Pourquoi il ne faut pas couper les liens du passé
Faut-il vraiment couper les liens avec une personne que l’on considère comme toxique ?
Lorsqu’une relation nous fait souffrir, nous entendons régulièrement le même conseil :
« Coupe les liens. »
Couper avec un ancien conjoint.
Couper avec un parent.
Couper avec une personne que nous considérons comme toxique.
Couper énergétiquement.
Couper définitivement.
Cette idée peut sembler logique. Si quelqu’un nous fait du mal, pourquoi conserver un lien avec cette personne ?
Mais avec le temps, j’ai commencé à me poser une autre question :
Avons-nous réellement besoin de couper intérieurement le lien avec quelqu’un pour nous libérer de son influence ?
Peut-être existe-t-il une différence fondamentale entre couper une relation dans la matière et rester intérieurement attaché à elle par la colère, la peur ou le ressentiment.
Et cette différence nous ramène directement à la sécurité intérieure.
Prendre de la distance peut être absolument nécessaire
Commençons par une distinction essentielle.
Certaines relations nécessitent réellement une séparation.
Lorsqu’une personne nous maltraite, nous manipule, nous menace, ne respecte pas nos limites ou représente un danger, prendre de la distance peut être indispensable.
La spiritualité ne doit jamais devenir une raison de rester exposé à des comportements destructeurs.
Nous avons le droit de ne plus voir quelqu’un.
Nous avons le droit de ne plus répondre.
Nous avons le droit de mettre fin à une relation.
Nous avons le droit de poser une limite ferme.
Nous pouvons même reconnaître qu’un être humain possède sa propre histoire, ses blessures et ses raisons d’agir comme il agit, tout en décidant :
« Je ne veux plus de ce comportement dans ma vie. »
Comprendre n’oblige pas à fréquenter.
Aimer l’humanité n’oblige pas à ouvrir sa porte à tout le monde.
Peut-on quitter quelqu’un sans rester attaché à lui ?
C’est ici que les choses deviennent beaucoup plus subtiles.
Nous pouvons ne plus voir une personne depuis dix ans et continuer à entretenir avec elle un lien intérieur extrêmement puissant.
Nous pensons encore à ce qu’elle nous a fait.
Nous imaginons les conversations que nous aurions dû avoir.
Nous ressentons de la colère lorsque son nom est prononcé.
Nous surveillons parfois ce qu’elle devient.
Nous racontons régulièrement notre histoire avec elle.
Physiquement, cette personne a quitté notre vie.
Psychologiquement, elle continue à occuper une place considérable.
Avons-nous réellement « coupé le lien » ?
Pas forcément.
Nous avons coupé le contact.
Ce n’est pas la même chose.
Certains liens avec le passé sont entretenus par nos protections
Lorsque nous avons été blessés, notre système de protection garde naturellement une trace de l’expérience.
Il veut éviter que cela recommence.
Il peut donc continuer à surveiller.
À anticiper.
À comparer les nouvelles personnes avec celle qui nous a blessés.
« Mon ex faisait exactement la même chose. »
« Je connais ce genre de personne. »
« Plus jamais je ne me laisserai avoir. »
Ces réactions peuvent être compréhensibles.
Mais elles montrent aussi que l’ancienne relation influence encore notre présent.
La sécurité intérieure consiste progressivement à ne plus avoir besoin de rester en vigilance permanente pour être certain de ne jamais revivre la même chose.
Nous apprenons plutôt à nous faire confiance.
Je peux rencontrer quelqu’un sans savoir immédiatement qui il est.
Je peux observer.
Je peux poser mes limites.
Et surtout, je peux partir si ces limites ne sont pas respectées.
La sécurité ne vient plus uniquement du fait d’éviter certaines personnes.
Elle vient aussi de la certitude intérieure que je ne m’abandonnerai plus moi-même dans une relation.
Sommes-nous réellement tous interconnectés ?
Dans ma vision spirituelle, oui.
Je considère que nous faisons partie d’un tout, que la séparation entre les êtres est moins absolue qu’elle n’en a l’air et que nous participons tous à quelque chose de plus vaste.
D’autres personnes appelleront cela la Source, Dieu, l’Univers, la conscience ou simplement le vivant.
C’est une croyance spirituelle, pas une vérité que je cherche à imposer.
Mais cette vision m’amène à une réflexion intéressante.
Si je considère chaque être humain uniquement à travers le comportement qui m’a blessé, est-ce que je ne risque pas de rester moi-même prisonnier de ce comportement ?
Puis-je reconnaître l’humanité de quelqu’un sans vouloir partager ma vie avec lui ?
Je crois que oui.
Et c’est peut-être précisément là que se trouve l’alternative à la coupure intérieure.
Ne plus confondre amour et proximité
Nous avons parfois une vision étrange de l’amour.
Si j’aime quelqu’un, je devrais le fréquenter.
Si je lui pardonne, je devrais reprendre contact.
Si j’accepte ce qui s’est passé, je devrais permettre à la relation de recommencer.
Non.
Nous pouvons souhaiter intérieurement la paix à quelqu’un et ne plus jamais le revoir.
Nous pouvons comprendre ses blessures et refuser ses comportements.
Nous pouvons ne plus nourrir de haine tout en conservant une frontière extrêmement claire.
C’est même parfois une forme profonde de sécurité intérieure.
Je n’ai plus besoin de détruire l’autre intérieurement pour m’autoriser à m’en éloigner.
Le ressentiment peut continuer à nous coûter de l’énergie
J’ai autrefois associé directement les émotions non libérées aux maladies et aux pathologies graves.
Je serais beaucoup plus prudent aujourd’hui.
Une maladie ne peut évidemment pas être expliquée simplement par un ressentiment, une colère ou un lien énergétique non coupé.
En revanche, vivre durablement dans la rumination, le stress et la colère peut peser sur notre bien-être psychologique et physique.
Et surtout, cela consomme énormément d’attention.
Or notre attention est une ressource.
Chaque heure passée à rejouer intérieurement une ancienne relation est une heure pendant laquelle cette histoire continue à prendre de la place dans notre vie présente.
La question n’est donc peut-être pas :
« Comment couper cette personne de moi ? »
Mais plutôt :
« Comment faire pour que cette personne n’ait plus besoin d’occuper autant d’espace à l’intérieur de moi ? »
Se libérer sans arracher
Imaginez une personne qui vous a profondément blessé.
Vous n’avez pas besoin de lui trouver des excuses.
Vous n’avez pas besoin de nier votre douleur.
Vous n’avez pas forcément besoin de pardonner aujourd’hui.
Commencez simplement par reconnaître :
« Cette histoire a existé. Elle fait partie de mon parcours. Mais je ne veux plus qu’elle dirige mes choix présents. »
Puis observez ce qu’elle continue à provoquer.
De quoi avez-vous encore peur ?
Quelle protection avez-vous construite ?
Quelle croyance sur vous-même ou sur les autres est née de cette relation ?
Qu’avez-vous besoin d’apprendre aujourd’hui pour vous sentir suffisamment en sécurité sans rester intérieurement en guerre contre cette personne ?
C’est là que commence, pour moi, une véritable libération.
Pas nécessairement lorsqu’on coupe.
Mais lorsqu’on n’a plus besoin de retenir.
La sécurité intérieure permet de rester relié sans rester exposé
Nous pouvons donc nous éloigner sans haïr.
Poser une limite sans condamner toute la personne.
Quitter une relation sans passer les dix années suivantes à la combattre intérieurement.
Nous pouvons également accepter qu’une personne appartienne à notre histoire sans lui laisser une place dans notre quotidien.
C’est peut-être cela, finalement, préserver le lien au sens le plus large : reconnaître que cette rencontre a existé, qu’elle a participé à notre histoire, puis reprendre notre chemin.
Sans nier.
Sans idéaliser.
Sans continuer à subir.
La question n’est alors plus : « Dois-je couper le lien avec cette personne ? »
Elle devient :
« De quoi ai-je besoin pour que ce lien ne décide plus de mon état intérieur ? »
Et lorsque nous pouvons penser à quelqu’un sans avoir besoin de le fuir, de le combattre, de le convaincre ou d’obtenir enfin quelque chose de lui, peut-être découvrons-nous que nous n’avions finalement pas besoin de couper le lien.
Nous avions besoin de retrouver notre liberté.
Nous sommes #TousFormidable.












