Chacun son niveau de conscience
Suivre son intuition sans se croire au-dessus des autres
Lorsque nous commençons à travailler sur nous, quelque chose change progressivement dans notre manière de regarder la vie.
Nous observons davantage nos réactions.
Nous découvrons nos peurs.
Nous remettons en question certaines croyances.
Nous apprenons à écouter nos émotions.
Nous comprenons que certaines décisions prises autrefois n’étaient peut-être pas réellement les nôtres, mais répondaient au besoin d’être aimé, rassuré, reconnu ou accepté.
Nous pourrions appeler cela une évolution de conscience.
Mais il existe un piège dans lequel il est relativement facile de tomber :
croire que parce que nous avons pris conscience de certaines choses, nous avons atteint un niveau de conscience supérieur à celui des autres.
Et finalement recréer, avec la spiritualité ou le développement personnel, exactement ce que nous cherchions à dépasser : la comparaison.
Il n’existe peut-être pas de hiérarchie de la conscience
Dans mon ancien texte, j’écrivais :
« Si vous lisez cet article, c’est que vous êtes déjà dans une conscience supérieure. »
Aujourd’hui, cette phrase me gêne.
Supérieure à quoi ?
Et surtout, supérieure à qui ?
Celui qui médite serait-il plus conscient que celui qui ne médite pas ?
Celui qui parle d’énergie serait-il plus évolué que celui qui n’y croit pas ?
Celui qui suit son intuition aurait-il compris quelque chose que les autres seraient incapables de percevoir ?
Je ne le crois plus.
Nous pouvons avoir énormément travaillé sur nous-mêmes et continuer à être aveugles sur certains de nos comportements.
Et quelqu’un qui n’a jamais ouvert un livre de développement personnel peut posséder une immense capacité d’écoute, de discernement, d’amour ou de présence.
Nous avançons simplement avec des histoires, des expériences et des sensibilités différentes.
Chacun avance effectivement à son rythme
Sur ce point, je conserve profondément l’intuition de mon ancien texte.
Nous n’avons pas tous les mêmes prises de conscience au même moment.
Et heureusement.
Une expérience qui transforme profondément une personne peut n’avoir aucun effet sur une autre.
Une idée qui nous paraît évidente aujourd’hui aurait peut-être été incompréhensible pour nous dix ans plus tôt.
Cela devrait nous inviter à beaucoup d’humilité.
Parce que si nous avons changé de regard sur certaines choses, pourquoi les autres n’auraient-ils pas eux aussi le droit d’être exactement là où ils sont aujourd’hui ?
Nous n’avons pas besoin de les convaincre.
L’amour n’exige pas que l’autre pense comme nous
Nous parlons énormément d’amour dans les univers spirituels.
Mais il existe une contradiction assez étonnante lorsque nous disons :
« Nous sommes tous amour »
puis que nous classons les personnes entre celles qui seraient éveillées et celles qui ne le seraient pas encore.
L’amour que je cherche aujourd’hui est beaucoup moins théorique.
Puis-je respecter quelqu’un qui ne pense pas comme moi ?
Puis-je entendre une critique sans immédiatement considérer que l’autre parle depuis son ego ?
Puis-je accepter qu’une personne refuse ma vision spirituelle sans vouloir lui démontrer qu’elle n’a simplement « pas encore compris » ?
Voilà des expériences beaucoup plus concrètes.
La critique, la peur et le reproche ne sont pas des ennemis
J’ai longtemps associé ces manifestations à l’ego.
Le mot peut rester intéressant si nous l’utilisons pour décrire certains mécanismes de protection.
Mais dire :
« C’est ton ego »
peut aussi devenir une manière très pratique de ne plus écouter ce que l’émotion essaie de nous apprendre.
La peur n’est pas nécessairement un défaut de conscience.
Elle peut nous signaler un danger.
Le reproche peut révéler une limite qui n’a pas été respectée.
La critique peut contenir une information utile.
Tout n’est pas forcément juste.
Mais tout ne doit pas non plus être rejeté sous prétexte que cela ne ressemble pas à de « l’amour ».
La sécurité intérieure nous permet justement d’accueillir ces informations sans leur donner automatiquement le contrôle.
Accueillir ne signifie pas obéir
Je peux ressentir de la peur et continuer à avancer.
Je peux être en colère et attendre avant de prendre une décision.
Je peux entendre une critique sans immédiatement la croire.
Je peux ressentir un besoin de reconnaissance sans devoir aller le satisfaire auprès de quelqu’un.
L’émotion existe.
Je l’écoute.
Puis je décide.
C’est une distinction essentielle.
Parce que l’objectif n’est pas de devenir un être humain qui ne ressentirait plus jamais de peur, de colère ou de doute.
L’objectif est plutôt de ne plus être automatiquement dirigé par ce que nous ressentons.
« Fais attention » n’est pas forcément une projection de peur
C’est probablement l’un des passages que je modifierais le plus aujourd’hui dans mon ancien texte.
J’écrivais que les personnes qui nous disent de faire attention n’ont simplement pas atteint notre niveau de conscience.
C’est une interprétation dangereuse.
Quelqu’un peut nous dire :
« Fais attention »
parce qu’il projette effectivement ses propres peurs.
Mais il peut aussi avoir identifié un risque que nous n’avons pas vu.
Il peut posséder une expérience que nous n’avons pas.
Il peut chercher sincèrement à nous protéger.
Il peut même avoir raison.
Être intérieurement solide ne signifie donc pas fermer les oreilles aux mises en garde.
Au contraire.
Plus je suis en sécurité intérieure, plus je peux écouter un avis contradictoire sans me sentir obligé de lui obéir ni de le rejeter.
Je prends l’information.
Je l’examine.
Puis je décide.
L’intuition n’est pas toujours facile à distinguer de la peur ou du désir
« Suis ton intuition » est une très belle phrase.
Mais dans la réalité, comment savons-nous que c’est notre intuition ?
Nous pouvons avoir profondément envie que quelque chose fonctionne et appeler cette envie « intuition ».
Nous pouvons vouloir fuir une situation inconfortable et considérer que « notre cœur nous dit de partir ».
Nous pouvons être attirés par une personne et interpréter cette attraction comme un signe.
Nous pouvons avoir peur et appeler cette peur un pressentiment.
Distinguer l’intuition de nos mécanismes de protection demande donc de la connaissance de soi.
Et surtout de la sécurité intérieure.
Plus nous sommes en insécurité, plus nous cherchons des certitudes
Nous voulons savoir.
Est-ce la bonne personne ?
Est-ce le bon projet ?
Est-ce le bon moment ?
Dois-je partir ?
Dois-je rester ?
Mon intuition est-elle juste ?
Alors nous allons chercher une réponse.
Auprès d’un proche.
D’un coach.
D’un thérapeute.
D’un médium.
Dans un livre.
Dans un signe.
Dans une synchronicité.
Ces ressources peuvent parfois nous aider à réfléchir.
Mais aucune ne devrait devenir le propriétaire de notre décision.
Parce que la sécurité intérieure consiste précisément à pouvoir entendre plusieurs informations tout en conservant notre capacité à choisir.
Suivre son cœur ne garantit pas que tout réussira
C’est également une conviction que j’ai envie de faire évoluer.
J’écrivais :
« Suivez votre cœur et tout vous réussira. »
J’aimerais pouvoir garantir cela.
Mais personne ne le peut.
Vous pouvez prendre une décision profondément cohérente avec vos valeurs et rencontrer un échec.
Vous pouvez suivre votre intuition et vous tromper.
Vous pouvez aimer quelqu’un et découvrir que la relation ne fonctionne pas.
Vous pouvez créer un projet qui vous passionne et constater que le marché n’en veut pas.
Suivre son cœur n’est pas une assurance contre l’échec.
C’est autre chose.
C’est essayer de construire une existence dans laquelle nos décisions nous ressemblent.
La véritable confiance ne demande pas d’avoir toujours raison
Voilà peut-être le changement le plus important.
Lorsque nous manquons de sécurité intérieure, nous pouvons avoir besoin que notre intuition soit toujours juste.
Parce que si nous nous trompons, nous risquons de remettre en question notre capacité à décider.
Lorsque cette sécurité grandit, nous pouvons adopter une posture beaucoup plus libre :
« Je vais prendre la décision qui me semble la plus juste avec ce que je sais aujourd’hui. Et si je me trompe, je m’adapterai. »
Nous n’avons plus besoin de prédire parfaitement l’avenir.
Nous avons besoin de nous faire suffisamment confiance pour pouvoir l’affronter.
Se reconnecter à son intérieur
Je conserve donc cette invitation de mon ancien texte.
Revenez à vous.
Pas pour découvrir que vous êtes supérieur, inaltérable ou capable de tout contrôler.
Mais pour apprendre progressivement à reconnaître ce qui se passe en vous.
Qu’est-ce que je ressens ?
De quoi ai-je peur ?
Qu’est-ce que je désire réellement ?
Quelle valeur est importante ici ?
Qu’est-ce qui appartient à mon expérience passée ?
Qu’est-ce que l’autre essaie de me dire ?
Et finalement :
Depuis quel endroit intérieur vais-je chercher cette réponse ?
Cette question permet de déplacer profondément notre manière de décider.
La conscience pourrait commencer par l’humilité
Peut-être que grandir en conscience ne consiste finalement pas à accumuler des certitudes.
Peut-être est-ce exactement l’inverse.
Accepter que nous ne savons pas tout.
Que notre perception n’est pas la réalité absolue.
Que quelqu’un qui pense différemment n’est pas nécessairement moins avancé.
Que nos émotions ont quelque chose à nous apprendre.
Que notre intuition mérite d’être écoutée sans être transformée en vérité incontestable.
Et que nous pouvons nous tromper sans perdre notre valeur.
C’est aussi cela que j’appelle aujourd’hui la sécurité intérieure.
Ne plus avoir besoin d’avoir raison pour rester solide.
Ne plus avoir besoin que l’autre valide notre vision.
Ne plus avoir besoin de nous croire plus conscient pour nous sentir en confiance.
Écouter les autres sans leur abandonner notre pouvoir de décision.
Écouter notre cœur sans cesser d’utiliser notre discernement.
Puis choisir.
Et accepter que la vie nous apprendra la suite.
Nous sommes #TousFormidable.












