Prendre sa place

Prendre sa place : et si la sécurité intérieure commençait par arrêter de vivre pour les autres ?

Pendant une grande partie de notre vie, nous pouvons avancer en répondant à une question que nous ne nous posons même pas consciemment :

« Qu’est-ce que les autres attendent de moi ? »

La famille attend quelque chose.

L’école attend quelque chose.

Le monde professionnel attend quelque chose.

Le conjoint attend quelque chose.

Les amis, les enfants, la société ont également leurs représentations de ce que nous devrions être.

Alors progressivement, nous apprenons à nous adapter.

À être raisonnable.

À ne pas trop déranger.

À choisir un métier sérieux.

À construire notre vie comme il faut.

À nous comporter comme quelqu’un de notre âge devrait se comporter.

À dire oui alors que nous pensions non.

À faire bonne figure.

À conserver certaines relations.

À abandonner certaines envies.

Et le plus troublant, c’est qu’après plusieurs décennies passées à nous adapter, nous pouvons finir par ne plus savoir ce que nous aurions choisi sans le regard des autres.

C’est ici que commence, selon moi, une véritable réflexion sur la sécurité intérieure.

Nous sommes tous uniques, mais encore faut-il nous autoriser à l’être

Il n’existe pas deux êtres humains parfaitement identiques.

Nous n’avons pas exactement la même histoire, les mêmes aptitudes, les mêmes sensibilités, les mêmes aspirations ni la même manière de regarder le monde.

Pourtant, nous passons énormément de temps à essayer de nous conformer à des modèles.

Nous regardons celui qui réussit.

Nous observons comment il travaille.

Comment il communique.

Comment il s’habille.

Comment il organise ses journées.

Puis nous essayons parfois de reproduire sa recette.

S’inspirer est formidable.

Se copier pour se rassurer est différent.

Parce que si je construis ma vie à partir de celle d’un autre, je peux éventuellement obtenir des résultats similaires aux siens sans jamais ressentir ce qu’il ressent.

Sa réussite correspond peut-être à ses valeurs.

Pas aux miennes.

Prendre sa place ne consiste donc pas à trouver quelqu’un qui semble heureux et à faire pareil.

Cela consiste à découvrir ce qui nous correspond réellement.

Pourquoi est-il si difficile d’être soi ?

Parce qu’être soi comporte un risque.

Déplaire.

Décevoir.

Être jugé.

Ne plus appartenir au groupe.

Imaginez quelqu’un qui a passé vingt ans à être disponible pour tout le monde.

Puis un jour, cette personne commence à dire non.

« Non, je ne peux pas venir. »

« Non, je ne veux plus faire ça. »

« Non, ce fonctionnement ne me convient plus. »

Elle pourra rapidement entendre :

« Tu as changé. »

Et c’est vrai.

Elle a changé.

Mais peut-être est-elle surtout en train d’arrêter de se trahir.

La difficulté, c’est qu’une personne qui manque de sécurité intérieure peut interpréter le mécontentement des autres comme la preuve qu’elle fait quelque chose de mal.

Alors elle revient à son ancien comportement.

Elle dit oui.

Tout le monde est rassuré.

Sauf elle.

Prendre sa place demande de supporter de ne plus plaire à tout le monde

Voilà pourquoi la sécurité intérieure est fondamentale.

Plus j’ai besoin de l’approbation extérieure pour me sentir bien, plus mes décisions seront influencées par les réactions des autres.

Je vais anticiper :

« Qu’est-ce qu’ils vont penser ? »

« Est-ce qu’il va mal le prendre ? »

« Est-ce qu’elle va encore m’aimer ? »

« Est-ce que je vais passer pour quelqu’un d’égoïste ? »

Et progressivement, je peux fabriquer une existence parfaitement acceptable pour les autres mais profondément inconfortable pour moi.

Prendre sa place ne signifie évidemment pas devenir indifférent aux autres.

Nous vivons ensemble.

Nos choix ont des conséquences.

Nous avons des engagements et des responsabilités.

Mais il existe une différence entre tenir compte des autres et leur abandonner la direction de notre existence.

Enlever les étiquettes pour retrouver ce qui compte vraiment

Dans mon ancien texte, je parlais de toutes les étiquettes qui nous avaient été collées et que nous avions fini par nous approprier.

C’est un exercice que je trouve toujours intéressant.

Qui êtes-vous si nous retirons votre métier ?

Votre statut social ?

Votre situation familiale ?

Votre niveau d’études ?

Votre âge ?

Votre patrimoine ?

Votre apparence ?

Votre rôle de père, de mère, de conjoint ou de conjointe ?

Nous sommes tellement habitués à répondre à la question « Qui es-tu ? » par ce que nous faisons que nous pouvons être déstabilisés lorsque ces références disparaissent.

Alors une autre piste devient intéressante :

quelles sont mes valeurs ?

Qu’est-ce qui est réellement important pour moi ?

La liberté ?

La famille ?

La créativité ?

La nature ?

L’aventure ?

La transmission ?

La simplicité ?

La sécurité ?

L’autonomie ?

Le partage ?

Et surtout :

est-ce que mon quotidien nourrit réellement ces valeurs ?

Nos valeurs peuvent devenir une boussole

Dire que la liberté est une valeur importante est une chose.

Regarder son agenda et constater que nous n’avons aucune liberté dans notre semaine en est une autre.

Dire que la famille est essentielle tout en consacrant toute son énergie au travail mérite également réflexion.

Dire que la nature nous fait profondément du bien alors que nous passons six jours sur sept enfermés entre quatre murs crée peut-être un décalage à observer.

Ce décalage ne signifie pas nécessairement qu’il faut tout envoyer promener demain matin.

Mais il nous donne une information.

Peut-être ne sommes-nous plus complètement à notre place.

Et plus notre sécurité intérieure grandit, plus nous pouvons commencer à corriger ces écarts sans avoir besoin d’attendre l’effondrement.

La joie est une information, pas une preuve absolue

Dans mon ancien texte, je présentais la joie comme une « haute énergie » capable de consumer les mémoires négatives et les résidus karmiques.

Aujourd’hui, je le formulerais autrement.

La joie est pour moi un indicateur précieux.

Lorsque certaines activités me donnent régulièrement de l’élan, de la curiosité et l’envie de recommencer, cela mérite mon attention.

Lorsque d’autres m’éteignent systématiquement, cela mérite également d’être observé.

Cela ne signifie pas que nous devons exclusivement faire ce qui est agréable.

Certaines choses importantes sont difficiles.

Apprendre demande parfois des efforts.

Élever un enfant comporte des moments épuisants.

Construire un projet peut générer de l’inconfort.

La question n’est donc pas :

« Est-ce agréable à chaque instant ? »

Mais plutôt :

« Est-ce que ce que je construis ressemble suffisamment à la personne que j’ai envie d’être ? »

L’introspection n’est pas une guerre contre le passé

J’affirmais également à l’époque qu’il ne servait à rien d’aller « gratter dans le passé » par des thérapies.

Je ne dirais plus cela.

Revenir sur certaines expériences passées peut être utile et parfois nécessaire, notamment lorsqu’elles continuent d’avoir des conséquences importantes dans notre présent. Un accompagnement psychologique ou médical peut avoir toute sa place.

Mais il existe également un autre travail indispensable :

observer ce qui se passe aujourd’hui.

Qu’est-ce que j’accepte encore ?

Qu’est-ce que je fais uniquement par peur ?

Qu’est-ce que je voudrais essayer ?

À quoi est-ce que je dis oui alors que tout en moi pense non ?

Qu’est-ce que je repousse depuis plusieurs années ?

Et surtout :

depuis quel endroit intérieur est-ce que je prends mes décisions ?

S’arrêter peut devenir un acte extrêmement productif

Notre société valorise énormément l’action.

Faire.

Produire.

Répondre.

Avancer.

Optimiser.

Remplir l’agenda.

Alors prendre quelques heures pour ne rien produire extérieurement peut donner l’impression de perdre son temps.

Pourtant, quelques heures d’introspection peuvent parfois éviter plusieurs années passées à courir dans une direction qui ne nous correspond pas.

S’arrêter permet de faire moins de bruit.

Et lorsque le bruit diminue, certaines réponses deviennent plus accessibles.

Pas forcément une révélation mystique.

Parfois simplement une évidence que nous connaissions depuis longtemps mais que nous n’osions pas regarder.

« Je ne veux plus vivre comme ça. »

« J’ai besoin de nature. »

« Ce métier ne me correspond plus. »

« J’ai envie de créer. »

« Cette relation doit changer. »

« J’ai besoin de davantage de liberté. »

Le véritable travail commence ensuite.

Parce qu’une prise de conscience qui ne se traduit jamais dans la réalité reste une pensée.

La sécurité intérieure permet de transformer l’intuition en décision

C’est probablement là que tout se rejoint.

Nous pouvons savoir parfaitement ce que nous voulons et continuer à ne pas bouger.

Pourquoi ?

Parce que changer crée de l’incertitude.

Et l’incertitude réveille nos protections.

Alors le mental arrive :

« Attends encore. »

« Ce n’est pas raisonnable. »

« Tu n’as pas assez d’argent. »

« Qu’est-ce que les autres vont penser ? »

« Et si tu te trompais ? »

La sécurité intérieure ne fait pas disparaître toutes ces questions.

Elle permet de ne plus leur donner automatiquement le dernier mot.

Dans mon ancien texte, je terminais avec un jeu de mots que j’aime toujours :

lâcher suffisamment le contrôle du mental pour laisser l’âme agir.

« L’âme-agit. »

Je ne parle pas ici de magie au sens où il suffirait de penser très fort pour que la réalité se transforme instantanément.

La magie que j’observe est souvent beaucoup plus concrète.

Lorsque nous savons davantage qui nous sommes, certaines décisions deviennent évidentes.

Lorsque nos décisions deviennent plus cohérentes, nos actions changent.

Lorsque nos actions changent, notre environnement commence lui aussi à évoluer.

Et lorsque nous n’avons plus besoin que tout le monde approuve cette évolution, nous récupérons une quantité considérable d’énergie auparavant consacrée à nous adapter.

Prendre sa place, ce n’est donc pas trouver une place quelque part dans le monde.

C’est arrêter progressivement de quitter la nôtre chaque fois que nous avons peur de déplaire.

Et c’est peut-être l’une des plus belles manifestations de la sécurité intérieure.

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Stéphane Bride-Bonnot coach loi d'attraction
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