Être bien seule
Faut-il vraiment apprendre à être seul pour être heureux ?
Depuis quelques années, une idée revient régulièrement dans les milieux du développement personnel et de la spiritualité :
« Il faut apprendre à être seul pour être heureux. »
Je comprends parfaitement ce qu’il y a derrière cette phrase.
Lorsque nous avons passé des années à vivre à travers les autres, à chercher leur approbation, à nous adapter, à remplir notre agenda pour ne jamais nous retrouver face à nous-mêmes, une période de solitude peut devenir extrêmement précieuse.
Se retrouver seul permet parfois de découvrir une question que nous n’avions jamais réellement eu l’occasion de nous poser :
Qu’est-ce que j’aime, moi, lorsqu’il n’y a plus personne autour pour influencer ma réponse ?
Mais il existe un piège.
La solitude qui nous permet de nous retrouver peut également devenir l’endroit dans lequel nous nous réfugions pour ne plus risquer d’être blessés.
Et là encore, je retrouve la sécurité intérieure.
La solitude peut être une étape formidable
Nous pouvons avoir besoin de nous retirer.
Après une séparation.
Après une période professionnelle intense.
Après des années à nous occuper des autres.
Ou simplement lorsque nous sentons que nous ne savons plus très bien qui nous sommes.
Le silence et la solitude permettent alors de réduire le bruit extérieur.
Plus personne ne donne son avis.
Plus personne ne réclame quelque chose.
Nous pouvons retrouver notre rythme.
Nos envies.
Nos valeurs.
Notre corps.
Nos pensées.
Ce retrait peut devenir une véritable période de reconstruction.
Mais la question importante n’est pas seulement :
« Est-ce que je suis bien seul ? »
Elle est aussi :
« Pourquoi ai-je besoin d’être seul ? »
Être bien seul ou se sentir en sécurité uniquement seul ?
La différence peut sembler minuscule.
Elle est pourtant essentielle.
Je peux aimer profondément la solitude parce qu’elle correspond à mon tempérament et à mon équilibre.
Mais je peux aussi préférer être seul parce que lorsque personne n’entre dans mon espace, personne ne peut me décevoir.
Personne ne peut m’abandonner.
Personne ne peut me contredire.
Personne ne peut toucher mes blessures.
Personne ne peut remettre en question mes habitudes.
Je contrôle mon environnement.
Et je me sens enfin tranquille.
Cette tranquillité est réelle.
Mais est-ce de la liberté ?
Ou une formidable stratégie de protection ?
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Le contact avec l’autre vient tester notre sécurité intérieure
Il est relativement facile de se sentir parfaitement aligné lorsque personne ne vient nous déranger.
Puis nous rencontrons quelqu’un.
Et cette personne ne répond pas comme prévu.
Elle n’a pas les mêmes besoins.
Elle veut quelque chose que nous ne voulons pas.
Elle pose une limite.
Elle tarde à répondre à un message.
Elle nous fait une remarque.
Et soudain, quelque chose s’active.
La peur.
La colère.
La jalousie.
Le besoin de contrôler.
La peur de perdre.
L’envie de fuir.
La relation devient alors un formidable révélateur.
Non pas parce que l’autre serait systématiquement notre « miroir » ou que nous attirerions magnétiquement chaque comportement qui nous dérange.
Mais parce que la relation nous confronte à ce que la solitude ne sollicite pas forcément.
Nous avons besoin d’expérimenter pour nous connaître
C’est une idée de mon ancien texte que je conserve pleinement.
Nous pouvons lire cinquante livres sur les relations humaines.
Regarder des centaines de vidéos.
Écouter des spécialistes nous expliquer ce qu’est un couple conscient, une relation saine ou une personne autonome.
À un moment donné, il faut vivre.
Parce que nous ne savons pas toujours comment nous allons réagir avant d’être réellement confrontés à une situation.
Je peux penser que je sais poser mes limites.
Puis rencontrer quelqu’un auquel je tiens énormément et découvrir que dire non devient soudainement beaucoup plus difficile.
Je peux me considérer totalement indépendant.
Puis tomber amoureux et découvrir une peur de l’abandon que je ne soupçonnais pas.
Nous apprenons aussi qui nous sommes dans la rencontre avec l’autre.
Notre passé n’est pas obligé de devenir notre futur
Après plusieurs relations difficiles, nous pouvons arriver à une conclusion :
« Les relations, ce n’est pas pour moi. »
Peut-être.
Certaines personnes s’épanouissent réellement sans relation de couple et il n’existe aucune obligation universelle à vivre à deux.
Mais avant de transformer cette conclusion en vérité définitive, il peut être intéressant de se demander :
« Est-ce un choix ou une protection ? »
Parce que nous évoluons.
La personne que nous sommes aujourd’hui n’est pas exactement celle que nous étions il y a cinq ans.
Nous pouvons avoir appris à communiquer différemment.
À poser des limites.
À choisir autrement nos relations.
À nous respecter davantage.
À reconnaître plus rapidement ce qui ne nous convient pas.
Une mauvaise expérience passée contient des informations.
Elle n’est pas nécessairement une prédiction.
Le couple n’est pas la disparition de l’individu
J’écrivais déjà à l’époque qu’il n’était pas nécessaire de choisir entre « être seul » et « être en couple ».
Cette idée me semble toujours essentielle.
Un couple n’a pas besoin d’être une fusion permanente.
Deux personnes peuvent s’aimer et conserver leurs espaces.
Leurs activités.
Leurs amis.
Leurs projets.
Leurs moments de solitude.
Le couple peut devenir un espace dans lequel deux personnes autonomes choisissent de partager une partie de leur existence sans se posséder.
Et pour cela, la sécurité intérieure est fondamentale.
Plus j’attends de l’autre qu’il garantisse ma sécurité, plus je risque de vouloir contrôler la relation.
Où es-tu ?
Avec qui ?
Pourquoi ne réponds-tu pas ?
Est-ce que tu m’aimes toujours ?
Plus ma sécurité se construit également à l’intérieur, plus je peux aimer sans demander constamment à l’autre de me rassurer.
Il n’existe pas de ratio universel entre solitude et partage
Dans mon ancien texte, j’évoquais un ratio de 80 % de partage et 20 % de solitude.
Aujourd’hui, je ne chercherais plus à définir une proportion idéale.
Nous sommes différents.
Certaines personnes ont besoin d’énormément de contacts sociaux.
D’autres ont besoin de longues périodes seules pour retrouver leur équilibre.
Et cela peut également évoluer selon les périodes de notre vie.
Il n’existe donc pas une bonne quantité universelle de solitude.
La question est plutôt de savoir si notre équilibre est choisi ou subi.
Est-ce que je sais être seul sans me sentir abandonné ?
Est-ce que je sais être avec les autres sans m’abandonner moi-même ?
Voilà deux compétences très différentes.
Et peut-être avons-nous besoin des deux.
L’autre n’est pas là pour remplir notre vide
Nous pouvons aussi tomber dans le piège inverse.
Chercher constamment le partage parce que nous ne supportons pas d’être seuls.
Multiplier les relations.
Les messages.
Les sorties.
Les rencontres.
Toujours quelqu’un.
Toujours du bruit.
Toujours une présence.
La relation devient alors une autre stratégie de sécurité.
L’autre nous empêche de ressentir le vide.
Il nous rassure sur notre valeur.
Il confirme que nous existons.
Là encore, ce n’est pas véritablement le partage qui pose problème.
C’est la fonction que nous lui donnons.
La sécurité intérieure permet justement de ne plus demander à la solitude ou à la relation de nous sauver.
Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit : expérimentez
C’est probablement le message principal que je souhaite conserver de cet article.
Ne prenez pas pour vérité absolue ce que vous lisez dans un livre.
Ce que vous entendez dans une vidéo.
Ce qu’un coach vous affirme.
Ce qu’un courant spirituel présente comme une loi universelle.
Y compris ce que j’écris ici.
Expérimentez.
Observez-vous.
Rencontrez.
Essayez.
Revenez dans la solitude lorsque vous en avez besoin.
Puis retournez vers les autres.
Et regardez ce qui se passe en vous.
Parce que personne ne peut déterminer à votre place la forme de vie qui vous correspond.
Seul et relié
Peut-être que la véritable autonomie se trouve finalement ici.
Pouvoir être seul sans souffrir de l’absence des autres.
Et pouvoir être profondément relié aux autres sans perdre qui nous sommes.
Ne pas entrer en couple parce que nous avons besoin d’être complétés.
Ne pas rester seul parce que nous avons peur d’être blessés.
Mais être suffisamment sécure pour choisir.
Choisir la solitude lorsqu’elle nous nourrit.
Choisir le partage lorsqu’il nous nourrit.
Choisir une relation sans nous y emprisonner.
Et être capable d’en sortir lorsqu’elle ne nous respecte plus.
Alors plutôt que de vous demander :
« Est-ce que je dois être seul ou en couple pour être heureux ? »
Posez-vous peut-être une question beaucoup plus révélatrice :
« Depuis quel endroit intérieur est-ce que je choisis aujourd’hui la solitude ou la relation : depuis mon envie profonde, ou depuis ce qui me permet de ne pas avoir peur ? »
La réponse vous appartient.
Et elle peut changer.
Parce que nous sommes vivants.
Nous sommes #TousFormidable.












