Les rencontres physiques
Pourquoi attirons-nous parfois toujours le même type de personnes ?
Il y a des rencontres qui passent dans notre vie sans laisser beaucoup de traces.
Et puis il y en a d’autres qui nous bousculent.
Certaines personnes réveillent immédiatement quelque chose en nous. Elles nous agacent, nous attirent, nous déstabilisent, nous donnent envie de fuir ou, au contraire, créent un attachement extrêmement rapide.
Et parfois, le phénomène se répète.
Nous changeons de conjoint, mais nous avons l’impression de revivre la même relation.
Nous changeons d’entreprise et retrouvons le même type de manager.
Nous quittons une amitié compliquée et, quelques mois plus tard, nous nous retrouvons dans une dynamique étrangement similaire.
Pendant longtemps, j’ai expliqué ces phénomènes par une lecture essentiellement énergétique : nous sommes vibratoires et magnétiques et nous attirons les personnes correspondant à nos mémoires, nos croyances et nos intentions conscientes ou inconscientes.
Aujourd’hui, je préfère laisser ouverte la dimension spirituelle de cette interprétation et regarder également quelque chose de très concret :
nos croyances, notre histoire et notre niveau de sécurité intérieure influencent profondément les relations dans lesquelles nous entrons et surtout celles dans lesquelles nous restons.
Et cela peut expliquer beaucoup de répétitions.
Quand une rencontre réveille quelque chose d’ancien
Imaginez une personne ayant grandi avec l’idée qu’elle devait énormément donner pour recevoir de l’amour.
Devenue adulte, elle peut continuer à trouver parfaitement normal de faire beaucoup d’efforts dans ses relations.
Elle donne.
Elle arrange.
Elle comprend.
Elle pardonne.
Elle s’adapte.
Puis elle rencontre régulièrement des personnes qui prennent beaucoup de place.
Elle peut alors conclure :
« Je tombe toujours sur les mêmes personnes. »
Mais une autre question devient intéressante :
qu’est-ce qui fait que ce type de relation m’est aussi familier ?
Ce n’est pas la même chose que de dire que nous sommes responsables du comportement de l’autre.
Nous ne le sommes pas.
En revanche, nous pouvons essayer de comprendre ce qui, dans notre fonctionnement, nous conduit à accepter certaines dynamiques plus longtemps que nous ne le souhaiterions.
C’est ici que commence la reprise de pouvoir.
Ce qui nous dérange peut parfois nous renseigner
Dans mon ancien texte, j’écrivais que toute personne entrant dans notre vie était là pour nous montrer qui nous étions hier ou nous aider à grandir.
Je ne peux pas présenter cela comme une loi universelle.
Mais j’aime encore regarder certaines rencontres comme des occasions d’observation.
Une personne me dérange énormément.
Pourquoi ?
Qu’est-ce qui est touché en moi ?
Une peur d’être rejeté ?
Un besoin de reconnaissance ?
Une difficulté à supporter la contradiction ?
Une peur de perdre l’autre ?
Une incapacité à dire non ?
Le but n’est pas de conclure automatiquement :
« Si cette personne se comporte ainsi avec moi, c’est parce que je l’ai attirée. »
Le comportement de l’autre lui appartient.
La question intéressante est plutôt :
« Pourquoi ce comportement provoque-t-il cela en moi, et que vais-je faire de ce que je ressens ? »
Nous revenons alors à notre sécurité intérieure.
La sécurité intérieure modifie nos relations
Plus nous sommes intérieurement insécurisés, plus certaines relations peuvent prendre un pouvoir considérable.
Nous pouvons avoir besoin d’être rassurés.
Besoin d’être choisis.
Besoin d’être reconnus.
Besoin que l’autre soit d’accord avec nous.
Besoin qu’il reste.
Et lorsque ces besoins deviennent trop importants, nous pouvons commencer à nous éloigner de nous-mêmes pour préserver la relation.
Nous acceptons ce qui ne nous convient pas.
Nous taisons certaines choses.
Nous faisons des concessions qui deviennent progressivement des renoncements.
Nous voulons sauver l’autre.
Ou nous attendons qu’il nous sauve.
C’est dans ce type de dynamique que le triangle de Karpman peut devenir intéressant comme grille de lecture : victime, persécuteur, sauveur.
Pas pour coller une nouvelle étiquette sur les gens.
Mais pour observer nos positions relationnelles.
Est-ce que j’attends constamment que quelqu’un résolve mes problèmes ?
Est-ce que je veux prendre en charge la vie d’une personne qui ne m’a rien demandé ?
Est-ce que je finis par lui reprocher tout ce que j’ai fait pour elle ?
Ces questions peuvent nous apprendre énormément sur nous.
Attention à ne pas faire de nos « blessures » une identité
À une époque, le développement personnel m’a beaucoup parlé de blessures.
Blessure d’abandon.
Blessure de rejet.
Blessure d’injustice.
Et ces concepts peuvent parfois nous aider à mettre des mots sur certaines expériences.
Le danger apparaît lorsque nous commençons à nous définir par eux.
« J’ai une blessure d’abandon, donc je fonctionne comme ça. »
À force de répéter cette phrase, elle peut devenir une nouvelle identité.
Nous ne sommes plus une personne qui a vécu certaines expériences.
Nous devenons « un abandonné ».
Et lorsque cette identité est installée, nous risquons d’interpréter énormément de situations à travers elle.
Quelqu’un ne répond pas immédiatement à notre message ?
Abandon.
Une personne souhaite prendre de la distance ?
Abandon.
Notre conjoint veut passer une soirée seul ?
Abandon.
La grille de lecture finit parfois par entretenir ce qu’elle était censée nous aider à dépasser.
Une même histoire peut recevoir une interprétation différente
Je me souviens d’une personne que j’avais accompagnée en immersion.
Au début de l’accompagnement, elle m’avait parlé à plusieurs reprises de sa « blessure d’abandon ».
Cette notion occupait une place importante dans sa manière de raconter son histoire.
Puis, au fil de nos échanges, son regard s’est déplacé.
Quelques jours plus tard, son discours était devenu :
« J’ai toujours été soutenue dans ma vie. »
Son passé n’avait pas changé.
Les événements étaient les mêmes.
Ce qui avait changé, c’était l’endroit depuis lequel elle les regardait.
Et je trouve cet exemple extrêmement intéressant.
Nous ne pouvons pas modifier ce qui s’est produit.
Mais nous pouvons parfois découvrir que l’histoire que nous racontons sur notre passé n’est pas la seule histoire possible.
Cela ne signifie pas nier une souffrance réelle.
Cela signifie refuser qu’elle devienne l’unique définition de notre existence.
Nous n’avons pas forcément besoin de passer notre vie dans le passé
Je reste profondément attaché à cette idée.
Comprendre son histoire peut être utile.
Parfois même nécessaire.
Mais comprendre le passé n’est pas une finalité.
À un moment donné, une autre question doit apparaître :
qu’est-ce que je choisis de construire maintenant ?
Parce que notre vie se déroule ici.
La personne qui vient de rentrer dans notre existence est ici.
Notre couple est ici.
Notre travail est ici.
Nos choix sont ici.
Nos limites sont ici.
Et c’est également ici que nous pouvons commencer à expérimenter une autre manière d’être en relation.
Changer de focus ne signifie pas nier ce qui fait mal
Il ne s’agit donc pas de répéter :
« Tout va bien. »
Il s’agit de pouvoir reconnaître :
« Cela me touche. »
Puis d’aller un peu plus loin.
Pourquoi ?
Qu’est-ce que je ressens ?
Qu’est-ce que je crains ?
Qu’est-ce que j’essaie de protéger ?
Et surtout :
depuis quel endroit intérieur vais-je maintenant choisir ma réponse ?
Depuis ma peur d’être abandonné ?
Depuis mon besoin d’être aimé ?
Depuis mon envie de sauver l’autre ?
Ou depuis un endroit suffisamment stable pour respecter ce que je ressens, respecter l’autre et poser une décision qui me correspond ?
C’est là que la sécurité intérieure transforme progressivement nos relations.
Peut-être que nous n’attirons pas toujours les mêmes personnes
Peut-être faisons-nous parfois autre chose.
Nous leur ouvrons la porte plus facilement.
Nous leur accordons davantage de place.
Nous tolérons plus longtemps certains comportements.
Nous interprétons certains signaux en fonction de ce que nous connaissons déjà.
Et lorsque nous changeons intérieurement, ces mécanismes peuvent changer eux aussi.
Nous pouvons rencontrer exactement le même type de personne qu’autrefois et pourtant ne plus vivre la même histoire.
Parce que cette fois, nous reconnaissons plus rapidement ce qui se passe.
Nous ne cherchons plus à convaincre.
Nous ne cherchons plus à sauver.
Nous ne nous abandonnons plus nous-mêmes pour éviter que l’autre nous abandonne.
Nous pouvons simplement constater :
« Cette relation ne me convient pas. »
Et partir.
Ou au contraire :
« Cette situation réveille quelque chose en moi, mais cette personne n’en est pas nécessairement responsable. »
Et rester pour en parler.
Voilà pourquoi la sécurité intérieure change autant nos relations.
Elle ne garantit pas que nous ne rencontrerons plus jamais quelqu’un qui nous dérange, nous déçoit ou nous blesse.
Elle nous permet progressivement de ne plus laisser nos anciennes protections décider automatiquement de la suite de l’histoire.
Le passé peut expliquer certaines de nos réactions.
Il n’est pas obligé d’écrire notre avenir.
Nous sommes #TousFormidable.












