point de vue sans leur donner automatiquement le pouvoir de décider pour vous.
C’est très différent de rejeter tous les conseils.
Parfois, quelqu’un voit quelque chose que nous ne voyons pas.
La sécurité intérieure permet justement d’écouter sans se soumettre.
Spiritualité et pouvoir intérieur
Dans ma propre vision, je continue à considérer l’être humain comme bien plus qu’un ensemble de comportements visibles.
La dimension spirituelle fait partie de ma lecture de l’existence.
Mais là encore, je préfère l’expérimentation aux certitudes imposées.
Lisez.
Explorez.
Expérimentez.
Observez ce qui vous aide réellement à devenir plus libre, plus responsable et plus conscient.
Une spiritualité qui vous apprend à dépendre continuellement d’une autorité extérieure ne développe pas nécessairement votre sécurité intérieure.
Une spiritualité qui vous permet de mieux vous connaître peut, au contraire, devenir une ressource.
Depuis quel endroit intérieur choisissez-vous votre vie ?
La prochaine fois que vous devez prendre une décision, essayez de ne pas chercher immédiatement la bonne réponse.
Demandez-vous d’abord :
Depuis quel endroit intérieur vais-je chercher cette réponse ?
La peur de manquer ?
La peur d’être seul ?
La peur de décevoir ?
La peur du jugement ?
Ou une envie profonde, cohérente avec mes valeurs et la personne que j’ai envie d’être ?
Vous pourrez toujours ressentir la peur.
Mais elle n’a pas nécessairement besoin de conduire.
C’est peut-être cela, finalement, devenir soi.
Non pas vivre sans peur.
Non pas faire tout ce que nous voulons sans tenir compte des autres.
Mais devenir suffisamment en sécurité à l’intérieur pour ne plus avoir besoin de nous abandonner nous-mêmes chaque fois que quelqu’un risque de ne pas approuver notre choix.
La liberté commence peut-être lorsque nous pouvons entendre « qu’est-ce que les gens vont penser ? » et nous demander enfin : « Et moi, qu’est-ce que j’en pense ? »
Nous sommes #TousFormidable.











