Faites-vous parti des privilégiés aujourd’hui ?
Confinement : et si cette période nous invitait aussi à revenir à nous-mêmes ?
Nous sommes en train de vivre une expérience collective que personne ou presque n’aurait imaginée quelques mois auparavant.
Une grande partie du monde s’est arrêtée.
Les rues se sont vidées. Les déplacements ont été limités. Les habitudes professionnelles et familiales ont été bouleversées. Des millions de personnes se sont retrouvées confinées chez elles tandis que d’autres continuaient à travailler pour soigner, nourrir, transporter, protéger ou assurer les services indispensables.
Cette période est évidemment dramatique pour beaucoup.
Des personnes sont malades. Certaines se battent pour leur vie. Des familles perdent un proche. Des soignants et de nombreux professionnels sont confrontés quotidiennement à une situation extrêmement difficile.
Mais pour ceux qui ont la chance d’être chez eux, en bonne santé, avec un logement suffisamment confortable et sans urgence immédiate, cette situation peut aussi soulever une question :
Qu’allons-nous faire de ce temps qui nous est imposé ?
Reconnaître ce que nous avons sans nier ce que vivent les autres
Lorsque j’ai écrit initialement sur cette période, j’ai utilisé le mot « privilégié ».
Je le maintiens avec une nuance importante.
Être confiné chez soi ne signifie pas nécessairement vivre confortablement.
Certains sont seuls.
D’autres vivent dans des logements exigus.
Certains doivent gérer leurs enfants tout en travaillant.
D’autres sont confrontés à des difficultés financières, à des relations familiales compliquées ou à des situations beaucoup plus graves.
Nous ne vivons donc pas tous le même confinement.
Mais si, ici et maintenant, vous êtes en bonne santé, à l’abri et en sécurité dans votre foyer, il peut être intéressant de prendre conscience de ce qui est déjà là.
Non pas pour culpabiliser.
Mais pour développer de la gratitude.
Lorsque l’extérieur s’arrête, que reste-t-il ?
Notre quotidien habituel nous permet de remplir énormément d’espace.
Le travail.
Les déplacements.
Les rendez-vous.
Les courses.
Les loisirs.
Les sorties.
Les obligations.
Et soudain, une grande partie de tout cela disparaît.
Nous nous retrouvons davantage face à nous-mêmes.
C’est là que la sécurité intérieure prend tout son sens.
Parce que lorsque nous ne pouvons plus utiliser autant l’extérieur pour nous distraire, nous pouvons découvrir ce qui se passe réellement à l’intérieur.
Certaines personnes vont ressentir du calme.
D’autres de l’ennui.
De l’anxiété.
De la colère.
De la frustration.
De la peur.
Et si, plutôt que de chercher immédiatement à remplir cet espace, nous prenions quelques instants pour écouter ce qu’il révèle ?
Attention à la surconsommation d’informations
Dans une période d’incertitude, notre cerveau cherche naturellement des informations.
Nous voulons savoir.
Combien de cas ?
Combien de morts ?
Quand allons-nous sortir ?
Qui a raison ?
Qui a tort ?
Quelle décision va être prise ?
Nous pouvons alors passer des heures à regarder les informations, lire des articles, consulter les réseaux sociaux et écouter les polémiques.
Mais cette recherche permanente peut aussi devenir une tentative pour retrouver de la sécurité à l’extérieur.
Le problème est que plus nous cherchons, plus nous découvrons de nouvelles informations, parfois contradictoires.
Et notre sentiment d’insécurité peut augmenter.
S’informer est évidemment nécessaire.
Mais rester connecté continuellement au problème n’est pas forcément utile.
À un moment, nous pouvons décider de couper.
Et de revenir à ce qui se passe ici et maintenant.
Faire son nettoyage de printemps intérieur
Nous parlons souvent du nettoyage de printemps de la maison.
Et si cette période permettait aussi un autre nettoyage ?
Pas celui des placards.
Le nôtre.
Qu’est-ce qui prend trop de place dans ma vie ?
Qu’est-ce que je fais habituellement uniquement par automatisme ?
Qu’est-ce qui me manque réellement depuis que je suis confiné ?
À l’inverse, qu’est-ce qui ne me manque absolument pas ?
Quelles relations sont importantes pour moi ?
Qu’est-ce que j’ai envie de changer lorsque cette période sera terminée ?
Nous avons rarement l’occasion de voir notre quotidien interrompu aussi brutalement.
Cette interruption peut donc devenir un formidable révélateur.
Elle peut nous montrer ce que nous voulons retrouver.
Mais aussi ce que nous ne voulons plus retrouver.
La paix extérieure commence aussi par notre manière de vivre intérieurement
Nous pouvons souhaiter davantage de paix dans le monde.
Mais il peut être intéressant de regarder également la manière dont nous entretenons la paix dans notre propre vie.
Comment réagissons-nous lorsqu’une personne n’est pas d’accord avec nous ?
Comment parlons-nous aux personnes avec lesquelles nous sommes confinés ?
Que faisons-nous de notre colère ?
Comment traversons-nous notre frustration lorsque nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons ?
Je ne crois plus qu’il soit juste d’affirmer que toute colère ou toute souffrance que nous observons à l’extérieur existe nécessairement parce que nous la portons nous-mêmes.
La souffrance des autres leur appartient aussi.
En revanche, ce que les événements réveillent en nous mérite d’être observé.
Si une situation me met continuellement en colère, pourquoi ?
Qu’est-ce que cela vient toucher ?
Qu’est-ce qui m’insécurise ?
Et comment puis-je retrouver suffisamment de stabilité intérieure pour ne pas être emporté par chacune de mes réactions ?
Voilà le travail qui dépend réellement de moi.
S’arrêter ne signifie pas forcément méditer six heures
À l’époque, j’encourageais à consacrer plusieurs heures chaque jour à revenir à soi.
Avec le recul, je ne pense pas qu’il existe une durée universelle.
Deux heures, six heures, vingt minutes…
Peu importe.
L’essentiel est de créer de véritables espaces de présence.
Un moment sans écran.
Une promenade si les règles du confinement le permettent.
Quelques minutes de respiration.
Un temps de silence.
Écrire.
Observer ses émotions.
Prendre soin de son corps.
Parler réellement avec la personne qui partage notre quotidien.
Ne rien faire.
Car prendre soin de soi ne devrait pas être une activité exceptionnelle réservée aux périodes où le monde s’arrête.
Cela devrait faire partie de notre quotidien, 365 jours par an.
Et après ?
Peut-être est-ce finalement la question la plus importante.
Lorsque les portes se rouvriront, allons-nous simplement reprendre exactement la même vie ?
Les mêmes automatismes ?
Le même rythme ?
Les mêmes frustrations ?
Ou cette période nous aura-t-elle appris quelque chose sur nous-mêmes ?
La sécurité intérieure ne consiste pas à croire que rien de difficile ne peut nous arriver.
Cette crise nous démontre précisément le contraire.
Notre environnement peut changer extrêmement rapidement.
Nos certitudes peuvent être bouleversées.
Nos habitudes peuvent disparaître en quelques jours.
La véritable sécurité intérieure consiste peut-être davantage à développer cette conviction :
même lorsque je ne contrôle pas ce qui arrive, je peux apprendre à revenir à moi, à m’adapter et à choisir la manière dont je vais traverser ce qui est là.
Alors, si vous avez aujourd’hui la chance d’être en sécurité chez vous, prenez quelques instants.
Coupez le bruit.
Posez-vous.
Regardez ce que cette période révèle de votre vie.
Prenez soin de vous.
Prenez soin de ceux qui vous entourent.
Et demandez-vous surtout ce que vous aimeriez emporter avec vous lorsque le monde recommencera à accélérer.
Parce que le véritable cadeau n’est peut-être pas le confinement lui-même.
Le cadeau pourrait être ce que nous décidons d’en apprendre.
Nous sommes #TousFormidable.












