Du temps pour soi
Prendre du temps pour soi : et si c’était la base de notre sécurité intérieure ?
La base de la base, pour moi, c’est de prendre du temps pour soi.
Et quand je parle de prendre du temps pour soi, je ne parle pas simplement de s’accorder vingt minutes le dimanche soir parce que toutes les obligations de la semaine sont enfin terminées.
Je parle de remettre de l’espace dans notre vie.
Pour rêvasser.
Pour glaner.
Pour marcher.
Pour méditer.
Pour regarder la nature.
Pour ne rien faire de productif.
Pour laisser les idées venir plutôt que de passer notre temps à les chercher.
J’ai même longtemps préconisé jusqu’à six heures par jour consacrées à cet espace personnel.
Évidemment, ce chiffre n’est pas une prescription universelle. Tout le monde n’a ni le même quotidien, ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes possibilités.
Mais derrière cette proposition volontairement radicale se trouve une question beaucoup plus importante :
combien de temps reste-t-il dans votre journée pendant lequel personne n’attend rien de vous ?
Nous sommes devenus très forts pour remplir le vide
Regardez simplement une journée ordinaire.
Le réveil sonne.
Le téléphone s’allume.
Les notifications arrivent.
Il faut se préparer.
Travailler.
Répondre.
Produire.
Gérer les enfants.
Faire les courses.
S’occuper de la maison.
Répondre encore à quelques messages.
Puis lorsque nous avons enfin un moment disponible, nous ouvrons Facebook, YouTube, Netflix ou une autre application.
Nous avons rempli la journée.
Et parfois même notre nuit.
Mais à quel moment avons-nous réellement été seuls avec nous-mêmes ?
Nous pouvons vivre ainsi pendant des années sans nous rendre compte que notre attention appartient presque continuellement à quelque chose ou à quelqu’un d’autre.
Pourquoi le silence peut-il devenir inconfortable ?
Il suffit parfois d’essayer de ne rien faire pendant trente minutes pour comprendre.
Pas de téléphone.
Pas de musique.
Pas de podcast.
Pas de télévision.
Pas de livre.
Pas de conversation.
Et le mental commence.
Une tâche que nous avons oubliée.
Un problème professionnel.
Une facture.
Une conversation d’hier.
Une inquiétude pour demain.
Une idée.
Une envie de regarder l’heure.
Une envie de reprendre le téléphone.
C’est extrêmement intéressant.
Parce que nous découvrons parfois que notre hyperactivité ne vient pas uniquement de nos obligations.
Le faire peut aussi être une stratégie pour ne pas rencontrer ce qui se passe à l’intérieur.
Du « taux vibratoire » à notre état intérieur
J’ai beaucoup utilisé, dans mon parcours, l’expression « élever son taux vibratoire ».
Cette notion appartient au vocabulaire énergétique et spirituel et ne correspond pas à une mesure scientifique de notre état psychologique ou physique.
Mais elle traduit quelque chose que nous pouvons facilement expérimenter.
Nous ne vivons pas une journée de la même manière lorsque nous sommes dans la joie, l’apaisement et la gratitude que lorsque nous sommes rongés par le stress, le ressentiment ou la colère.
Notre état intérieur influence notre perception.
Nos réactions.
Nos décisions.
Notre disponibilité pour les autres.
Notre capacité à prendre du recul.
Donc, si vous aimez le vocabulaire énergétique, vous pouvez continuer à parler de vibration.
Mais la question essentielle reste :
dans quel état intérieur suis-je en train de vivre la majorité de mes journées ?
La sécurité intérieure ne se construit pas uniquement en faisant
Lorsque nous ne nous sentons pas en sécurité, notre premier réflexe peut être de faire davantage.
J’ai peur de manquer d’argent ?
Je travaille davantage.
J’ai peur que mon activité ralentisse ?
Je publie davantage.
J’ai peur de perdre quelqu’un ?
Je cherche davantage à contrôler la relation.
Je doute de ma valeur ?
Je cherche davantage de reconnaissance.
Chaque action semble logique.
Mais le problème est que nous pouvons utiliser l’action pour essayer de calmer une insécurité que l’action ne pourra jamais définitivement résoudre.
Nous faisons.
Nous obtenons momentanément un résultat.
Nous sommes rassurés.
Puis une nouvelle inquiétude apparaît.
Et nous recommençons.
Voilà pourquoi apprendre à ne rien faire peut parfois devenir un véritable exercice de sécurité intérieure.
Rêvasser n’est pas nécessairement perdre son temps
Nous avons tellement associé notre valeur à notre productivité que rêvasser peut nous donner mauvaise conscience.
« Je devrais faire quelque chose. »
Pourquoi ?
Parce que nous avons appris que le temps devait être rentabilisé.
Pourtant, certaines de mes meilleures idées ne sont pas apparues devant un ordinateur en essayant de réfléchir davantage.
Elles sont venues en marchant.
Dans la nature.
Dans le silence.
Lorsque je ne cherchais précisément plus à produire quelque chose.
Il existe une différence entre ne rien faire parce que nous fuyons notre vie et créer volontairement de l’espace pour laisser notre esprit respirer.
C’est ce deuxième espace qui m’intéresse.
La nature nous ramène à quelque chose de simple
Pour moi, la nature a toujours occupé une place importante.
Marcher.
Regarder l’eau.
Observer les arbres.
Écouter les oiseaux.
Sentir le vent.
Il n’est pas nécessaire de donner une explication mystique à cette expérience pour constater qu’elle peut nous faire du bien.
Dans la nature, nous pouvons momentanément sortir du rythme artificiel que nous nous imposons.
L’arbre n’essaie pas d’être plus productif que celui d’à côté.
La mer ne culpabilise pas lorsqu’elle se retire.
La nature nous rappelle simplement qu’il existe des rythmes.
Du mouvement et de l’immobilité.
De l’activité et du repos.
Et nous faisons nous aussi partie du vivant.
Être présent ne signifie pas ne plus avoir de problèmes
J’ai autrefois écrit que lorsque nous sommes véritablement présents et en joie, nous ne pouvons plus avoir de problème.
Aujourd’hui, je nuancerais cette phrase.
La présence ne fait pas disparaître les difficultés de la vie.
Nous pouvons être profondément présents et rencontrer une difficulté financière.
Une séparation.
Un deuil.
Un problème professionnel.
Une maladie.
Un imprévu.
La sécurité intérieure ne rend pas invulnérable.
Elle modifie plutôt l’endroit depuis lequel nous traversons ce qui arrive.
Un problème reste un problème.
Mais nous ne sommes pas obligés d’y ajouter immédiatement dix scénarios catastrophes, vingt jugements et trois jours de rumination.
Nous pouvons revenir à ce qui existe réellement ici et maintenant.
Puis regarder ce qui dépend de nous.
Être avant de faire
C’est probablement l’une des idées qui traverse le plus mon parcours :
nous sommes des êtres humains, pas des « faires » humains.
Pourtant, beaucoup de nos journées commencent par :
« Qu’est-ce que je dois faire aujourd’hui ? »
Nous pourrions parfois commencer autrement :
« Comment ai-je envie de vivre cette journée ? »
La nuance est immense.
Je peux avoir exactement la même liste de tâches et ne pas la vivre depuis le même état intérieur.
Je peux travailler depuis la peur.
Ou travailler depuis l’envie de créer.
Je peux me reposer en culpabilisant.
Ou me reposer parce que je respecte mon besoin de récupération.
Je peux passer une heure seul en essayant de résoudre tous mes problèmes.
Ou simplement passer une heure avec moi.
Commencer sans bouleverser toute sa vie
Vous n’avez pas besoin de libérer six heures dès demain.
Pour certaines personnes, ce serait totalement irréaliste.
Commencez peut-être par trente minutes.
Une heure si vous le pouvez.
Et surtout, ne remplissez pas immédiatement cet espace avec une nouvelle méthode de développement personnel.
Pas besoin de « réussir » votre méditation.
Pas besoin de travailler sur vous.
Pas besoin d’écouter une formation.
Allez marcher.
Asseyez-vous quelque part.
Rêvassez.
Regardez le ciel.
Laissez votre téléphone de côté.
Et observez ce qui apparaît lorsque vous n’avez momentanément plus rien à accomplir.
Au début, vous rencontrerez peut-être de l’agitation.
De l’ennui.
De la culpabilité.
L’impression de perdre votre temps.
Ne cherchez pas immédiatement à faire disparaître ces sensations.
Elles vous renseignent peut-être précisément sur votre rapport au faire.
Et si notre emploi du temps révélait notre sécurité intérieure ?
Nous disons souvent que nous n’avons pas le temps.
Mais notre agenda raconte aussi nos priorités, nos contraintes et parfois nos peurs.
Si chaque minute doit être occupée pour que nous nous sentions utiles, il peut être intéressant de nous demander pourquoi.
Si nous culpabilisons dès que nous nous reposons, pourquoi ?
Si nous avons besoin d’être continuellement stimulés, pourquoi ?
Si nous ne savons plus rester seuls sans prendre notre téléphone, pourquoi ?
Prendre du temps pour soi n’est pas une récompense que nous devrions mériter après avoir terminé tout le reste.
C’est aussi un espace dans lequel nous pouvons retrouver notre propre point d’appui.
Et plus ce point d’appui devient solide, moins nous avons besoin de remplir chaque instant pour nous sentir en sécurité.
Alors, avant d’ajouter une nouvelle tâche à votre journée pour améliorer votre vie, essayez peut-être de commencer par en retirer une.
Et posez-vous cette question :
« Si je me sentais suffisamment en sécurité pour ne plus avoir besoin de prouver ma valeur par tout ce que je fais, combien de temps serais-je réellement prêt à consacrer chaque jour au simple fait d’être avec moi-même ? »












