Pourquoi vous râlez ?
Quand le comportement des autres nous dérange : que dit-il vraiment de nous ?
Je vois régulièrement passer sur Facebook ce genre de publications :
« Mon client vient encore d’annuler au dernier moment. »
« Le plombier devait être là à 9 heures, il est 10 h 30 et toujours personne. »
« Mes voisins ont encore fait du bruit toute la nuit. »
Et derrière, parfois, une longue publication pour expliquer à quel point les gens sont irrespectueux, inconscients, égoïstes ou incapables de tenir leurs engagements.
Je comprends parfaitement l’agacement.
Un client qui annule au dernier moment peut désorganiser une journée.
Un artisan qui arrive avec deux heures de retard peut nous mettre dans une situation compliquée.
Des voisins bruyants peuvent réellement perturber notre sommeil.
Mais une question m’intéresse davantage que de savoir qui a tort ou raison :
qu’est-ce que le comportement de l’autre vient toucher en moi ?
C’est là que l’expérience extérieure peut devenir un formidable outil de connaissance de soi.
Tout ce qui nous arrive n’est pas de notre faute
J’ai longtemps eu une lecture beaucoup plus radicale de ces situations.
Je considérais que tout répondait à nos vibrations et que, par conséquent, absolument rien de ce qui se produisait dans notre environnement n’était dû au hasard.
Aujourd’hui, je préfère distinguer croyance spirituelle et responsabilité concrète.
Votre plombier peut être en retard parce que son intervention précédente a duré plus longtemps que prévu.
Votre client peut annuler parce que son enfant est malade.
Votre voisin peut faire du bruit parce qu’il manque simplement de considération.
Vous n’avez pas besoin d’avoir « vibré » quelque chose de particulier pour que ces événements existent.
En revanche, la manière dont ils viennent nous chercher intérieurement nous appartient.
Et c’est là que cela devient intéressant.
Pourquoi cette situation me dérange-t-elle autant ?
Deux personnes peuvent vivre exactement le même événement et réagir complètement différemment.
Un rendez-vous est annulé.
La première pense :
« Bon, j’ai une heure devant moi. Je vais en profiter pour faire autre chose. »
La seconde explose :
« Les gens ne respectent jamais rien ! J’en ai marre ! C’est toujours pareil ! »
L’événement est identique.
L’expérience intérieure ne l’est absolument pas.
Cela ne signifie pas que la deuxième personne a tort d’être contrariée.
Cela signifie simplement que l’annulation a probablement touché quelque chose de plus profond que l’annulation elle-même.
Peut-être un besoin de contrôle.
Une peur de perdre de l’argent.
Un sentiment de ne pas être respecté.
Une ancienne frustration.
Une difficulté avec l’imprévu.
C’est précisément ici que commence l’introspection.
L’autre comme miroir : une métaphore, pas une loi
J’aime beaucoup l’image du miroir.
Mais il faut, à mon sens, bien l’utiliser.
Dire :
« Si mon voisin est irrespectueux, c’est parce que je suis moi-même irrespectueux »
serait beaucoup trop simpliste.
Ce n’est pas nécessairement vrai.
En revanche :
« Pourquoi son comportement déclenche-t-il une émotion aussi forte chez moi ? »
Voilà une question beaucoup plus féconde.
L’autre peut devenir un miroir non parce qu’il serait nécessairement identique à nous, mais parce que notre réaction face à lui nous révèle quelque chose.
Une valeur.
Une peur.
Une blessure.
Une limite.
Un besoin.
Une attente.
La colère peut parfois nous renseigner sur une limite
Le travail sur soi ne consiste pas à devenir quelqu’un que plus rien ne dérange.
C’est une confusion que je rencontre régulièrement dans certaines approches spirituelles.
Vous avez parfaitement le droit d’être contrarié si quelqu’un ne respecte pas un engagement.
Vous avez le droit de trouver qu’un comportement n’est pas acceptable.
Vous avez le droit de poser une limite.
La question est de savoir ce que vous faites ensuite de cette émotion.
Prenons le voisin bruyant.
Vous pouvez passer trois heures à publier sur Facebook :
« Les gens n’ont vraiment plus aucun respect ! »
Ou vous pouvez observer votre colère et comprendre le message très concret qu’elle contient :
« J’ai besoin de calme pour dormir et cette limite n’est actuellement pas respectée. »
Vous pouvez alors agir.
Discuter.
Demander.
Chercher une solution.
Votre émotion devient une information plutôt qu’un carburant pour ruminer.
La sécurité intérieure change notre rapport aux imprévus
Plus nous avons besoin que l’environnement extérieur se déroule exactement comme prévu pour nous sentir bien, plus le moindre imprévu devient menaçant.
Le rendez-vous devait avoir lieu à 14 heures.
Il est annulé.
Notre planning intérieur s’effondre avec lui.
Pourquoi ?
Parce que nous avions parfois construit notre sécurité autour d’un scénario précis.
La sécurité intérieure permet progressivement une autre réaction :
« Je préférais que ce rendez-vous ait lieu. Il est annulé. Je suis contrarié. Maintenant, qu’est-ce que je fais avec la nouvelle réalité ? »
Nous ne nions pas notre émotion.
Nous ne prétendons pas que tout est merveilleux.
Nous nous adaptons.
Attention au piège du « tout est un message »
Lorsqu’on entre dans une démarche spirituelle, une autre tentation peut apparaître.
Chercher systématiquement une signification cachée.
Le plombier est en retard : quel message l’Univers essaie-t-il de m’envoyer ?
Mon client annule : qu’est-ce que mes vibrations ont créé ?
Ma voiture tombe en panne : qu’est-ce que la Vie veut me dire ?
Peut-être que certaines expériences auront pour vous une dimension symbolique.
Pourquoi pas.
Mais nous n’avons pas besoin de transformer chaque incident en énigme métaphysique.
Parfois, une voiture tombe simplement en panne.
Et il faut appeler le garage.
La spiritualité peut nous aider à donner du sens à notre existence sans nous obliger à inventer une explication cachée à chaque événement.
En revanche, notre réaction mérite presque toujours d’être observée
C’est ici que je trouve le travail beaucoup plus intéressant.
L’événement extérieur est ce qu’il est.
Mais qu’est-ce qu’il provoque ?
Prenons quelques exemples.
Un client annule et vous ressentez immédiatement une immense inquiétude financière.
Le sujet profond est peut-être moins le client que votre sécurité face à l’argent.
Quelqu’un critique votre travail et vous y pensez pendant trois jours.
La question peut être celle de votre besoin de reconnaissance.
Votre conjoint ne répond pas immédiatement à un message et votre mental imagine le pire.
Peut-être que quelque chose autour de l’abandon ou de la confiance mérite d’être exploré.
Une personne n’est pas d’accord avec vous et vous ressentez le besoin absolu de la convaincre.
Pourquoi son désaccord menace-t-il autant votre équilibre ?
Nous passons alors de :
« Pourquoi cette personne me fait-elle ça ? »
à :
« Pourquoi ce comportement possède-t-il autant de pouvoir sur mon état intérieur ? »
Se responsabiliser ne signifie pas excuser les autres
C’est une nuance essentielle.
Comprendre notre réaction ne signifie pas accepter tous les comportements.
Quelqu’un peut réellement manquer de respect.
Mentir.
Ne pas tenir ses engagements.
Dépasser une limite.
Nous pouvons le reconnaître clairement.
Développer notre sécurité intérieure ne signifie pas devenir passif ou tout accepter au nom d’une prétendue élévation spirituelle.
Au contraire.
Plus nous nous connaissons, plus nous pouvons poser des limites claires sans avoir besoin de transformer l’autre en ennemi.
« Ce comportement ne me convient pas. »
C’est différent de :
« Tu es une mauvaise personne. »
Nous pouvons juger un comportement sans réduire l’intégralité d’un être humain à ce comportement.
Critiquer ou agir ?
Il existe également une question très pragmatique :
est-ce que ce que je suis en train de faire améliore la situation ?
Râler pendant deux heures contre le plombier ne le fera pas arriver plus vite.
Insulter mentalement un client qui annule ne remplira pas l’agenda.
Ruminer toute la journée contre le voisin ne rendra pas nécessairement la prochaine nuit plus calme.
Cela ne veut pas dire qu’il faut tout garder en soi.
Mais une fois l’émotion accueillie, que pouvons-nous faire ?
Téléphoner.
Clarifier.
Modifier nos conditions d’annulation.
Poser une limite.
Changer de prestataire.
Parler au voisin.
Nous protéger.
Ou simplement accepter que certains événements ne méritent pas davantage de notre énergie.
Se couper momentanément du collectif pour revenir à soi
Les réseaux sociaux peuvent amplifier considérablement nos réactions.
Quelque chose nous énerve.
Nous publions immédiatement.
Dix personnes nous donnent raison.
Cinq racontent une expérience similaire.
Trois expliquent que « les gens sont devenus comme ça ».
Et notre contrariété initiale devient progressivement une vision générale du monde.
Parfois, avant de publier, il peut être utile de revenir quelques minutes à soi.
Respirer.
Marcher.
Laisser redescendre l’émotion.
Puis se demander :
« Qu’est-ce que je ressens réellement ? »
« Qu’est-ce qui a été touché chez moi ? »
« Est-ce qu’une limite doit être posée ? »
« Est-ce que j’ai besoin d’agir ou simplement de laisser passer ? »
C’est aussi cela, la sécurité intérieure.
L’autre peut devenir un formidable révélateur
Je conserve donc cette phrase de mon ancien texte, mais je la comprends différemment aujourd’hui :
« Regardez l’autre et vous vous verrez. »
Pas nécessairement parce que l’autre serait vous.
Mais parce que la manière dont vous le regardez parle aussi de vous.
Ce qui vous bouleverse.
Ce que vous admirez.
Ce que vous ne supportez pas.
Ce que vous enviez.
Ce que vous craignez.
Ce que vous cherchez à contrôler.
Nos relations constituent un immense terrain d’observation de notre monde intérieur.
Et lorsque nous commençons à les utiliser ainsi, nous pouvons arrêter de vouloir systématiquement changer l’autre pour commencer à mieux comprendre ce qui se passe en nous.
La prochaine fois que quelqu’un vous agace profondément, vous pourrez donc poser deux questions.
La première :
« Son comportement nécessite-t-il une action ou une limite de ma part ? »
Et la seconde :
« Pourquoi ce comportement vient-il me chercher aussi fortement ? »
La première protège votre réalité extérieure.
La seconde développe votre sécurité intérieure.
Et parfois, les deux sont nécessaires.
Nous sommes #TousFormidable.












