Faut-il avoir un but dans la vie ?
Faut-il vraiment avoir un but dans la vie ?
En fonction des livres que nous lisons, des mentors que nous écoutons ou des courants de développement personnel que nous suivons, nous pouvons entendre tout et son contraire.
Il faut absolument avoir des objectifs.
Il ne faut surtout pas avoir d’objectifs.
Il faut visualiser précisément son futur.
Il faut vivre exclusivement dans l’instant présent.
Il faut savoir exactement où l’on va.
Il faut lâcher prise et laisser la vie nous surprendre.
Alors qui a raison ?
Aujourd’hui, je ne cherche plus vraiment à répondre à cette question.
Je préfère observer ce que cela produit concrètement dans ma vie.
Et dans mon expérience, avoir une direction me fait du bien.
Mais pas n’importe comment.
Un but n’est pas une destination dans laquelle se trouve notre bonheur
Pendant longtemps, nous pouvons fonctionner avec cette mécanique :
« Quand j’aurai ça, je serai bien. »
Quand j’aurai suffisamment d’argent.
Quand j’aurai trouvé la bonne personne.
Quand j’aurai déménagé.
Quand mon entreprise fonctionnera.
Quand j’aurai perdu du poids.
Quand j’aurai enfin réussi.
Le problème, c’est que nous plaçons alors notre bien-être quelque part dans le futur.
Et tant que nous n’avons pas atteint cette destination, il manque quelque chose.
Nous créons finalement les conditions de notre propre insatisfaction.
Le but devient une attente.
Et l’attente peut progressivement devenir une tension.
Pour moi, un but devrait fonctionner exactement à l’inverse.
Il ne devrait pas me permettre de fuir ma vie actuelle.
Il devrait me donner envie de vivre davantage ma vie actuelle.
Le but donne une direction
Imaginez que vous partiez marcher.
Vous pouvez avancer sans savoir exactement où vous allez, regarder le paysage, prendre le premier chemin qui vous attire et passer une excellente journée.
Il n’y a aucun problème avec cela.
Mais si vous souhaitez rejoindre un endroit particulier avant la nuit, avoir une direction devient tout de même particulièrement utile.
La destination ne fait pas le chemin.
Elle l’oriente.
C’est ainsi que je regarde aujourd’hui un objectif.
Je peux savoir dans quelle direction j’ai envie d’aller sans transformer cette destination en condition obligatoire à mon bonheur.
Je peux vouloir développer une activité professionnelle.
Habiter près de la mer.
Voyager.
Créer quelque chose.
Rencontrer quelqu’un.
Retrouver davantage de temps libre.
Améliorer ma situation financière.
Le but me donne simplement un cap.
Ensuite, la vie continue à se dérouler ici et maintenant.
Le problème commence lorsque nous demandons au but de nous sécuriser
C’est là que la sécurité intérieure entre en jeu.
Pourquoi ai-je absolument besoin d’atteindre cet objectif ?
La question peut être inconfortable.
Parce que derrière certains objectifs particulièrement ambitieux peuvent se cacher des besoins beaucoup plus profonds.
Être reconnu.
Prouver notre valeur.
Ne plus avoir peur de manquer.
Être aimé.
Montrer à quelqu’un que nous avons réussi.
Ne plus nous sentir inférieur.
Nous pouvons alors courir pendant des années derrière un objectif en pensant suivre notre rêve alors que nous essayons surtout de réparer une insécurité intérieure.
Et je connais bien ce fonctionnement.
J’ai moi-même eu de grandes ambitions.
Créer.
Développer une marque.
Être connu.
Avoir énormément de clients.
Aider beaucoup de monde.
Faire grandir une communauté.
Présentées ainsi, ces ambitions pouvaient paraître magnifiques.
Mais lorsque je vais regarder plus profondément ce qui pouvait parfois les alimenter, je retrouve aussi mon besoin de reconnaissance et mon besoin de sécurité.
Le petit Stéphane voulait montrer qu’il était capable.
Alors forcément, il fallait faire.
Produire.
Réussir.
Obtenir des résultats.
Et toujours aller un peu plus loin.
Le problème n’était pas d’avoir un objectif.
Le problème était ce que je demandais inconsciemment à cet objectif de venir remplir en moi.
Il y a des objectifs qui poussent et des objectifs qui tirent
C’est une distinction que je trouve intéressante.
Certains objectifs semblent nous pousser dans le dos.
« Il faut que j’y arrive. »
« Je dois réussir. »
« Je ne peux pas échouer. »
« Il faut absolument que ça fonctionne. »
Nous avançons, mais dans la tension.
Nous dépensons énormément d’énergie.
Nous contrôlons les résultats.
Nous regardons constamment si nous sommes suffisamment proches de la destination.
Et le moindre obstacle peut devenir une source de stress.
Puis il existe des directions qui semblent nous tirer naturellement vers elles.
Nous avons envie d’y aller.
Nous sommes curieux.
Nous créons.
Nous expérimentons.
Nous pouvons travailler énormément sans ressentir cette même pression intérieure, simplement parce que ce que nous faisons nourrit quelque chose d’important pour nous.
J’appelais autrefois cela le « feu sacré ».
Je trouve toujours cette expression intéressante.
Pas comme une promesse que tout deviendra facile ou que tous les problèmes disparaîtront.
Mais comme cette sensation très particulière d’avoir envie d’avancer parce que ce que nous faisons possède du sens pour nous.
Nos valeurs peuvent servir de boussole
Avant de définir précisément ce que nous voulons obtenir, il peut donc être intéressant de regarder ce qui compte réellement pour nous.
Qu’est-ce que j’aime profondément vivre ?
Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ?
Qu’est-ce que je veux davantage nourrir dans mon quotidien ?
La liberté ?
Le partage ?
La famille ?
La créativité ?
L’aventure ?
La tranquillité ?
La contribution ?
La découverte ?
Parce qu’un objectif parfaitement cohérent sur le papier peut devenir extrêmement lourd s’il nous oblige quotidiennement à vivre à l’opposé de nos valeurs.
Imaginons quelqu’un qui place la liberté parmi ses valeurs fondamentales et qui se fixe comme objectif de développer une immense entreprise.
Il réussit.
Mais son entreprise nécessite désormais cinquante salariés, des réunions permanentes, des responsabilités considérables et soixante heures de travail par semaine.
A-t-il réussi ?
Financièrement, peut-être.
Mais si son objectif était censé lui permettre d’être plus libre, quelque chose s’est perdu en chemin.
D’où l’intérêt de ne pas simplement demander :
« Qu’est-ce que je veux obtenir ? »
Mais aussi :
« Comment ai-je envie de vivre pendant que je vais dans cette direction ? »
Un objectif suffisamment important, mais suffisamment proche
Je pense également qu’un objectif doit rester imaginable.
Un rêve peut être immense.
Mais si la distance entre ma situation actuelle et ce rêve est tellement importante que mon cerveau n’y voit aucune possibilité concrète, je peux rapidement me retrouver paralysé.
Il peut alors être plus intéressant de garder le rêve comme horizon et de définir une prochaine étape beaucoup plus proche.
Je n’ai pas besoin de connaître les cinquante prochaines étapes.
Quelle est la prochaine ?
Puis la suivante apparaîtra.
C’est aussi une forme de sécurité intérieure : accepter de ne pas connaître tout le chemin avant de commencer à marcher.
Et si nous arrêtions d’opposer objectif et instant présent ?
C’est probablement là que ma vision a le plus évolué.
Pendant longtemps, j’ai pu opposer les deux.
Soit nous sommes tournés vers le futur.
Soit nous sommes dans l’instant présent.
Aujourd’hui, je ne vois plus nécessairement de contradiction.
Je peux avoir une direction pour demain tout en vivant pleinement aujourd’hui.
Le futur me donne un cap.
Le présent reste le seul endroit depuis lequel je peux agir.
Je n’ai donc pas besoin de passer ma journée à visualiser la ligne d’arrivée.
Je regarde la direction.
Je fais ce qui dépend de moi aujourd’hui.
Et je continue à vivre.
Peut-être est-ce finalement cela, avoir un but sans devenir prisonnier du but.
Savoir approximativement où nous voulons aller sans demander à la destination de nous apporter la sécurité, la reconnaissance ou le bonheur que nous ne trouvons pas encore en nous.
Alors la question n’est peut-être plus seulement :
« Quel est ton objectif ? »
Mais :
« Est-ce que le chemin vers cet objectif te permet déjà de vivre la vie que tu souhaites ? »
Nous sommes #TousFormidable.












