Libérez-vous du Triangle de Karpman :

Du triangle de Karpman à la sécurité intérieure : sortir des rôles de Victime, Persécuteur et Sauveteur

Il existe des fonctionnements que nous pouvons reproduire pendant des années sans même savoir que nous sommes à l’intérieur.

Nous souffrons.

Nous accusons.

Nous voulons sauver.

Nous attendons que quelqu’un change.

Nous essayons de changer quelqu’un.

Puis les rôles s’inversent et nous recommençons.

J’ai moi-même vécu pendant longtemps dans certaines de ces dynamiques sans en avoir réellement conscience.

Mon histoire m’a conduit jusqu’à un point de rupture majeur, le 2 mai 2016.

C’est aussi pour cela que le sujet de la responsabilité personnelle est devenu si important pour moi.

Non pas pour dire aux personnes qui souffrent :

« C’est de ta faute. »

Mais pour poser une question beaucoup plus utile :

« Dans cette situation, quelle part de pouvoir puis-je récupérer sur ma propre vie ? »

C’est là que le triangle dramatique de Karpman devient particulièrement intéressant.

Qu’est-ce que le triangle de Karpman ?

Le triangle dramatique a été proposé à la fin des années 1960 par Stephen Karpman.

Il décrit trois positions pouvant apparaître dans certaines relations conflictuelles ou dysfonctionnelles :

La Victime se vit comme impuissante face à la situation. Elle peut avoir le sentiment de ne disposer d’aucune solution et attendre que quelqu’un ou quelque chose vienne modifier sa réalité.

Le Persécuteur critique, accuse, contrôle ou impose. Il désigne souvent un responsable et peut utiliser une position de force pour tenter de reprendre le contrôle.

Le Sauveteur intervient pour résoudre les problèmes de l’autre, parfois sans même que celui-ci lui ait demandé son aide. Il peut se sentir utile, indispensable ou valorisé à travers cette fonction.

La particularité du triangle est que nous ne sommes pas nécessairement enfermés dans un seul rôle.

Nous pouvons passer de l’un à l’autre.

Le Sauveteur qui donne énormément peut finir par penser :

« Après tout ce que j’ai fait pour toi, voilà comment tu me remercies ! »

Il bascule alors vers la Victime ou le Persécuteur.

La Victime peut accumuler de la frustration puis exploser et devenir Persécuteur.

Le Persécuteur peut lui-même se considérer comme Victime lorsqu’il rencontre une résistance.

Le triangle continue de tourner.

Et si ces trois rôles cherchaient d’abord de la sécurité ?

C’est ici que ma lecture actuelle devient différente.

Au lieu de simplement cataloguer les personnes en Victime, Sauveteur ou Persécuteur, je préfère me demander :

qu’est-ce que cette position essaie de protéger ?

La Victime peut chercher de la sécurité en évitant une décision qu’elle ne se sent pas capable d’assumer.

Le Sauveteur peut chercher de la sécurité dans le sentiment d’être utile ou indispensable.

Le Persécuteur peut chercher de la sécurité en contrôlant son environnement.

Derrière trois comportements complètement différents peut donc se trouver une problématique commune :

« Je ne me sens pas suffisamment en sécurité pour vivre cette situation autrement. »

Cette lecture change notre regard.

Il ne s’agit plus de condamner un comportement.

Il s’agit de comprendre sa fonction pour pouvoir progressivement en sortir.

Attention : être victime et se positionner en Victime ne sont pas la même chose

Cette distinction est fondamentale.

Une personne peut réellement être victime d’une agression, d’une violence, d’un abus, d’une discrimination, d’une escroquerie ou d’un événement dont elle n’est absolument pas responsable.

Le triangle de Karpman ne doit jamais servir à nier cette réalité.

Dire à quelqu’un qui subit une violence qu’il doit simplement « sortir de son rôle de victime » serait non seulement simpliste, mais potentiellement dangereux.

La position de Victime décrite dans le triangle concerne une dynamique relationnelle, pas la négation des faits.

Nous pouvons n’avoir aucune responsabilité dans ce qui nous est arrivé et chercher malgré tout, ensuite, la marge de pouvoir dont nous disposons pour nous protéger, demander de l’aide ou reconstruire notre vie.

Responsabilité et culpabilité sont deux choses complètement différentes.

Pourquoi reproduisons-nous ces fonctionnements ?

Parce qu’ils peuvent devenir familiers.

Nous apprenons énormément de choses dans notre environnement familial, social et relationnel.

Nous pouvons développer certaines croyances :

« Je ne peux pas m’en sortir seul. »

« Je dois aider les autres pour être aimé. »

« Si je ne contrôle pas, tout va partir en vrille. »

« Mes besoins passent après ceux des autres. »

« Personne ne m’écoute si je ne me mets pas en colère. »

Ces croyances peuvent ensuite influencer nos réactions sans que nous prenions consciemment la décision de fonctionner ainsi.

Et plus un fonctionnement est ancien, plus il peut nous sembler normal.

Nous ne pensons même plus :

« Je suis en train de choisir cette stratégie. »

Nous réagissons.

C’est précisément ici que la sécurité intérieure devient essentielle.

Sortir de la Victime : retrouver sa marge de pouvoir

Lorsque nous nous sentons impuissants, notre attention se focalise naturellement sur ce que nous ne contrôlons pas.

Le comportement de notre conjoint.

Notre patron.

Nos parents.

Le gouvernement.

L’économie.

Le passé.

La décision de quelqu’un d’autre.

Certaines de ces réalités ont évidemment une influence concrète sur notre vie.

Mais nous pouvons ajouter une question :

« Qu’est-ce qui dépend encore de moi ? »

Peut-être puis-je dire non.

Demander de l’aide.

Chercher une information.

Poser une limite.

Préparer une sortie.

Modifier une habitude.

Exprimer clairement mon besoin.

Parfois notre marge de manœuvre est importante.

Parfois elle est minuscule.

Mais la chercher nous fait déjà sortir de l’impuissance totale.

Sortir du Sauveteur : aider sans prendre le pouvoir

Le Sauveteur peut sembler être le rôle le plus positif du triangle.

Après tout, il aide.

Mais pourquoi aide-t-il ?

C’est une question que je connais particulièrement bien dans les métiers de l’accompagnement.

Nous pouvons vouloir tellement aider quelqu’un que nous finissons par vouloir son changement davantage que lui.

Nous conseillons.

Nous insistons.

Nous expliquons.

Nous faisons à sa place.

Puis nous sommes frustrés lorsqu’il ne change pas.

Aider sainement nécessite parfois davantage de sécurité intérieure que sauver.

Parce qu’aider signifie accepter que l’autre reste libre.

Je peux proposer.

Je peux accompagner.

Je peux transmettre.

Mais je ne peux pas vivre l’expérience à la place de quelqu’un.

Et surtout, je n’ai pas besoin que l’autre change pour prouver ma valeur.

Sortir du Persécuteur : poser une limite sans écraser l’autre

Lorsque nous avons peur de perdre le contrôle, nous pouvons chercher à l’imposer.

Critiquer.

Accuser.

Hausser le ton.

Exiger.

Le problème n’est pas de poser des limites.

Les limites sont indispensables.

La différence se trouve dans la manière de les poser.

Je peux dire :

« Je ne suis pas d’accord. »

« Je ne veux pas cela. »

« Cette situation ne me convient plus. »

« Si ce comportement continue, je partirai. »

Nous pouvons être extrêmement fermes sans avoir besoin d’humilier ou de dominer.

Plus nous possédons de sécurité intérieure, moins nous avons besoin d’écraser l’autre pour sentir que notre position existe.

La responsabilité personnelle n’est pas le contrôle absolu

J’ai beaucoup parlé, dans mon parcours, du fait d’être « 100 % créateur de sa réalité ».

Aujourd’hui, je préfère parler de responsabilité personnelle avec davantage de nuance.

Nous ne contrôlons pas tout.

Nous ne choisissons pas tous les événements.

Nous ne sommes pas responsables des comportements des autres.

En revanche, nous pouvons progressivement reprendre la responsabilité de nos réponses, de nos choix et de nos limites.

Et cette différence est immense.

La sécurité intérieure n’est donc pas :

« Je contrôle ma vie et rien ne peut m’arriver. »

Elle ressemble davantage à :

« Je ne contrôle pas tout ce qui va m’arriver, mais je développe suffisamment de confiance en moi pour savoir que je pourrai chercher une réponse adaptée. »

Observer le triangle plutôt que chercher un coupable

La prochaine fois qu’une relation devient conflictuelle, nous pouvons essayer un exercice.

Au lieu de commencer par chercher qui a tort et qui a raison, observons ce qui se joue.

Est-ce que je me sens impuissant et j’attends que l’autre change ?

Est-ce que j’essaie de sauver quelqu’un qui ne m’a rien demandé ?

Est-ce que je cherche à contrôler ou à culpabiliser l’autre pour obtenir ce que je veux ?

Et surtout :

qu’est-ce que j’ai peur de perdre dans cette situation ?

De l’amour ?

De la reconnaissance ?

Du contrôle ?

De l’argent ?

Une relation ?

Une image de moi ?

Une sécurité matérielle ?

Nous arrivons alors sous le comportement.

Nous commençons à comprendre la protection.

Et lorsque nous comprenons ce que nous essayons de protéger, nous pouvons chercher une réponse plus consciente.

De la souffrance à la responsabilité

Sortir du triangle de Karpman ne consiste pas à devenir parfaitement autonome, à ne plus jamais avoir besoin de personne ou à tout assumer seul.

Nous avons besoin les uns des autres.

Nous avons parfois besoin d’être aidés.

Nous avons parfois besoin d’aider.

Nous devons parfois nous protéger fermement.

Le problème apparaît lorsque ces positions deviennent des automatismes qui organisent nos relations.

La sécurité intérieure nous permet progressivement de passer de la réaction au choix.

Je peux demander de l’aide sans me considérer impuissant.

Je peux aider sans devenir indispensable.

Je peux poser une limite sans devenir Persécuteur.

Je peux reconnaître ce que j’ai subi sans construire toute mon identité autour de ce qui m’est arrivé.

C’est peut-être cela, finalement, passer de la victimisation à la responsabilité.

Non pas se rendre responsable de tout.

Mais récupérer, morceau après morceau, la part de notre vie sur laquelle nous pouvons réellement agir.

Alors, lorsque vous rencontrerez votre prochain conflit, avant de chercher qui est la Victime, le Persécuteur ou le Sauveteur, essayez peut-être de vous poser cette question :

« Depuis quel endroit intérieur suis-je en train de réagir, et qu’est-ce que je ferais différemment si je me sentais suffisamment en sécurité pour ne plus avoir besoin de jouer ce rôle ? »

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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