Faire, avoir, être
Faire, avoir, être : et si nous avions appris à vivre dans le mauvais ordre ?
Faire.
Avoir.
Être.
Trois verbes extrêmement simples qui peuvent pourtant raconter une grande partie de notre manière de vivre.
Depuis notre enfance, nous apprenons énormément à faire.
Travailler.
Apprendre.
Produire.
Obtenir des résultats.
Faire des efforts.
Nous découvrons ensuite que ce que nous faisons doit nous permettre d’avoir.
Avoir un métier.
Un salaire.
Une maison.
Une voiture.
Une situation.
De la reconnaissance.
De la réussite.
Et derrière tout cela se cache souvent une promesse :
lorsque j’aurai suffisamment fait et suffisamment obtenu, je pourrai enfin être celui ou celle que j’ai envie d’être.
Je serai heureux.
Je serai libre.
Je serai serein.
Je serai fier de moi.
Je me sentirai en sécurité.
Nous avons donc construit une grande partie de notre existence sur cette logique :
faire → avoir → être.
Et si nous essayions de regarder les choses dans l’autre sens ?
Faire : lorsque l’action devient notre manière d’exister
Faire est évidemment indispensable.
Nous avons besoin d’agir pour transformer une idée en réalité.
Si je veux créer une entreprise, il faudra probablement accomplir certaines actions.
Si je veux apprendre un métier, je vais devoir me former.
Si je souhaite prendre soin de mon corps, certaines habitudes devront être mises en place.
Le problème n’est donc jamais l’action en elle-même.
La question est :
depuis quel endroit intérieur suis-je en train d’agir ?
Parce que nous pouvons faire exactement la même chose depuis deux états complètement différents.
Je peux travailler beaucoup parce que mon projet me passionne.
Ou travailler beaucoup parce que j’ai peur de manquer d’argent.
Je peux aider quelqu’un parce que j’en ai profondément envie.
Ou l’aider parce que j’ai peur qu’il ne m’aime plus si je dis non.
Je peux développer mon activité parce que j’aime créer.
Ou parce que j’ai besoin que mes résultats prouvent ma valeur.
Extérieurement, l’action peut sembler identique.
Intérieurement, l’expérience est complètement différente.
Faire peut devenir une stratégie de sécurité
C’est là que je retrouve la sécurité intérieure.
Lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment en sécurité, nous pouvons chercher à compenser par le faire.
J’ai peur de manquer ?
Je travaille davantage.
J’ai peur de ne pas être reconnu ?
Je produis davantage.
J’ai peur de ne pas être à la hauteur ?
Je me forme encore.
J’ai peur du silence ?
Je remplis mon emploi du temps.
Nous faisons pour essayer d’obtenir quelque chose qui nous permettra enfin de nous rassurer.
Le faire devient alors moins une expression de qui nous sommes qu’une stratégie pour calmer nos peurs.
Et le problème, c’est que cela peut ne jamais s’arrêter.
Avoir : combien faut-il pour que ce soit enfin assez ?
Nous arrivons ensuite au deuxième verbe :
avoir.
Avoir n’est pas un problème non plus.
J’aime avoir un toit.
J’aime disposer d’argent.
J’aime avoir la liberté de choisir.
Nous avons besoin d’un certain nombre de ressources matérielles pour vivre.
Mais la question devient intéressante lorsque notre état intérieur dépend entièrement de ce que nous possédons.
« Lorsque j’aurai 5 000 euros par mois, je serai serein. »
Puis les 5 000 arrivent.
Et nous commençons à penser que 7 000 seraient plus confortables.
« Lorsque j’aurai cette maison, je serai heureux. »
Puis nous obtenons la maison et une nouvelle envie apparaît.
« Lorsque mon activité fonctionnera, je me sentirai légitime. »
Elle fonctionne.
Mais nous regardons quelqu’un qui réussit davantage.
Le problème n’est pas de vouloir progresser.
Le problème apparaît lorsque chaque chose que nous voulons devient une condition préalable à notre bien-être.
Être : qui suis-je lorsque je ne fais rien ?
Nous arrivons alors au troisième verbe.
Être.
C’est peut-être le plus simple à prononcer et le plus difficile à expérimenter.
Parce que lorsque nous retirons ce que nous faisons et ce que nous avons, que reste-t-il ?
Qui suis-je lorsque je ne travaille pas ?
Qui suis-je lorsque personne ne me félicite ?
Qui suis-je lorsque mon chiffre d’affaires baisse ?
Qui suis-je lorsque je n’ai rien à publier ?
Qui suis-je lorsque je suis simplement assis, seul avec moi-même ?
Nous sommes des êtres humains, et non des « faires humains ».
Pourtant, nous pouvons passer une grande partie de notre existence à construire notre identité autour de ce que nous faisons.
« Je suis entrepreneur. »
« Je suis thérapeute. »
« Je suis manager. »
« Je suis parent. »
Ce sont des fonctions importantes.
Mais aucune d’elles ne résume totalement qui nous sommes.
Et si nous inversions l’ordre ?
Je préfère aujourd’hui expérimenter une autre logique :
être → faire → avoir.
Cela commence par :
Comment ai-je envie d’être dans ma vie ?
Libre ?
Serein ?
Joyeux ?
Curieux ?
Présent ?
Créatif ?
En accord avec mes valeurs ?
Puis vient seulement la deuxième question :
Qu’est-ce qu’une personne qui souhaite vivre ainsi choisit de faire ?
Et enfin :
Qu’est-ce que ces actions peuvent progressivement lui permettre d’avoir ?
L’ordre change.
Je ne travaille plus pendant dix ans en espérant obtenir suffisamment d’argent pour m’autoriser ensuite à vivre librement.
Je commence à me demander comment introduire davantage de liberté dans ma manière de vivre aujourd’hui, puis je construis un modèle professionnel compatible avec cette liberté.
Être ne signifie pas attendre passivement
Il faut cependant éviter un piège.
Mettre « être » en premier ne signifie pas qu’il suffit de vibrer la réussite, de méditer ou de visualiser pour que tout ce que nous désirons arrive spontanément.
La réalité demande aussi de l’action.
Si je veux développer une activité, je devrai probablement communiquer, rencontrer des personnes, construire une offre, apprendre et expérimenter.
Mais ces actions ne sont plus nécessairement guidées par :
« Il faut absolument que ça marche pour que je sois enfin quelqu’un. »
Elles peuvent devenir :
« J’ai envie de construire cela parce que cela correspond à la vie que j’ai choisie. »
La nuance est immense.
La sécurité intérieure permet de remettre l’être au centre
Lorsque notre sécurité dépend principalement de l’extérieur, nous avons besoin d’obtenir des preuves.
Un revenu.
Un statut.
Une relation.
Des résultats.
Des compliments.
Nous utilisons alors l’avoir pour sécuriser l’être.
Plus notre sécurité intérieure se développe, plus nous pouvons progressivement dissocier notre valeur de nos résultats.
Un échec professionnel ne signifie plus :
« Je suis un échec. »
Il signifie :
« Quelque chose que j’ai essayé n’a pas fonctionné comme prévu. »
Une critique ne signifie plus :
« Je ne vaux rien. »
Elle devient une information que je peux écouter, accepter ou relativiser.
Je peux perdre quelque chose que j’ai sans perdre automatiquement qui je suis.
Et c’est probablement là que commence une véritable liberté.
Les trois verbes ont besoin les uns des autres
Il ne s’agit donc pas d’opposer être, faire et avoir.
Nous avons besoin des trois.
Être nous donne un point d’appui.
Faire nous permet d’expérimenter et de créer.
Avoir nous permet de profiter de certaines ressources et du résultat de nos actions.
Le problème apparaît seulement lorsque nous demandons systématiquement au troisième de réparer le premier.
Lorsque nous cherchons à avoir toujours davantage pour enfin nous sentir suffisamment bien dans notre être.
Alors peut-être pouvons-nous arrêter quelques instants de nous demander ce qu’il faudrait encore faire ou obtenir pour améliorer notre vie.
Et commencer par une question différente :
« Si je n’avais plus rien à prouver, rien à compenser et personne à rassurer, qui choisirais-je d’être aujourd’hui, et qu’est-ce que cette personne aurait naturellement envie de faire de sa vie ? »












