Quand on s’aime
Avant, je vivais pour les autres. Aujourd’hui, j’apprends à vivre pour moi.
Pendant une grande partie de ma vie, j’ai vécu pour les autres.
Pour plaire à Paul, pour plaire à Jacques, pour correspondre à ce que la société semblait attendre de moi. Comme beaucoup, j’ai porté un masque sans même avoir conscience que j’en portais un.
Je ne savais pas vraiment ce qu’était l’amour de soi. Je savais surtout qu’il fallait avancer, travailler, construire sa vie, répondre aux attentes, faire un petit peu comme tout le monde parce que c’était la route que chacun semblait suivre.
Alors je l’ai suivie.
Jusqu’au moment où la souffrance est devenue suffisamment importante pour que je ne puisse plus continuer de la même manière.
C’est là que j’ai commencé à comprendre quelque chose qui est aujourd’hui au cœur de mon travail sur la sécurité intérieure : on peut passer une grande partie de son existence à construire une vie destinée à nous sécuriser extérieurement, tout en étant profondément insécure à l’intérieur.
Pourquoi avons-nous autant besoin de plaire aux autres ?
Lorsque nous cherchons constamment à satisfaire les attentes des autres, ce n’est pas forcément parce que nous sommes particulièrement généreux ou altruistes.
Parfois, nous cherchons simplement à être rassurés.
Être apprécié rassure.
Être reconnu rassure.
Être accepté par le groupe rassure.
Faire « comme tout le monde » rassure.
Nous apprenons alors progressivement à observer l’extérieur pour déterminer ce que nous devons faire, dire ou devenir.
Le problème, c’est qu’à force de regarder à l’extérieur, nous pouvons finir par ne plus savoir ce qui se passe à l’intérieur.
Qu’est-ce que moi, j’aime ?
Qu’est-ce que moi, je veux ?
Quelles sont mes qualités ?
Quelles sont mes fragilités ?
Qu’est-ce qui me fait vibrer ?
Si ce soir je gagne au loto, qu’est-ce que je fais de ma vie demain ?
S’il me reste une heure à vivre, qu’est-ce que je fais de cette heure ?
Ces questions peuvent paraître simples. Pourtant, elles peuvent devenir extrêmement inconfortables lorsque nous avons passé des années à construire notre existence à partir de ce que nous pensions devoir être.
Comment s’aimer lorsque l’on ne se connaît pas ?
On entend beaucoup parler d’amour de soi.
« Il faut s’aimer. »
« Il faut se respecter. »
« Il faut savoir s’affirmer. »
Très bien.
Mais comment s’aimer si l’on ne se connaît pas ?
Pour moi, c’est une étape fondamentale.
S’aimer ne consiste pas simplement à se regarder dans un miroir en répétant que nous sommes formidables. L’amour de soi commence aussi par la rencontre avec soi.
Découvrir ce qui nous nourrit et ce qui nous épuise.
Identifier nos besoins.
Reconnaître nos limites.
Observer nos peurs.
Comprendre les mécanismes que nous avons construits pour être acceptés, reconnus ou rassurés.
Et surtout apprendre à distinguer ce que nous désirons réellement de ce que nous faisons uniquement parce que nous avons peur des conséquences si nous arrêtons.
C’est précisément ici que l’amour de soi rejoint la sécurité intérieure.
Être soi demande de se sentir suffisamment en sécurité
Dire « sois toi-même » est facile.
Le vivre peut être beaucoup plus difficile.
Parce qu’être soi peut vouloir dire déplaire.
Dire non.
Changer de métier.
Quitter certaines relations.
Exprimer une opinion différente.
Reconnaître que la vie que nous avons construite ne nous correspond plus.
Prendre une direction que notre entourage ne comprend pas.
Et lorsque notre sécurité dépend principalement de l’approbation extérieure, ces choix deviennent extrêmement difficiles.
Nos protections se mettent en route.
« Que vont-ils penser de moi ? »
« Et si je me trompe ? »
« Et si je perds tout ? »
« Et si je me retrouve seul ? »
Nous pouvons alors rester pendant des années dans une situation qui ne nous convient plus simplement parce qu’elle est connue.
Ce qui te protège aujourd’hui est peut-être ce qui te bloque demain.
Développer sa sécurité intérieure permet progressivement de sortir de ce mécanisme. Non pas pour devenir égoïste ou ne plus tenir compte des autres, mais pour arrêter de leur confier la responsabilité de déterminer qui nous devons être.
Quand on s’aime, notre manière de vivre change
Dans le texte que j’avais écrit à l’origine, j’affirmais que lorsque l’on s’aime, tout devient plus simple : le travail devient passion, le couple devient idéal, l’abondance arrive, la santé s’améliore et la vie nous apporte ce dont nous avons besoin.
Aujourd’hui, je mettrais davantage de nuances dans ces affirmations.
S’aimer ne garantit ni la santé, ni l’argent, ni une relation parfaite, ni une existence sans difficultés.
En revanche, apprendre à se connaître, à se respecter et à développer sa sécurité intérieure peut profondément transformer la manière dont nous traversons notre existence.
Lorsque je m’aime suffisamment, je peux plus facilement quitter ce qui ne me correspond plus.
Je peux poser des limites sans considérer automatiquement le désaccord comme un rejet.
Je peux choisir une activité professionnelle davantage alignée avec mes valeurs.
Je peux construire une relation dans laquelle je n’ai pas besoin de m’effacer pour être aimé.
Je peux être plus doux avec moi-même lorsque je me trompe.
Je peux faire la paix avec certaines parties de mon histoire sans prétendre qu’elles n’ont jamais existé.
Je peux ralentir sans immédiatement culpabiliser de ne pas être productif.
Et surtout, je peux arrêter de courir constamment après quelque chose censé enfin me rendre heureux.
Vivre pour soi ne signifie pas vivre contre les autres
C’est peut-être l’une des confusions les plus importantes à lever.
Vivre pour soi ne signifie pas devenir individualiste.
Cela signifie arrêter de s’abandonner soi-même pour conserver l’amour, la reconnaissance ou l’approbation des autres.
Paradoxalement, lorsque nous n’attendons plus constamment des autres qu’ils nous rassurent sur notre propre valeur, nos relations peuvent devenir beaucoup plus libres.
Nous pouvons aimer sans posséder.
Donner sans nous sacrifier.
Dire non sans rejeter.
Être en désaccord sans transformer l’autre en adversaire.
Et être présent à quelqu’un sans nous perdre nous-mêmes dans la relation.
Pendant longtemps, j’ai cru que je devais construire ma vie en fonction de ce qui se faisait, de ce qui était attendu et de ce qui semblait raisonnable.
Aujourd’hui, ma démarche est différente.
J’essaie d’abord d’écouter ce qui se passe à l’intérieur.
Non pas pour obéir aveuglément à chacune de mes envies, mais pour identifier depuis quel endroit intérieur je suis en train de choisir.
Est-ce ma peur qui décide ?
Mon besoin d’être reconnu ?
Ma peur de perdre ?
Ou suis-je suffisamment sécure pour choisir ce qui me ressemble réellement ?
Pour moi, apprendre à s’aimer commence peut-être simplement ici : cesser progressivement de devenir celui que nous croyons devoir être pour retrouver celui que nous sommes.
Parce qu’au-delà des masques, des protections et de tout ce que nous avons appris à montrer au monde, je continue de croire profondément à une chose :
Nous sommes tous formidables.
Encore faut-il nous sentir suffisamment en sécurité pour oser le découvrir.












