Pourquoi notre esprit est trouble ?
Et si votre esprit ressemblait à un bocal d’eau trouble ?
Regardez ces deux récipients.
Dans celui de gauche, l’eau est trouble. Tout semble mélangé. Les particules occupent l’espace et il est difficile de voir à travers.
Dans celui de droite, l’eau s’est clarifiée.
Pourtant, personne n’est allé retirer une à une toutes les particules présentes dans l’eau.
On a simplement arrêté d’agiter.
J’aime beaucoup cette image parce qu’elle représente assez bien ce que j’observe chez l’être humain.
Et ce que j’ai longtemps observé chez moi.
Nous passons notre temps à remuer le bocal
Nous pensons.
Nous anticipons.
Nous cherchons des solutions.
Nous imaginons ce qui pourrait arriver.
Nous revenons sur ce qui s’est passé hier.
Nous nous demandons ce que les autres pensent de nous.
Nous regardons les informations.
Nous ouvrons Facebook.
Nous répondons aux messages.
Nous écoutons quelque chose dans la voiture.
Nous remplissons les silences.
Et lorsqu’une difficulté apparaît, nous ajoutons encore davantage d’agitation.
Il faut trouver une solution.
Maintenant.
Alors nous faisons.
Encore.
Et encore.
C’est précisément là que je retrouve aujourd’hui la question de la sécurité intérieure.
Parce que derrière cette agitation permanente peut se cacher une stratégie extrêmement simple :
Faire pour se rassurer.
Tant que je fais quelque chose, j’ai l’impression de garder le contrôle.
Tant que je réfléchis, j’ai l’impression de chercher une solution.
Tant que j’anticipe tous les scénarios, j’ai l’impression de me protéger.
Tant que je surveille ce qui se passe à l’extérieur, j’ai l’impression de pouvoir éviter le danger.
Sauf qu’à force de remuer le bocal pour essayer d’y voir plus clair, nous obtenons parfois exactement l’inverse.
L’eau devient de plus en plus trouble.
Même le développement personnel peut devenir une agitation supplémentaire
J’ai longtemps évolué dans le milieu du développement personnel et de la spiritualité.
Et j’y ai observé un paradoxe qui m’intéresse toujours.
Nous pouvons chercher la paix avec énormément d’agitation.
Il faut méditer.
Il faut comprendre ses blessures.
Il faut nettoyer ses mémoires.
Il faut augmenter son taux vibratoire.
Il faut se protéger.
Il faut faire tel rituel.
Lire tel livre.
Écouter telle personne.
Comprendre les signes.
Analyser les synchronicités.
Et notre mental, qui adore comprendre et contrôler, peut parfaitement récupérer tout cela.
Nous avons simplement remplacé une liste de préoccupations par une autre.
Le bocal continue d’être secoué.
Seulement, nous avons changé l’étiquette dessus.
Que se passe-t-il lorsque nous arrêtons de remuer ?
C’est une expérience très simple à faire.
Posez un verre contenant de l’eau et quelques particules en suspension.
Ne touchez plus à rien.
Progressivement, les mouvements diminuent.
Une partie des particules se dépose.
L’eau paraît plus claire.
Je retrouve quelque chose de similaire lorsque je passe suffisamment de temps dans le silence.
Au début, mon cerveau continue.
Il pense à ce que je dois faire.
À une conversation.
À un problème.
À une idée.
À demain.
Puis, si je ne saute pas immédiatement sur chacune de ces pensées, quelque chose se calme progressivement.
Et lorsque le bruit diminue, je peux enfin entendre ce qui se passe réellement en moi.
Pas quelque chose de mystique ou de spectaculaire.
Parfois, c’est même extrêmement banal.
Je suis fatigué.
Je n’ai plus envie de faire ça.
Cette situation ne me convient pas.
J’ai besoin d’être seul.
J’ai envie de voir cette personne.
J’ai besoin de nature.
J’ai peur.
Je suis en train de vouloir prouver quelque chose.
Voilà des informations que l’agitation permanente peut parfaitement masquer.
La sécurité intérieure ne consiste pas à supprimer les particules
C’est probablement là que ma vision a le plus évolué.
Pendant longtemps, j’ai cherché à nettoyer.
À libérer.
À transmuter.
À faire disparaître ce qui me semblait empêcher l’être humain d’accéder à son plein potentiel.
Aujourd’hui, je ne cherche plus nécessairement à avoir une eau parfaitement pure.
Parce que la vie continuera à la remuer.
Il y aura des mauvaises nouvelles.
Des conflits.
Des pertes.
Des imprévus.
Des factures.
Des décisions difficiles.
Des personnes qui nous dérangeront.
Des émotions inconfortables.
Des périodes pendant lesquelles nous ne saurons absolument pas quoi faire.
La sécurité intérieure n’est donc pas un état permanent dans lequel plus rien ne vient troubler notre eau.
C’est davantage la capacité à ne pas paniquer dès qu’elle devient trouble.
Je peux ressentir une peur sans immédiatement lui obéir.
Je peux ne pas avoir la réponse sans me précipiter sur Internet pour la trouver.
Je peux traverser une incertitude sans devoir contrôler tout mon environnement.
Je peux ressentir une émotion désagréable sans considérer qu’il faut immédiatement la faire disparaître.
Je peux simplement observer.
Et attendre parfois que ça décante.
Toutes les réponses n’arrivent pas en réfléchissant davantage
C’est quelque chose que j’ai énormément expérimenté.
Je peux passer une heure à essayer mentalement de résoudre un problème sans avancer d’un centimètre.
Puis partir marcher.
Ne plus chercher.
Regarder les arbres.
Respirer.
Et soudain, une évidence apparaît.
Pourquoi ?
Je pourrais autrefois vous avoir donné une longue explication autour des énergies, de la Source ou de la divinité.
Aujourd’hui, je n’ai même plus besoin de savoir exactement pourquoi.
Je constate simplement que certaines réponses deviennent accessibles lorsque j’arrête de les poursuivre.
Et surtout, elles apparaissent depuis un état intérieur différent.
Lorsque je cherche une réponse depuis la peur, ma question est souvent :
« Comment puis-je éviter que quelque chose de mauvais arrive ? »
Lorsque je retrouve davantage de sécurité intérieure, elle peut devenir :
« Qu’est-ce que j’ai réellement envie de faire maintenant ? »
Ce ne sont pas du tout les mêmes chemins qui apparaissent.
Arrêter de chercher n’est pas renoncer à agir
Attention cependant à ne pas transformer le silence en nouvelle excuse.
Se poser ne signifie pas attendre éternellement que « la vie » fasse tout à notre place.
Il y a un moment pour laisser décanter.
Et il y a un moment pour agir.
La différence, c’est l’endroit intérieur depuis lequel part l’action.
Est-ce que je suis en train d’agir parce que je panique ?
Parce que je veux absolument contrôler le résultat ?
Parce que j’ai peur de manquer ?
Parce que j’ai besoin d’être rassuré ?
Ou est-ce que je vois suffisamment clair pour faire simplement le prochain pas ?
Cette question m’intéresse aujourd’hui beaucoup plus que toutes les méthodes que j’ai pu accumuler.
Peut-être n’avez-vous pas besoin d’une nouvelle solution
Nous cherchons énormément de réponses à l’extérieur.
Un nouveau livre.
Une nouvelle vidéo.
Un nouvel accompagnement.
Une nouvelle méthode.
Une personne qui nous dira enfin ce que nous devons faire.
Parfois, c’est utile.
Et parfois, nous sommes simplement en train de verser quelque chose de plus dans une eau déjà complètement trouble.
Alors avant d’ajouter une nouvelle solution, il pourrait être intéressant d’expérimenter l’inverse.
Ne rien ajouter.
Vous poser.
Couper le téléphone.
Marcher.
Regarder la mer.
Vous allonger dans l’herbe.
Laisser les pensées passer sans essayer de répondre à chacune.
Et observer ce qui se produit lorsque vous cessez enfin de remuer le bocal.
Peut-être que votre sécurité intérieure commence aussi comme cela.
Non pas lorsque vous avez obtenu toutes les réponses.
Mais lorsque vous découvrez que vous pouvez être en paix quelques instants même sans les avoir.
Nous sommes #TousFormidable.












