Pourquoi la vie est si compliqué ?
Pourquoi compliquons-nous autant notre vie ?
J’entends régulièrement cette phrase :
« Ah, si seulement la vie était plus simple… »
Et pourtant, j’ai longtemps affirmé exactement l’inverse :
La vie est simple.
Aujourd’hui, j’apporterais une nuance. La vie elle-même peut nous confronter à des situations extrêmement complexes : une séparation, des difficultés financières, un problème de santé, un deuil, des responsabilités familiales ou professionnelles que nous n’avons pas forcément choisies.
Tout n’est donc pas simple.
En revanche, j’observe que nous ajoutons parfois nous-mêmes énormément de complexité à ce qui est déjà là.
Pourquoi ?
Parce que nous essayons de satisfaire tout le monde.
Parce que nous voulons prévoir ce qui va arriver.
Parce que nous avons peur de déplaire.
Parce que nous cherchons la bonne décision avant même de nous autoriser à avancer.
Et derrière beaucoup de ces comportements, je retrouve aujourd’hui le même dénominateur commun : notre sécurité intérieure.
Première complication : vivre constamment pour les autres
Nous avons appris très tôt à tenir compte des autres.
Et heureusement.
Vivre en société implique de respecter certaines règles, de faire parfois des compromis, d’aider, de partager et de prendre en considération les besoins des personnes avec lesquelles nous vivons.
Mais tenir compte des autres ne signifie pas construire toute son existence autour d’eux.
Lorsque chacune de mes décisions passe d’abord par :
« Qu’est-ce qu’ils vont penser ? »
« Est-ce que cela va lui faire de la peine ? »
« Est-ce que je vais être jugé ? »
« Est-ce que j’ai le droit de faire ça ? »
… je ne suis plus seulement attentif aux autres.
Je commence à leur confier la direction de ma vie.
Et souvent, si je fais cela, c’est parce que leur approbation participe à mon sentiment de sécurité.
Nous sommes tous des « 1-dividus »
J’aime jouer avec ce mot : 1-dividu.
Un individu.
Un être unique.
Il n’existe pas deux copies parfaitement identiques de qui nous sommes.
Nous avons notre histoire, nos valeurs, nos compétences, nos aspirations et notre manière singulière d’habiter le monde.
Prendre sa place consiste donc d’abord à découvrir cette singularité.
Pas pour devenir individualiste.
Pas pour considérer que les autres ne comptent plus.
Mais pour ne plus avoir besoin de nous abandonner afin de conserver leur amour.
C’est particulièrement important dans le couple et dans la relation avec les enfants.
Aimer quelqu’un ne consiste pas nécessairement à lui éviter toute difficulté.
Parfois, vouloir constamment protéger l’autre l’empêche aussi d’expérimenter, d’apprendre, de choisir et de développer ses propres ressources.
Nous pouvons soutenir sans sauver.
Accompagner sans contrôler.
Aimer sans nous sacrifier.
Pourquoi le mental complique-t-il autant les décisions ?
Dans mon texte initial, j’opposais beaucoup le mental au cœur ou à l’âme.
Le mental représentait l’ego, la peur et la souffrance, tandis que le cœur représentait la nature, le calme, la paix et l’amour.
Aujourd’hui, je ne considère plus le mental comme un adversaire.
Nous en avons besoin.
Il nous permet d’analyser, d’anticiper, d’organiser et de résoudre des problèmes.
Le problème commence lorsqu’il essaie d’obtenir une chose impossible : la certitude absolue.
« Et si je me trompe ? »
« Et si ça ne marche pas ? »
« Et si je regrette ? »
« Et si je perds de l’argent ? »
« Et si mon entourage ne comprend pas ? »
Le mental peut alors produire dix scénarios, puis vingt, puis cinquante.
Et nous appelons parfois cela « réfléchir ».
Alors que nous sommes surtout en train d’essayer de nous rassurer.
La sécurité intérieure permet d’agir sans tout savoir
Voilà pourquoi certaines décisions paraissent soudainement simples lorsque nous retrouvons un état intérieur plus stable.
Nous ne savons pas forcément davantage de choses.
Nous acceptons simplement de ne pas tout savoir.
Il y a une différence immense entre :
« Je suis certain que cela va fonctionner. »
et :
« Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais je me sens suffisamment solide pour avancer et m’adapter. »
La première phrase cherche une garantie extérieure.
La seconde repose sur la sécurité intérieure.
C’est aussi pour cela que certaines intuitions disparaissent lorsque nous attendons trop longtemps.
Nous ressentons clairement une direction.
Puis nous commençons à demander des avis.
À analyser.
À imaginer les problèmes.
À chercher des garanties.
Et progressivement, la peur reprend le volant.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
« Battre le fer pendant qu’il est chaud »
J’utilisais cette expression dans mon texte d’origine et je la trouve toujours pertinente.
Lorsque quelque chose devient clair, il peut être utile de poser rapidement une première action.
Pas nécessairement tout bouleverser dans l’heure.
Une intuition n’exige pas systématiquement de quitter son emploi, de déménager ou de mettre fin à une relation sur-le-champ.
Mais nous pouvons poser un acte.
Passer un appel.
Écrire une idée.
Prendre un rendez-vous.
Chercher une information.
Bloquer une date.
Faire un premier pas.
Pourquoi ?
Parce que l’action permet de transformer une intention en expérience réelle.
Et l’expérience nous donne de nouvelles informations que notre mental, seul dans son coin, ne pourra jamais produire.
S’occuper de soi ne signifie pas « ne se soucier que de soi »
J’écrivais autrefois que la vie devient simple lorsque nous nous occupons « de nous et de nous seul ».
Je l’exprimerais différemment aujourd’hui.
Nous vivons avec d’autres êtres humains.
Nous avons parfois des enfants, un conjoint, des parents, des collaborateurs ou des personnes envers lesquelles nous avons de véritables responsabilités.
La liberté ne consiste donc pas à ignorer tout le monde au nom de notre épanouissement personnel.
Elle consiste à ne plus nous oublier systématiquement dans l’équation.
Je peux prendre soin de quelqu’un sans me sacrifier.
Je peux respecter les règles nécessaires à la vie collective sans laisser toutes les normes sociales définir mon existence.
Je peux écouter un conseil sans lui remettre mon pouvoir de décision.
Je peux aimer quelqu’un profondément tout en prenant une direction différente de la sienne.
Cela demande parfois beaucoup plus de sécurité intérieure que de simplement dire oui.
Et si la simplicité était là ?
La simplicité n’est peut-être pas une vie dans laquelle il n’y a plus aucun problème.
C’est peut-être une vie dans laquelle nous arrêtons d’ajouter constamment une deuxième difficulté à la première.
Il y a ce qui arrive.
Puis il y a nos peurs, nos scénarios, notre besoin de plaire, notre culpabilité et notre volonté de tout contrôler.
Nous ne pouvons pas toujours simplifier les circonstances.
Mais nous pouvons apprendre à simplifier l’endroit depuis lequel nous y répondons.
Qu’est-ce qui est réellement important pour moi ?
Qu’est-ce qui dépend de moi ?
Quelle est la prochaine action concrète ?
Et surtout :
Depuis quel endroit intérieur suis-je en train de choisir : celui qui cherche désespérément à être rassuré, ou celui qui se sent suffisamment sécure pour avancer sans tout contrôler ?
Peut-être que la vie devient effectivement beaucoup plus simple lorsque nous cessons d’attendre que tout l’extérieur soit parfaitement sécurisé avant de nous autoriser à vivre.
Nous sommes #TousFormidable.












