La valeur spéculative
Et si votre rapport à l’argent parlait aussi de votre sécurité intérieure ?
Si aujourd’hui vous n’êtes pas rémunéré à la hauteur de vos besoins, si vous dépendez financièrement d’une situation que vous aimeriez quitter, ou si l’argent limite régulièrement vos choix, cet article peut vous intéresser.
Pendant longtemps, j’ai beaucoup associé l’argent à l’énergie.
Je continue à penser que notre rapport à l’argent raconte quelque chose de nous, mais aujourd’hui, j’y ajouterais un élément qui me paraît fondamental : la sécurité intérieure.
Parce que lorsque je ne me sens pas suffisamment en sécurité à l’intérieur, l’argent peut rapidement devenir bien plus que de l’argent.
Il devient une protection.
Une reconnaissance.
Une preuve de réussite.
Une manière de mesurer ma valeur.
Ou, au contraire, une source permanente de peur.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Nous devenons aussi ce dont nous nous nourrissons
Notre construction intérieure ne vient pas de nulle part.
Depuis notre enfance, nous absorbons énormément d’informations.
Notre éducation nous transmet certaines croyances.
Nos expériences construisent notre perception du possible et de l’impossible.
Les personnes que nous fréquentons influencent notre manière de penser.
Les médias, les réseaux sociaux et les contenus que nous consommons participent également à cette construction.
Notre alimentation, notre sommeil, notre environnement et notre rythme de vie influencent notre état physique.
Nos relations nourrissent ou fragilisent notre équilibre émotionnel.
Bref, nous nous nourrissons en permanence.
Physiquement.
Mentalement.
Émotionnellement.
Relationnellement.
Et je trouve intéressant de s’arrêter régulièrement pour observer cette nourriture.
De quoi est-ce que je me nourris chaque jour ?
Parce que si je passe mes journées entouré de peur, de comparaison, de compétition, de manque et de discours qui me répètent que je dois toujours posséder davantage pour avoir de la valeur, il y a de fortes chances que cela influence progressivement ma manière de vivre.
Et notamment mon rapport à l’argent.
Manquer d’argent ne signifie pas manquer de valeur
C’est ici que je modifierais quelque chose d’important dans ce que j’écrivais autrefois.
J’aurais pu affirmer :
« Si tu manques d’argent, c’est que tu te dévalorises. »
Aujourd’hui, je trouve cette affirmation beaucoup trop rapide.
Nous pouvons traverser des difficultés financières pour énormément de raisons : une perte d’emploi, une séparation, un accident de parcours, une entreprise qui rencontre des difficultés, une mauvaise décision, un contexte économique compliqué ou simplement une période de transition.
L’argent disponible sur un compte bancaire ne mesure pas la valeur d’un être humain.
En revanche, notre niveau de sécurité intérieure peut profondément influencer les décisions que nous prenons autour de l’argent.
Et ça, je l’observe beaucoup plus concrètement.
Lorsque je suis dans la peur, vais-je accepter d’être sous-payé parce que j’ai peur de perdre mon travail ?
Vais-je rester dans une activité qui ne me convient plus parce que je ne me sens pas capable d’en construire une autre ?
Vais-je acheter quelque chose dont je n’ai pas réellement besoin pour me rassurer, appartenir à un groupe ou donner une certaine image de moi ?
Vais-je au contraire m’interdire systématiquement de dépenser, même lorsque j’en ai les moyens, parce que la peur du manque dirige ma vie ?
C’est là que l’argent devient un révélateur intéressant.
Acheter pour combler une insécurité
Notre société sait parfaitement utiliser nos insécurités.
Regardez simplement la publicité.
Il faut avoir ceci pour être reconnu.
Posséder cela pour être désirable.
Suivre cette méthode pour réussir.
Acheter cette formation pour enfin devenir libre.
Et le développement personnel ou la spiritualité n’échappent évidemment pas à ces mécanismes.
J’ai longtemps été très critique envers ce que j’appelais le « business spirituel ».
Je le suis moins aujourd’hui dans le jugement des personnes, mais je continue à trouver utile de questionner les mécanismes commerciaux.
Parce qu’une formation en ligne peut être excellente.
Une formation enregistrée peut réellement transmettre des connaissances à des centaines de personnes sans nécessiter une heure supplémentaire de travail pour chaque participant.
Ce n’est pas un problème en soi.
C’est même l’intérêt du modèle.
Mais cela ne nous dispense pas de nous poser une question essentielle :
qu’est-ce que j’achète réellement ?
Une connaissance ?
Une méthode ?
Une expérience ?
Un accompagnement ?
Un résultat promis ?
Une appartenance ?
Ou simplement quelques heures de sécurité parce que quelqu’un vient de me convaincre qu’il possède la réponse qui me manque ?
Le prix ne dit pas toute la valeur
C’est pareil pour les promotions.
Autrefois, j’aurais probablement affirmé qu’une personne qui brade son produit se dévalorise et que celui qui achète en promotion se dévalorise également.
Là encore, c’est trop simpliste.
Une promotion peut être une stratégie commerciale parfaitement assumée.
Un prix élevé ne garantit absolument pas une grande valeur.
Et un prix faible ne signifie pas nécessairement que le produit est mauvais.
La vraie question est ailleurs.
Depuis quel endroit intérieur suis-je en train de prendre ma décision ?
Voilà ce qui m’intéresse.
Est-ce que j’achète parce que cette ressource répond réellement à mon besoin ?
Ou parce qu’il reste « seulement trois places » ?
Parce que le prix disparaît ce soir à minuit ?
Parce qu’un compte à rebours me met sous pression ?
Parce que j’ai peur de rater l’opportunité qui va enfin changer ma vie ?
Parce que quelqu’un m’a convaincu que sans son programme, je vais rester bloqué ?
À ce moment-là, ce n’est plus seulement une décision financière.
Ma sécurité intérieure entre dans l’équation.
Plus nous sommes insécures, plus nous cherchons des certitudes
C’est quelque chose que je retrouve aujourd’hui dans beaucoup de domaines.
Lorsque nous ne nous sentons pas suffisamment solides intérieurement, nous cherchons naturellement davantage de garanties à l’extérieur.
Nous voulons savoir.
Nous voulons être rassurés.
Nous voulons quelqu’un qui nous dise quoi faire.
Nous voulons la bonne méthode.
Le bon investissement.
La bonne formation.
Le bon thérapeute.
Le bon coach.
La bonne stratégie.
Et nous pouvons finir par accumuler les ressources sans jamais réellement nous mettre en mouvement.
Parce que nous ne cherchions peut-être pas une solution.
Nous cherchions de la sécurité.
La différence est énorme.
L’accompagnement ne devrait pas créer de dépendance
C’est aussi une question que je me pose sur mon propre métier.
Si une personne vient vers moi parce qu’elle ne se sent pas suffisamment en sécurité pour décider seule et qu’à la fin de l’accompagnement elle a simplement transféré cette sécurité sur moi, qu’avons-nous réellement construit ?
Pas grand-chose.
Elle aura peut-être avancé.
Mais elle aura toujours besoin de quelqu’un pour lui confirmer qu’elle prend la bonne direction.
Pour moi, un accompagnement devrait progressivement produire l’effet inverse.
La personne devrait avoir de moins en moins besoin de l’accompagnant.
Elle apprend à observer ce qui se passe en elle.
À identifier ses mécanismes de protection.
À reconnaître les décisions prises depuis la peur.
À écouter ses besoins.
À poser ses limites.
À expérimenter.
À se tromper éventuellement.
Et surtout à constater qu’elle est capable de traverser l’incertitude sans s’effondrer.
C’est là que la sécurité intérieure commence à devenir une ressource concrète.
Et l’argent dans tout ça ?
L’argent reste indispensable dans notre société.
Il permet de manger, de se loger, de voyager, d’entreprendre, de protéger certains projets et d’accéder à énormément de possibilités.
Il serait absurde de prétendre le contraire.
Mais il peut être intéressant de ne plus lui demander de résoudre ce qu’il ne pourra jamais résoudre durablement.
Un compte bancaire rempli peut apporter une sécurité matérielle réelle.
Mais il ne garantit ni l’estime de soi, ni la confiance, ni la paix intérieure.
Et inversement, travailler sa sécurité intérieure ne dispense pas de gérer concrètement son budget, développer ses compétences, négocier sa rémunération, chercher des clients, épargner ou prendre des décisions financières responsables.
Les deux dimensions peuvent avancer ensemble.
C’est peut-être même là que quelque chose change profondément.
Lorsque je n’attends plus de l’argent qu’il me donne ma valeur, je peux commencer à l’utiliser comme ce qu’il est : une ressource au service de ma vie, et non la preuve de ce que je vaux.
Alors regardez votre compte bancaire si vous le souhaitez.
Mais regardez surtout les décisions qui se cachent derrière.
Les choses que vous acceptez par peur.
Celles que vous achetez pour vous rassurer.
Les prix que vous n’osez pas demander.
Les projets que vous repoussez.
Les dépendances financières que vous n’osez pas questionner.
Et posez-vous simplement cette question :
si je me sentais profondément en sécurité à l’intérieur de moi, qu’est-ce que je ferais différemment aujourd’hui avec mon argent, mon travail et ma valeur ?
Nous sommes #TousFormidable.












