Comment être dans la joie tout le temps ?
Faut-il vraiment être positif et en « hautes vibrations » tout le temps ?
Pendant longtemps, j’ai beaucoup parlé de vibrations.
Des hautes vibrations d’un côté : l’amour, la gratitude, la joie.
Et des vibrations plus basses de l’autre : la peur, la colère, la culpabilité, la tristesse.
La logique semblait simple.
Pour avoir une belle vie, il fallait essayer de rester le plus longtemps possible dans les hautes vibrations.
Être dans l’amour.
Être dans la gratitude.
Être dans la joie.
Et éviter autant que possible tout ce qui nous faisait redescendre.
Aujourd’hui, je regarde cette idée différemment.
Je continue à penser que cultiver la joie, l’amour et la gratitude peut profondément améliorer notre manière de vivre.
Mais je ne crois plus que nous devions chercher à rester dans ces états en permanence.
Parce que la sécurité intérieure, ce n’est pas réussir à ne plus ressentir d’émotions désagréables.
C’est être suffisamment stable intérieurement pour pouvoir également les traverser.
Vous avez le droit de ne pas aller bien
Cela paraît évident.
Pourtant, dans certains univers du développement personnel et de la spiritualité, nous pouvons finir par développer une nouvelle pression :
« Il faut que je reste positif. »
« Il ne faut pas que j’aie peur. »
« Je dois remonter mes vibrations. »
« Si je suis en colère, je vais attirer quelque chose de négatif. »
Nous pouvons alors avoir peur… d’avoir peur.
Être triste… puis culpabiliser d’être triste.
Être en colère… puis nous juger d’être en colère.
Et finalement ajouter une deuxième souffrance à la première.
Une émotion désagréable n’est pas nécessairement un problème à éliminer.
Elle peut être une information.
La sécurité intérieure ne consiste pas à vivre dans une bulle de joie
Imaginez que quelque chose ne vous convienne plus dans votre travail.
Vous ressentez de la frustration.
Cette frustration peut vous apprendre quelque chose.
Peut-être qu’une valeur importante n’est plus respectée.
Peut-être que votre rythme ne vous convient plus.
Peut-être que vous avez besoin d’évolution.
Même chose avec la colère.
Elle peut parfois signaler qu’une limite a été franchie.
La peur peut signaler un danger réel ou simplement l’incertitude liée à une nouveauté.
La tristesse accompagne certaines pertes.
Nous n’avons donc pas besoin de qualifier immédiatement ces émotions de « basses vibrations ».
Nous pouvons commencer par les écouter.
Cultiver l’amour sans en faire une obligation
Je reste profondément sensible à cette idée : prendre le temps de regarder la vie.
Pas nécessairement la comprendre.
Simplement la regarder.
Je respire sans avoir besoin de penser à chaque inspiration.
Mon cœur bat.
Mon corps accomplit en permanence une quantité phénoménale de processus sans que j’aie besoin de les diriger consciemment.
Puis il y a ce qui nous entoure.
Un arbre.
Un coucher de soleil.
La mer.
Un animal.
Un visage.
Une conversation.
La lumière qui change au cours d’une journée.
Nous pouvons nous habituer à tellement de choses extraordinaires qu’elles deviennent banales.
Et parfois, prendre quelques secondes pour les regarder réellement change notre état intérieur.
La gratitude commence par remarquer
Nous cherchons souvent ce qui manque.
C’est humain.
Le prochain objectif.
Davantage d’argent.
Une plus grande maison.
Une meilleure relation.
Plus de temps.
Une meilleure santé.
Un nouveau projet.
La gratitude nous propose momentanément de retourner la caméra.
Qu’est-ce qui est déjà là ?
Peut-être vos yeux vous permettent-ils de lire ces lignes.
Peut-être entendez-vous un bruit autour de vous.
Peut-être avez-vous mangé aujourd’hui sans même vous demander si vous auriez quelque chose dans votre assiette.
Peut-être existe-t-il une personne que vous pourriez appeler maintenant et qui serait heureuse de vous entendre.
Nous oublions facilement ce qui fonctionne parce que notre attention se dirige naturellement vers ce qui demande une solution.
La gratitude permet simplement de rééquilibrer le regard.
Être reconnaissant envers soi-même aussi
La gratitude n’a pas besoin de concerner uniquement ce qui nous entoure.
Regardez également la personne que vous êtes devenue.
Pas avec l’idée que tout votre passé était nécessaire ou que toutes les difficultés étaient des « cadeaux ».
Certaines expériences étaient simplement difficiles.
Certaines auraient probablement été préférables à éviter.
Mais vous êtes encore là.
Vous avez appris certaines choses.
Vous avez développé des ressources.
Vous avez changé d’avis.
Vous avez parfois recommencé.
Vous avez peut-être quitté certaines situations.
Vous en avez construit d’autres.
Nous pouvons reconnaître notre propre parcours sans avoir besoin de glorifier toutes les souffrances qui l’ont traversé.
Puis vient la joie
J’aime cette question :
qu’est-ce qui me met réellement en joie ?
Pas ce qui devrait me rendre heureux.
Pas ce qui impressionne les autres.
Pas ce qui produit une belle image sur les réseaux sociaux.
Ce qui vous met réellement en joie.
Marcher ?
Créer ?
Voyager ?
Travailler ?
Ne rien faire ?
Recevoir des amis ?
Être seul ?
Faire du sport ?
Jouer avec vos enfants ?
Construire quelque chose ?
Apprendre ?
Danser ?
La réponse n’a pas besoin d’être spectaculaire.
Mais combien de place lui accordez-vous réellement dans votre semaine ?
« Faire exclusivement ce que j’aime » : une idée à nuancer
Dans mon ancien texte, j’allais très loin :
« Je fais exclusivement ce que j’aime. Je veux aller quelque part, j’y vais. Je ne veux pas y aller, je n’y vais pas. »
Je comprends toujours l’intention.
Arrêter de construire toute sa vie autour des attentes des autres.
Mais vivre uniquement selon nos envies immédiates ne constitue pas nécessairement la liberté.
Nous avons aussi des engagements.
Des responsabilités.
Des contraintes.
Parfois, nous faisons quelque chose que nous n’aimons pas particulièrement parce que cela sert quelque chose que nous aimons profondément.
Je peux ne pas aimer certaines tâches administratives et aimer mon entreprise.
Je peux ne pas aimer me lever tôt un matin et tenir à être présent pour quelqu’un.
Je peux ne pas aimer une séance d’entraînement difficile et aimer le projet sportif auquel elle contribue.
La vraie question est donc moins :
« Est-ce que j’aime chaque chose que je fais ? »
que :
« Est-ce que la vie que je construis ressemble suffisamment à ce qui compte pour moi ? »
Vivre pour soi ne signifie pas vivre uniquement pour soi
Là aussi, je modifierais une phrase de mon ancien texte.
« Vivre pour soi, exclusivement pour soi. »
Je comprends ce que je voulais dire : arrêter de sacrifier continuellement son existence pour satisfaire les attentes extérieures.
Mais notre bonheur se construit également dans la relation.
Aimer.
Donner.
Aider.
Prendre soin.
Partager.
Construire avec d’autres.
Le problème n’est pas de faire quelque chose pour quelqu’un.
Il apparaît lorsque nous nous abandonnons systématiquement pour les autres parce que nous avons peur de perdre leur amour, leur reconnaissance ou leur approbation.
La sécurité intérieure permet de donner sans systématiquement se sacrifier.
Faire vivre son enfant intérieur
Sur ce point, mon regard a peu changé.
Nous devenons parfois beaucoup trop sérieux.
Il faut produire.
Réussir.
Être crédible.
Être raisonnable.
Être rentable.
Faire comme il faut.
Et quelque part en chemin, nous oublions de jouer.
Pourtant, qu’est-ce qui se passe lorsque vous faites quelque chose uniquement parce que c’est amusant ?
Sans objectif.
Sans publication.
Sans résultat attendu.
Sans rentabilité.
Simplement parce que vous aimez ça.
C’est une expérience intéressante dans une société qui nous demande souvent de justifier l’utilisation de notre temps.
Le regard des autres peut devenir une prison
Nous pouvons également nous empêcher énormément de choses par peur d’être jugés.
« Qu’est-ce qu’ils vont penser ? »
Cette petite phrase peut décider d’une tenue.
D’un métier.
D’une publication.
D’un projet.
D’une relation.
D’un déménagement.
Parfois même d’une vie entière.
Mais traiter ceux qui nous jugent de « frustrés de la vie », comme je pouvais le faire autrefois, revient finalement à entrer nous-mêmes dans le jugement.
Les autres ont leurs références.
Leurs peurs.
Leurs valeurs.
Leur histoire.
Ils ont le droit de ne pas comprendre.
Et nous avons le droit de ne pas construire notre vie en fonction de leur compréhension.
Faut-il absolument quitter son travail pour suivre sa joie ?
Non.
J’écrivais autrefois qu’il était « hors de question d’aller travailler pour avoir une feuille de paie pour payer ses factures ».
Aujourd’hui, je trouve cette affirmation trop catégorique.
Un emploi peut apporter une sécurité matérielle.
Il peut permettre de financer un projet.
Il peut correspondre parfaitement à certaines personnes.
Il peut être choisi consciemment.
Le problème n’est pas le salariat.
Le problème apparaît lorsque nous sommes profondément malheureux dans une situation et que nous nous croyons condamnés à y rester éternellement.
Nous pouvons alors commencer à construire autre chose.
Progressivement.
Avec discernement.
Sans avoir besoin de mettre notre sécurité matérielle en danger pour prouver que nous avons confiance en la vie.
« Être » avant de « faire »
Il reste pourtant quelque chose de très fort dans la conclusion de mon ancien texte :
« Il ne faut pas faire pour avoir, il faut être. »
Je la reformulerais aujourd’hui.
Nous passons énormément de temps à penser :
« Quand j’aurai ça, je serai bien. »
Quand j’aurai plus d’argent, je serai tranquille.
Quand j’aurai rencontré quelqu’un, je me sentirai aimé.
Quand mon entreprise fonctionnera, j’aurai confiance.
Quand j’aurai perdu du poids, je m’accepterai.
Quand j’aurai réussi, je serai fier de moi.
Nous conditionnons ainsi notre état intérieur à l’obtention d’un résultat extérieur.
La sécurité intérieure nous invite à inverser progressivement cette logique.
Depuis quel endroit intérieur vais-je agir ?
Je peux entreprendre parce que je dois prouver ma valeur.
Ou entreprendre parce que j’aime construire.
Je peux chercher une relation parce que je ne supporte pas d’être seul.
Ou rencontrer quelqu’un depuis une vie qui existe déjà.
Je peux vouloir gagner davantage parce que je suis terrorisé par le manque.
Ou développer mes revenus parce que j’ai des projets qui me tiennent à cœur.
Extérieurement, l’objectif peut être identique.
Intérieurement, le mouvement est complètement différent.
Et c’est cette question que je trouve aujourd’hui fondamentale :
Depuis quel endroit intérieur vais-je chercher cette réponse ?
Depuis la peur ?
Depuis le manque ?
Depuis le besoin de reconnaissance ?
Ou depuis un endroit suffisamment stable pour choisir ce qui compte réellement pour moi ?
Vous n’avez pas besoin d’être heureux en permanence
Vous aurez peur.
Vous serez parfois triste.
Vous connaîtrez la colère.
Vous douterez.
Vous aurez des journées magnifiques et d’autres beaucoup moins agréables.
Cela ne signifie pas que vous avez « baissé vos vibrations ».
Cela signifie aussi que vous êtes humain.
La sécurité intérieure ne consiste pas à supprimer toute cette palette pour ne conserver que les couleurs agréables.
Elle consiste à pouvoir traverser l’ensemble sans perdre complètement notre capacité à nous écouter et à choisir.
Alors cultivons la joie.
Prenons le temps d’aimer.
Remarquons ce qui mérite notre gratitude.
Créons davantage de place pour ce qui nous nourrit.
Mais n’utilisons pas ces états pour fuir tout le reste.
Peut-être que la véritable « haute vibration », si nous voulons conserver cette expression, n’est pas d’être continuellement heureux.
Peut-être est-ce simplement de pouvoir être pleinement vivant, accueillir ce qui nous traverse, et rester suffisamment en sécurité intérieurement pour ne pas laisser chaque émotion décider de notre vie.
Nous sommes #TousFormidable.











