Le pouvoir de la lune
Pleine lune et sécurité intérieure : la lune influence-t-elle vraiment notre vie ?
À l’approche de certaines pleines lunes, les réseaux sociaux commencent à s’agiter.
On nous annonce une énergie particulière.
Une période de transformation.
Des émotions plus intenses.
Des nuits potentiellement agitées.
Des choses à libérer.
Des intentions à poser.
Et certaines pleines lunes portent même un nom qui renforce encore leur dimension symbolique, comme la fameuse « Lune rose ».
Mais une question mérite d’être posée :
devons-nous réellement attendre une pleine lune pour entrevoir un changement dans notre existence ?
Et surtout, jusqu’où allons-nous donner à la lune le pouvoir d’expliquer ce que nous ressentons ?
La « Lune rose » n’est pas réellement rose
Commençons déjà par démystifier son nom.
La pleine lune appelée traditionnellement « Lune rose » n’est généralement pas de couleur rose.
Cette appellation vient d’une tradition nord-américaine associant la pleine lune du printemps à la floraison de certaines plantes sauvages.
Nous sommes donc déjà face à quelque chose d’intéressant.
Un nom symbolique peut progressivement devenir, dans notre imaginaire, une caractéristique de l’événement lui-même.
Et nous retrouvons exactement ce mécanisme dans beaucoup de croyances autour de la lune.
La lune possède de véritables effets physiques
Il ne s’agit évidemment pas de nier l’influence physique de la lune.
Son attraction gravitationnelle joue notamment un rôle majeur dans le phénomène des marées.
Nous pouvons donc parfaitement reconnaître que la lune fait partie d’un système physique dont nous faisons également partie.
En revanche, lorsque nous affirmons qu’une pleine lune provoque nécessairement des insomnies, déclenche certains comportements ou détermine notre état émotionnel, nous entrons dans un domaine beaucoup moins établi.
Les croyances populaires autour de la lune sont nombreuses et anciennes.
Elles peuvent avoir une valeur culturelle, symbolique ou spirituelle.
Mais cela ne signifie pas que chacune constitue une réalité scientifique démontrée.
Cette distinction est importante.
« Je ne dors pas à cause de la pleine lune »
Prenons un exemple que nous entendons régulièrement.
« J’ai très mal dormi cette nuit, mais c’est normal : c’était la pleine lune. »
Peut-être que la personne constate réellement une association dans son expérience.
Mais avant d’attribuer automatiquement notre mauvaise nuit à la lune, nous pouvons également regarder tout le reste.
Dans quel état étions-nous avant de nous coucher ?
Avions-nous passé la soirée devant un écran ?
Avions-nous consommé des stimulants ?
Traversions-nous une période stressante ?
Notre chambre était-elle adaptée au sommeil ?
Étions-nous en train de ruminer une difficulté professionnelle, financière ou relationnelle ?
Parce que si nous attribuons immédiatement notre état à la lune, nous pouvons oublier d’observer les facteurs sur lesquels nous avons réellement une possibilité d’action.
Et c’est précisément ici que je retrouve la sécurité intérieure.
Une explication extérieure peut être rassurante
Lorsque nous ne comprenons pas ce qui se passe en nous, trouver une cause extérieure peut nous rassurer.
« Ce sont les énergies du moment. »
« C’est la pleine lune. »
« C’est le portail énergétique. »
« Ce sont les planètes. »
Cette explication peut nous permettre de donner du sens à quelque chose qui nous échappe.
Le problème n’est pas d’avoir une lecture spirituelle de notre expérience.
Le problème apparaît lorsque cette lecture nous retire toute possibilité d’action.
Si la lune est responsable de mon état, que puis-je faire ?
Attendre qu’elle change.
Si les énergies du moment déterminent mon humeur, que puis-je faire ?
Attendre qu’elles passent.
Nous remettons alors progressivement notre stabilité entre les mains de quelque chose d’extérieur.
Observer la lune sans lui remettre notre pouvoir
Nous pouvons pourtant avoir une relation complètement différente avec ces phénomènes.
Une pleine lune peut devenir un repère.
Un rituel.
Un moment où nous décidons de ralentir.
Une occasion de méditer.
De faire le point.
D’écrire.
De regarder ce que nous voulons conserver ou modifier dans notre vie.
Pourquoi pas ?
Mais dans ce cas, ce n’est pas la lune qui possède le pouvoir.
C’est nous qui choisissons d’utiliser cet événement comme support d’introspection.
Cette différence peut sembler minuscule.
Pourtant, elle change complètement notre position intérieure.
Dans un cas :
« La pleine lune agit sur moi. »
Dans l’autre :
« J’utilise symboliquement cette pleine lune pour m’observer. »
Nous passons de la dépendance au choix.
Avons-nous besoin d’un moment particulier pour changer ?
C’est peut-être la question qui m’intéresse le plus.
Pourquoi attendre lundi pour reprendre une activité physique ?
Pourquoi attendre le premier janvier pour changer une habitude ?
Pourquoi attendre une nouvelle lune pour poser une intention ?
Pourquoi attendre une pleine lune pour « libérer » quelque chose ?
Pourquoi attendre le bon alignement des planètes pour prendre une décision que nous savons nécessaire depuis six mois ?
Notre mental aime les repères.
Ils donnent l’impression qu’il existe un moment idéal.
Mais ce moment idéal peut aussi devenir une formidable excuse pour ne pas agir maintenant.
Nous attendons le signe.
La bonne énergie.
La certitude.
La motivation.
La validation.
Et pendant ce temps-là, rien ne change.
Derrière certaines croyances se cache notre rapport à l’incertitude
C’est là que la sécurité intérieure devient centrale.
Changer implique une part d’inconnu.
Quitter une situation.
Commencer un projet.
Dire non.
Modifier une relation.
Prendre une décision.
Nous aimerions parfois qu’un événement extérieur vienne nous garantir :
« Vas-y, maintenant c’est le bon moment. »
La lune peut alors devenir cette autorisation.
Comme peuvent le devenir un horoscope, une heure miroir, une synchronicité ou l’avis de quelqu’un.
Mais aucune pleine lune ne pourra supprimer totalement l’incertitude d’un choix.
Développer notre sécurité intérieure consiste justement à ne plus avoir besoin d’une garantie absolue pour avancer.
Reprendre son pouvoir ne signifie pas vouloir tout contrôler
Il existe cependant un piège inverse.
Dire que nous reprenons notre pouvoir ne signifie pas prétendre que nous contrôlons tout.
Nous ne contrôlons pas la lune.
Nous ne contrôlons pas les autres.
Nous ne contrôlons pas tous les événements de notre vie.
Et nous ne contrôlons même pas toujours immédiatement ce que nous ressentons.
Notre pouvoir se trouve ailleurs.
Il se trouve dans la manière dont nous allons répondre à ce qui est là.
Je dors mal ?
Je peux chercher ce qui favorise ou perturbe mon sommeil.
Je me sens particulièrement agité ?
Je peux observer ce qui se passe dans ma vie actuellement.
Je ressens le besoin de changer quelque chose ?
Je peux commencer à regarder quelle première action dépend de moi.
C’est beaucoup plus concret que d’attendre que le contexte énergétique devienne favorable.
La lune peut rester dans le ciel
J’aime cette idée parce qu’elle ne nous oblige pas à choisir entre spiritualité et responsabilité personnelle.
Nous pouvons contempler la lune.
Nous pouvons aimer son symbolisme.
Nous pouvons nous sentir reliés aux cycles de la nature.
Nous pouvons créer nos propres rituels autour d’elle si cela nous fait du bien.
Mais nous n’avons pas besoin de lui donner les clés de notre existence.
La sécurité intérieure nous permet justement d’être ouverts aux symboles, aux expériences et à l’inconnu sans avoir besoin que ceux-ci décident à notre place.
Alors la prochaine fois qu’une pleine lune arrive, observez-la.
Profitez-en.
Ressentez ce qu’elle évoque pour vous.
Mais plutôt que de vous demander immédiatement :
« Qu’est-ce que cette pleine lune va provoquer dans ma vie ? »
essayez peut-être une autre question :
« Qu’est-ce que j’attends encore de l’extérieur pour m’autoriser à changer quelque chose que je pourrais commencer à choisir dès maintenant ? »












