Pourquoi avons-nous des problèmes avec nos progénitures ?
Famille monoparentale : quand vouloir prendre toutes les places finit par nous épuiser
Au fil de mes accompagnements, j’ai rencontré beaucoup de femmes qui élevaient seules leurs enfants. Les histoires étaient évidemment différentes, mais certaines problématiques revenaient régulièrement.
Des femmes qui portaient énormément.
Qui essayaient de penser à tout.
Qui voulaient protéger leurs enfants.
Qui compensaient l’absence ou le manque d’implication de l’autre parent.
Qui assumaient parfois simultanément l’éducation, l’organisation de la maison, les finances, le travail et toute la charge émotionnelle de la famille.
Et derrière cette volonté de tenir coûte que coûte, je retrouvais souvent une difficulté essentielle : chacun avait-il encore sa juste place ?
Pour comprendre ce mécanisme, j’aime utiliser l’image d’un puzzle.
Une famille ressemble à un puzzle
Imaginez votre famille comme un grand puzzle.
Chaque personne représente une pièce.
Vous.
Vos enfants.
L’autre parent, qu’il vive ou non sous le même toit.
Et autour de ce premier cercle, les grands-parents, les frères, les sœurs et toutes les personnes qui participent à l’histoire familiale.
Pour que le puzzle soit cohérent, chaque pièce doit pouvoir occuper sa propre place.
Lorsqu’une pièce essaie d’occuper simultanément plusieurs emplacements, l’ensemble se déséquilibre.
C’est exactement ce qui peut arriver dans une famille après une séparation.
Une mère peut penser :
« Puisque leur père n’est pas suffisamment présent, je vais aussi faire le père. »
L’intention est généralement magnifique : protéger les enfants et leur donner ce qui semble leur manquer.
Mais à force de vouloir remplir toutes les places laissées vacantes, une personne peut finir par ne plus occuper pleinement la sienne.
Pourquoi voulons-nous autant compenser ?
Parce que le vide fait peur.
Lorsqu’un parent estime que l’autre n’assume pas suffisamment son rôle, il peut être extrêmement difficile de ne pas intervenir.
Nous voulons éviter que l’enfant souffre.
Nous voulons réparer.
Compenser.
Contrôler.
Prévoir.
Faire en sorte que rien ne manque.
Et derrière cette attitude, il peut y avoir de l’amour, évidemment.
Mais il peut également y avoir de l’insécurité.
« Si je ne m’occupe pas de tout, que va-t-il se passer ? »
« Est-ce que mes enfants vont souffrir ? »
« Est-ce qu’ils vont m’en vouloir ? »
« Est-ce que je suis une mauvaise mère si je ne compense pas ? »
Nous pouvons alors prendre toujours plus de responsabilités jusqu’à nous épuiser.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Car la stratégie qui consiste à tout porter pour sécuriser la famille peut finir par rendre tout le monde dépendant de la personne qui porte tout.
Prendre sa place ne signifie pas abandonner ses responsabilités
Il faut ici être très précis.
Dire à une mère seule de « s’occuper exclusivement d’elle-même », comme je pouvais l’écrire autrefois, serait évidemment excessif.
Un parent a des responsabilités envers ses enfants.
Un enfant a besoin de sécurité, de présence, de règles, d’attention et de soins adaptés à son âge.
Prendre sa juste place ne signifie donc pas arrêter de s’occuper de ses enfants.
Cela signifie plutôt apprendre à distinguer :
Ce qui m’appartient.
Ce qui appartient à mon enfant.
Ce qui appartient à l’autre parent.
Cette distinction peut devenir extrêmement libératrice.
Je peux assumer pleinement ma responsabilité de mère sans essayer de devenir le père.
Je peux accompagner mon enfant dans une difficulté sans vivre cette difficulté à sa place.
Je peux ne pas être d’accord avec mon ex-conjoint sans chercher constamment à contrôler sa manière d’être parent.
Et lorsque la sécurité ou l’intérêt de l’enfant exige évidemment une intervention, alors j’interviens.
Prendre sa place ne consiste jamais à fermer les yeux sur une situation dangereuse.
Un enfant n’a pas à porter les conflits des adultes
Il existe une autre conséquence importante lorsque les places deviennent confuses.
L’enfant peut se retrouver au milieu.
Il entend ce que maman pense de papa.
Ce que papa pense de maman.
Il peut sentir qu’il doit choisir un camp.
Protéger un parent.
Rassurer l’autre.
Devenir confident.
Ou parfois se comporter d’une certaine manière pour éviter de créer davantage de tensions.
L’enfant commence alors lui aussi à quitter sa place.
Il ne devrait pas avoir à gérer émotionnellement les adultes qui l’entourent.
Cela ne signifie pas qu’il faut lui cacher toute réalité.
Mais il existe une différence entre lui expliquer une situation avec des mots adaptés et lui demander implicitement de porter le poids émotionnel de cette situation.
La sécurité intérieure du parent joue ici un rôle majeur.
Plus je suis capable de traverser mes propres émotions sans demander à mon enfant de me rassurer, plus je lui permets de rester simplement à sa place d’enfant.
Se mettre en priorité n’est pas être égoïste
J’ai souvent répété aux personnes que j’accompagnais :
« Mets-toi en priorité. »
Cette phrase peut choquer lorsqu’elle est adressée à un parent.
Pourtant, elle ne signifie pas :
« Tes enfants ne comptent pas. »
Elle signifie :
« Tu comptes aussi. »
Lorsque toute notre énergie est consacrée aux besoins des autres, nous finissons parfois par disparaître de notre propre vie.
Nous ne savons plus ce que nous aimons.
Nous ne prenons plus de temps pour nous.
Nous culpabilisons dès que nous faisons quelque chose sans les enfants.
Et notre équilibre finit par dépendre entièrement de leur bien-être.
Prendre soin de soi permet au contraire de retrouver une existence qui ne repose pas uniquement sur notre fonction parentale.
Nous sommes parent.
Mais nous sommes également une femme ou un homme, une personne avec des envies, des relations, des projets, des besoins et une vie qui lui appartient.
Quand une pièce reprend sa place, tout le puzzle bouge
C’est là que l’image du puzzle devient intéressante.
Lorsque nous changeons notre manière de fonctionner, les relations autour de nous changent nécessairement.
Si j’arrête de tout faire pour mon enfant, il peut progressivement apprendre à faire certaines choses lui-même.
Si je cesse de répondre systématiquement à la place de mon ex-conjoint, celui-ci se retrouve davantage face à ses propres responsabilités.
Si je pose une limite à mes parents, notre relation doit trouver un nouvel équilibre.
Nous ne contrôlons évidemment pas la réaction des autres.
Ils peuvent même résister au changement.
Mais nous modifions notre propre position dans le système familial.
Et lorsqu’une pièce change de place, tout le puzzle doit se réorganiser.
La sécurité intérieure permet de ne plus vouloir tenir toute la famille
Dans une famille, nous aimerions parfois pouvoir garantir que tout le monde ira bien.
Que nos enfants ne souffriront jamais.
Que l’autre parent fera toujours les bons choix.
Que personne ne sera déçu.
Mais cette garantie n’existe pas.
La sécurité intérieure consiste aussi à accepter que nous ne pouvons pas contrôler toutes les pièces du puzzle.
Nous pouvons simplement prendre soin de la nôtre.
Être présent.
Assumer nos responsabilités.
Poser nos limites.
Demander de l’aide lorsque nous en avons besoin.
Laisser les autres assumer ce qui leur appartient.
Et offrir à nos enfants un repère essentiel : celui d’un adulte qui n’est pas parfait, mais qui ne s’abandonne pas lui-même pour essayer de sauver tout le monde.
Parce que prendre sa place ne consiste pas à prendre davantage de place.
Cela consiste à ne plus avoir besoin d’occuper celle des autres pour se sentir en sécurité dans la sienne.
Et lorsqu’une pièce retrouve enfin sa juste place, le puzzle entier peut commencer à respirer différemment.
Nous sommes #TousFormidable.












